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L'auteur John Perry.
©Jim Perry

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Éloge du procrastinateur structuré 

« La procrastination structurée part du principe qu’en passant en revue votre liste de choses à faire, vous finirez bien par en trouver une qui ne vous semblera pas trop rebutante, vous permettant de réaliser quelque chose d’utile sans pour autant exécuter les travaux urgents et prioritaires », rappelle le philosophe de Stanford John Perry dans son essai drolatique : La procrastination (nouvelle édition/ Autrement).

Annick  Geille

Annick Geille

Annick Geille est une femme de lettres et journaliste française, prix du premier roman 1981 pour Portrait d'un amour coupable et prix Alfred-Née de l'Académie française 1984 pour Une femme amoureuse. Elle est également la cofondatrice, avec Robert Doisneau, du magazine Femme.

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Tout procrastinateur a l’art et la manière de différer, ajourner, repousser à demain ce qu’il a ne souhaite pas accomplir aujourd’hui. Le procrastinateur idéal tourne autour de l’ouvrage mais tout est bon pour l’en éloigner .Simplement, au lieu de passer pour ce qu’il est- c’est à dire un procrastinateur- ce roi de l’évitement parvient à donner le change, tant il sait maquiller son art de la fuite en avant. Le procrastinateur est à la base un secondaire, hyper- actif, passionné et plutôt nerveux. Il sait faire tout vite et plutôt bien. Pour s’accorder des excuses, le procrastinateur ( l’essai de John Perry est traduit en vingt langues, ce qui prouve la domination planétaire des procrastinateurs dont vous êtes sans doute parfois, et dont j’avoue être souvent). Pourtant, l’on ne devient pas « procrastinateur structuré », soit un champion de la procrastination, en claquant dans ses doigts. C’est tout un art, ou plutôt une science, ce que la nouvelle édition de ce livre- culte rappelle et nous apprend .Le procrastinateur jongle avec son emploi du temps. Il ou elle doit savoir jongler avec les délais, mais pour que cela « fonctionne » vraiment, il lui faut devenir, dans l’intérêt général, un « procrastinateur structuré ».

Comment ? En domptant les aléas du confinement pour les transformer en opportunités favorisant ses penchants pour la rêverie, la lecture, la promenade, la sieste, l’observation du jardin, tout ce qui forme la paresse structurée, méthodique, organisée, donc la procrastination du même nom. Le « procrastinateur structuré » est un observateur adorant regarder.« Mettons par exemple que j’aie promis hier de vous remettre un article aujourd’hui à 17 heures . Mais à force de procrastiner, je ne tiens pas ma promesse. A 17 h05, nous nous souvenons, vous et moi, de cette promesse. Vous attendez de recevoir l’article, et vous vous impatientez, tandis que je culpabilise et que j’essaie de me faire oublier. J’ai tout lieu de me sentir coupable, que je sois identique à celui ou celle qui vous a fait cette promesse, hier, ou non. D’ailleurs, quel que soit mon rapport avec la personne que j’étais hier, je n’ai aucun scrupule à dépenser son argent ni à conduire sa voiture (…) »En d’autres termes, même si le philosophe antique Héraclite et sa fameuse thèse ( cf. l’on ne peut se baigner deux fois dans le même fleuve, puisque des eaux nouvelles ne cessent d’y affluer. De même, on peut soutenir que nous ne sommes pas les mêmes à deux moments différents, puisque nous sommes constamment traversés par des pensées et des émotions nouvelles, etc.) nous convainc que nous ne sommes pas identiques à nos « mois antérieurs », il ne nous délivre pas pour autant des engagements que ce « moi  antérieur » a souscrits. Ces différents êtres que j’étais ont peut être disparu, mais nous n’en restons pas moins les héritiers de leurs créances comme de leurs devoirs. Il faut donc aller plus loin encore pour justifier la procrastination et affirmer comme le fait le philosophe Mc Taggart que le temps est irréel. Une chose est sûre, les procrastinateurs ont du mal à gérer leur emploi du temps. Mais si le temps est irréel, comment pourrait -on le leur reprocher ? Nous pouvons tous devenir ce procrastinateur structuré grâce à la parution chez Autrement d’une nouvelle édition de « La procrastination » , de John Perry. «  Devenu « culte », ce petit traité de l’art et la manière de remettre à demain ce que nous n’avons pas la force ou le désir de terminer aujourd’hui se heurte au principe du confinement, la procrastination étant l’art et la manière de ne rien faire aujourd’hui pour mieux le réaliser demain. Mais avec le confinement dehors ou dedans, comment activer nos désirs ? « Tout le monde n’a pas tendance à la procrastination, et parmi ceux qui se laissent aller, tous n’auront pas forcément intérêt à s’initier à ma stratégie de procrastination structurée. (…) Sur un bout de papier, vous allez classer par ordre d’importance les corvées qui vous incombent. Celles qui vous semblent les plus urgentes et les plus importantes seront en tête de liste. Mais plus bas, figurent aussi des tâches incontournables ; s’y consacrer est un bon prétexte pour ne pas s’acquitter des travaux prioritaires.  En jouant sur divers niveaux de priorité, le procrastinateur devient un citoyen utile qui peut même, comme moi ( John Perry, professeur émérite de philosophie à l’université de Stanford, auteur de La Procrastination / éditions Autrement )acquérir une réputation de bourreau de travail !

Toutes nos comédies mises à nu en somme. Pertinent et impertinent.

« La procrastination » suivi de « Quand la procranistation rencontre le confinement » John Perry/ éditons Autrement/ 15 euros

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