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Emmanuel Macron s'exprime devant les médias à l'issue de la Conférence internationale sur la Libye à Paris, le 12 novembre 2021.
Emmanuel Macron s'exprime devant les médias à l'issue de la Conférence internationale sur la Libye à Paris, le 12 novembre 2021.
©YOAN VALAT / POOL / AFP

Bonnes feuilles

Emmanuel Macron, un président sur le terrain médiatique de la droite

Guillaume Tabard publie "Macron, la révolution inachevée" aux éditions Robert Laffont. La "Révolution" n'a pas eu lieu. C'était pourtant le titre du livre par lequel le presque inconnu devenu président était monté sur le ring politique. Au terme de son mandat, le bilan d'Emmanuel Macron sera vanté par les uns, dénoncé par les autres. Guillaume Tabard a suivi au jour le jour l'émergence, la campagne, la victoire puis la présidence d'Emmanuel Macron. Extrait 1/2.

Guillaume Tabard

Guillaume Tabard

Guillaume Tabard est rédacteur en chef et éditorialiste au Figaro. 

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31 octobre 2019

Entretien accordé à Valeurs actuelles.

Qu’Emmanuel Macron s’exprime dans Valeurs actuelles est normal, mais pas banal. À gauche, de manière virulente, au sein de la majorité, à bas bruit, plusieurs responsables politiques s’indignent qu’un président de la République ayant battu Marine Le Pen s’exprime dans un hebdomadaire prônant « l’union des droites » ; qu’un chef de l’État refusant de parler laïcité échange avec un titre ayant, comme d’autres news magazines, consacré nombre de unes à l’islam. Curieuse conception qui voudrait qu’un journal n’interroge que des personnalités partageant sa ligne politique et qu’élus et dirigeants ne s’expriment que dans des colonnes où ils auraient l’assurance d’être encensés. Le dialogue entre Macron et Valeurs est naturel dans une démocratie dont le pluralisme de la presse est un des ingrédients consubstantiels. Plusieurs de ses ministres, opposés sur le fond aux convictions défendues dans cet hebdomadaire, tels Marlène Schiappa ou Gérald Darmanin, se sont d’ailleurs livrés au même exercice. Ce qui a été le cas de personnalités se situant à l’autre extrême de l’échiquier politique, comme le député mélenchoniste Alexis Corbière.

Normal donc, mais pas banal pour autant. En acceptant le principe d’un tel échange, le chef de l’État sait en effet pertinemment à qui il s’adresse. Et il connaît à l’avance les réactions qu’il va susciter. Il parle à des lecteurs de droite dont la plupart se sentent très éloignés du « progressisme » qu’il entend incarner. C’est, souligne l’Élysée, le rôle d’un président qui doit parler « à tous les Français », sans exclusive. C’est aussi le reflet du tempérament d’un homme qui a le goût de la confrontation – on se souvient, symétriquement, de son entretien télévisé mené par Edwy Plenel de Mediapart. C’est enfin, sur le plan politique, l’expression d’une stratégie délibérée d’un président Marcheur, toujours à la recherche d’un élargissement de son spectre électoral, et déjà en campagne.

Ce n’est donc pas un hasard s’il a accepté que cette conversation porte sur les thématiques régaliennes sensibles de l’immigration et de l’islam ; des thématiques généralement identifiées ou attribuées à la droite. Le régalien fut longtemps un angle mort du macronisme. Depuis la rentrée, Emmanuel Macron a choisi d’aller délibérément sur ce terrain, même si les imprévus de l’actualité – la tuerie à la préfecture de police, la polémique sur le voile, l’attaque contre la mosquée de Bayonne – ont fait voler en éclats les conditions de sérénité d’un tel débat. En tout cas, même s’il n’en est encore qu’aux intentions et que les décisions tardent à venir, c’est un message de fermeté que le chef de l’État cherche à faire entendre à l’opinion. L’aile gauche, libérale ou progressiste de sa majorité ne s’y est pas trompée qui se montre mal à l’aise face à la perspective de quotas d’immigration ou de durcissement des critères d’obtention de l’aide médicale de l’État. Plutôt que d’un élargissement de sa base électorale, il serait donc plus juste de parler d’un déplace‑ ment de celle-ci. Même s’il ne suffit pas d’aller sur les terrains sémantiques et médiatiques de la droite pour en attirer tous les électeurs.

***

De la difficulté de conjuguer acte II et nouvel élan

14 novembre 2019

Le quinquennat à la mi-temps.

Ni « jospinisation », ni « chiraquisation » : c’est le nouveau mantra des macronistes à l’orée de la deuxième moitié du quinquennat. Mais pour l’homme du « en même temps », un « ni-ni » ne saurait tenir lieu de projet mobilisateur.

Avec le grand débat national, Emmanuel Macron était par‑ venu à éviter que son mandat soit définitivement mis à l’arrêt par la crise des « gilets jaunes ». Un an plus tard, il apparaît que la sensible remontée de sa popularité a plus été un sursis qu’un sursaut. Et la perspective de nouvelles turbulences sociales (retraites, hôpital, étudiants…) lui rappelle qu’il ne suffit pas de décréter un acte II pour passer à autre chose.

D’où cette double crainte du chef de l’État. La « jospinisation » d’abord. Par cette formule, ses amis entendent le risque qu’une amélioration de la situation économique ne pèse guère face à des craintes sociétales, régaliennes ou identitaires. En 2002, le chômage baissait (nettement), mais Jospin avait chuté sur la question de la sécurité. Aujourd’hui, le chômage baisse (faiblement) et le pouvoir d’achat progresse (sensiblement), mais le mal-être français, les tensions nationales et la crainte de la montée du communautarisme n’ont jamais été aussi puissants. C’est parce qu’il est conscient de ce fort risque de décalage qu’un Emmanuel Macron a voulu engager à la rentrée un tournant régalien, en mettant notamment la question de l’immigration sur la table. Mais s’emparer d’un sujet et y apporter des solutions fortes et attendues par l’opinion ne sont pas la même chose. L’autre danger est celui de la « chiraquisation », autre qualification renvoyant au procès fait à l’ancien président récemment disparu d’avoir rapidement renoncé à toute réforme un peu exigeante. Cette seconde menace est plus dangereuse encore pour l’actuel occupant de l’Élysée, car c’est l’essence même du macronisme qui est en cause. La promesse de la présidentielle, ce fut de « transformer » en profondeur le pays, en transcendant les résistances et les corporatismes. Et en politique comme en cyclisme, s’arrêter c’est tomber.

Or Emmanuel Macron est face à une désillusion – pour lui et pour les siens – et face à une interrogation – pour les Français. La désillusion, c’est de constater qu’on ne mobilise pas pour cinq ans sur un simple élan initial. « On avait pensé que notre volonté de “transformation” allait structurer le débat pour la totalité du mandat ; on s’est trompés », admet un ministre.

« Nous n’avons plus de ligne de fuite », confesse un autre macroniste des premiers jours.

D’où ce dilemme pour l’exécutif : comment relancer clairement l’action sans accroître les craintes ou les tensions toujours aussi vives dans le pays. Réformer ou apaiser ? Telle est la question. Le gouvernement se fait évidemment fort d’accomplir les deux à la fois, mais il sait que les charmes du « en même temps » sont épuisés.

De ce point de vue, la réforme des retraites a valeur d’épreuve de vérité. En affichant sa détermination à la mener à son terme, il aimerait convaincre de sa capacité intacte à « transformer » le pays. En envisageant avant même la journée du 5 décembre cette fameuse « clause du grand-père » qui n’est qu’un moyen de remettre aux calendes grecques l’extinction des régimes spéciaux, il laisse entendre que la temporisation – la « chiraquisation » – est devenue sa priorité. Au risque de se montrer sur la défensive. Ce qui est peut-être prudent, mais pas de nature à retrouver de l’élan.

Extrait du livre de Guillaume Tabard, "Macron, la révolution inachevée", publié aux éditions Robert Laffont.

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