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Emissions de carbone : la Chine se décide enfin à faire payer ses pollueurs

La Chine souhaite développer un projet ambitieux sur les questions environnementales. Les autorités chinoises ont l'intention d'atteindre la neutralité carbone en 2060.

Philippe Charlez

Philippe Charlez

Philippe Charlez est ingénieur des Mines de l'École Polytechnique de Mons (Belgique) et Docteur en Physique de l'Institut de Physique du Globe de Paris.

Expert internationalement reconnu en énergie, Charlez est l'auteur de plusieurs ouvrages sur la transition énergétique dont « Croissance, énergie, climat. Dépasser la quadrature du cercle » paru en Octobre 2017 aux Editions De Boek supérieur et « L’utopie de la croissance verte. Les lois de la thermodynamique sociale » paru en octobre 2021 aux Editions JM Laffont.

Philippe Charlez enseigne à Science Po, Dauphine, l’INSEAD, Mines Paris Tech, l’ISSEP et le Centre International de Formation Européenne. Il est éditorialiste régulier pour Valeurs Actuelles, Contrepoints, Atlantico, Causeur et Opinion Internationale.

Il est l’expert en Questions Energétiques de l’Institut Sapiens.

Pour plus d'informations sur l’auteur consultez www.philippecharlez.com et https://www.youtube.com/energychallenge  

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Les promesses climatiques n’engagent que ceux qui les croient aurait pu réécrire l’inimitable Charles Pasqua ! Après l’Europe qui s’engage à réduire ses émissions de GES de 55% à l’horizon 2030 puis d’accéder à la neutralité carbone à l’horizon 2050, voilà que la Chine promet elle aussi « sa neutralité carbone »…en 2060. L’enjeu est tellement pharaonique qu’on peut difficilement y croire d’autant que cet engagement de la « bientôt première économie mondiale » est assorti d’un amendement surprenant : selon les dires de son président Xi Jinping, les émissions chinoises continueront de croitre pour atteindre un pic en 2030 puis commenceront à baisser pour atteindre la neutralité carbone en 2060. Un agenda de 30 ans décalé de dix ans par rapport à celui de l‘Union Européenne. Les réalisations passées et présentes étant souvent des gages d’avenir, regardons plus en détails comment la position énergétique de la Chine a évolué au cours des dernières années.

Si en 2019, la Chine à émis 9,8 milliards de tonnes de CO2 soit plus de 28% des émissions mondiales, la croissance de ses émissions se sont ralenties de façon spectaculaire depuis 2010. Après une stagnation entre 2013 et 2017, elles sont toutefois reparties à la hausse au cours des deux dernières années. Il faudra donc au cours des prochaines années en scruter l’évolution.

Les émissions de la Chine proviennent essentiellement de sa consommation « gargantuesque » de charbon (pour l’électricité mais aussi le chauffage domestique) et de pétrole (pour les transports). Le gaz qui est pourtant l’énergie fossile la moins polluante est assez peu présent dans le mix chinois. Les fossiles représentaient en 2019 85% du mix chinois contre seulement 15% pour l’ensemble des énergies décarbonées (nucléaire + hydroélectricité + renouvelables). Mais surtout, la vitesse de décarbonation est extrêmement lente.

En 20 ans, la Chine a réduit sa part de fossiles de 9% soit moins de 0,5% par an. En suivant le même rythme de décarbonation au cours des 40 prochaines années, le mix chinois contiendrait encore 65% d’énergie fossiles en 2060. En supposant une évolution similaire au cours des dix prochaines années (soit 80% en 2030), un objectif zéro fossiles 2060 demanderait à la Chine de réduire son mix fossile de 2,6% par an. Bien sûr neutralité carbone ne veut pas dire zéro fossile, une partie du CO2 résiduel pouvant être compensé grâce au Carbon Capture Storage. Mais, même en réinjectant quelques milliards de tonnes par an, un objectif de réduction d’au moins 2% par an après 2030 paraît incontournable. Objectif chimérique ou crédible ?

Si la Chine est le cancre de la classe climatique, elle en même temps l’incontesté patron de la transition énergétique. Depuis 10 ans, elle a installé 175 GW de photovoltaïque (36% de la capacité mondiale), 210 GW d’éolien terrestre (34% de la capacité mondiale), 20 GW d’hydroélectricité (barrage des Trois Gorges) et a démarré en 2018/2019 les deux premiers réacteurs EPR mondiaux. L’Empire du Milieu est aussi leader mondial des batteries, des piles à combustibles, de la voiture électrique et pionnier de l’hydrogène dans la ville laboratoire de Shenzhen. SI cette course aussi spectaculaire qu’effrénée a permis à l’Empire du Milieu de réduire de façon spectaculaire la croissance de ses émissions, que lui manque-t-il pour inverser la tendance et atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2060 ?

La Chine souffre certes d’une intensité carbone[1] encore trop élevée par rapport à ses pairs (251 gCO2/kWh contre 190 pour les US et 174 pour l’Europe) mais surtout d’une intensité énergétique[2] (2,74 kWh/$) plus du double de celle des américains et des européens (1,24 kWh/$). Cette intensité énergétique élevée est une caractéristique systémique des pays émergents dont les sociétés industrielles sont très demandeuses mais aussi peu économes en énergie : véhicules mal entretenus, habitat mal isolé, processus industriels souvent obsolètes. Car derrière la vitrine technologique des grandes métropoles se cache une Chine rurale peu développée et donc très peu efficace en termes énergétiques. Et c’est peut-être là le frein principal aux engagement climatiques chinois.

L’intensité énergétique élevée de la Chine conjuguée à sa forte croissance caracolant entre 5% et 10% depuis plus de 20 ans en un ogre énergétique. Sa consommation toutes énergies confondues a été multipliée par plus de trois en 20 ans. Difficile dans ces conditions malgré une course effrénée aux renouvelables et au nucléaire de compenser des besoins énergétiques toujours plus importants.

Les objectifs climatiques de l’empire du milieu reposent donc essentiellement sur une réduction drastique de son intensité énergétique. En couplant cet objectif à sa stratégie actuelle et en développant massivement le CCUS pour ses inévitables émissions résiduelles elle pourra peut-être une nouvelle fois nous surprendre et faire d’un objectif à priori inatteignable une réalité chinoise.


[1] Emission moyenne du MWh.

[2] Quantité d’élergie requise pour produire un dollar de PIB

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