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Gary Johnson n’a pas d’expérience politique : il est, au contraire, beaucoup plus qualifié que Jill Stein puisqu'il a été gouverneur de l’Etat du Nouveau-Mexique de 1995 à 2003. Jill Stein a l’expérience d’avoir été candidate à la présidentielle en 2012.
Gary Johnson n’a pas d’expérience politique : il est, au contraire, beaucoup plus qualifié que Jill Stein puisqu'il a été gouverneur de l’Etat du Nouveau-Mexique de 1995 à 2003. Jill Stein a l’expérience d’avoir été candidate à la présidentielle en 2012.
©Flickr / PaulSteinJC

A ne pas sous-estimer...

Élection à la Maison-Blanche, J-1 : ces deux autres candidats méconnus qui risquent de peser sur le résultat final (et qui sont encore moins bons que les deux gros…)

A la veille de l'élection présidentielle américaine, les sondages sont de plus en plus serrés entre Hillary Clinton et Donald Trump. La présence dans ce scrutin d'un troisième candidat renforce le risque, surtout pour Hillary, de perdre des voix.

Jean-Eric Branaa

Jean-Eric Branaa

Jean-Eric Branaa est spécialiste des Etats-Unis et maître de conférences à l’université Assas-Paris II. Il est chercheur au centre Thucydide. Il est notamment l'auteur de Hillary, une présidente des Etats-Unis (Eyrolles, 2015), Qui veut la peau du Parti républicain ? L’incroyable Donald Trump (Passy, 2016), Trumpland, portrait d'une Amérique divisée (Privat, 2017),  1968: Quand l'Amérique gronde (Privat, 2018), Et s’il gagnait encore ? (VA éditions, 2018), « Joe Biden : le 3e mandat de Barack Obama (VA éditions, 2019) et la biographie de Joe Biden (Nouveau Monde, 2020). Son dernier livre : Kamala Harris, L'Amérique du futur, aux éditions Nouveau monde (septembre 2021).

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Atlantico: Les médias se focalisent essentiellement sur les deux gros candidats de l'élection présidentielle américaine, Hillary Clinton et Donald Trump, alors que deux autres candidats notamment sont dans la course à la Maison Blanche : l'écologiste Jill Stein et le libertarien Gary Johnson. Dans quelle mesure ces deux candidats peuvent-ils peser sur le résultat final lors du scrutin du 8 novembre prochain?

Jean-Eric Branaa: A la veille de l’élection américaine, l’écart entre les deux candidats principaux, Donald Trump et Hillary Clinton, est particulièrement serré. On nous dit alors qu’il ne faut pas s’inquiéter du vote populaire, qui porte sur l’ensemble des Etats-Unis, mais sur les votes exprimés Etat par Etat : mais, là encore, le vote est particulièrement serré dans un nombre d’Etats de plus en plus important au fur et à mesure que l’on approche du scrutin. Ainsi, en Floride, en Caroline du Nord, dans l’Ohio ou le Nevada, il est fort possible que l’écart final ne soit pas supérieur à 2%. On comprend dès lors que la présence de ces deux candidats, que l’on appelle le "troisième candidat" aux Etats-Unis, pose un problème sérieux pour celui à qui les votes vont manquer. Or, c’est à Hillary Clinton que les candidats alternatifs prennent des voix et, en cas de défaite, on ne manquera pas de revenir sur ces voix qui ont été "perdues" alors que "voter pour ces candidats ne servait à rien".

Il faut toutefois comprendre que voter pour Hillary Clinton ou Donald Trump semble tout simplement inimaginable pour certains électeurs : jamais encore les deux candidats principaux n’ont été aussi impopulaires dans les élections passées, et le vote pour le troisième candidat apparaît comme la seule alternative raisonnable pour ceux qui veulent exercer leur devoir citoyen malgré tout cette fois-ci. C’est ce que pensent beaucoup de jeunes Américains, ceux qu’on appelle les "millenials", qui sont nés avec le XXIème siècle, ou à peu près, et qui vont souvent voter pour la première fois : ceux-là déclarent ne pas trouver d’offre qui leur convient avec les deux candidats proposés, et s’intéressent davantage à ces offres alternatives, qu’ils considèrent souvent comme plus sincères, plus "pures". Ils font donc régulièrement entendre cette petite musique qu’ils pourraient voter pour le troisième parti, car ils n’en peuvent plus du système de bipartisme qui étouffe l’Amérique. Les plus anciens se souviennent que la dernière fois que l’élection a été très serrée et qu’un tiers parti a été en position de peser, c’était en 2000. Ralph Nader représentait alors les Verts et a reçu 2,74% des voix, soit 2 883 105 votes. Mais le problème est devenu aigu en Floride: Georges Bush a battu Al Gore de 537 voix, alors que Ralph Nader en avait reçu 100 000. On lui a alors vertement reproché d’avoir fait battre Al Gore.

Jill Stein ne sera pas présente dans deux scrutins qui s’annoncent serrés: la Caroline du Nord et le Nevada. Mais elle sera bien sur les bulletins de vote dans les autres Etats. Gary Johnson, quant à lui, sera présent partout et est crédité de 5% des intentions de vote, soit deux fois plus que Ralph Nader en 2000. C’est donc lui qui pourrait éventuellement être le tombeur d’Hillary Clinton.

Lors de l'émission "Morning Joe" sur MSNBC en septembre dernier, à la question "Qu'allez-vous faire, si vous êtes élu, au sujet d'Alep?", Gary Johnson a répondu: "Qu'est-ce que c'est Alep"... Au regard d'une telle déclaration, que penser de candidats comme Gary Johnson ou Jill Stein? Sont-ils réellement plus compétents qu'Hillary Clinton et Donald Trump pour accéder à la Maison Blanche? 

Le problème avec ces deux candidats alternatifs, autant Stein que Johnson, est leur peu de compétences apparentes. Il y a eu cette gaffe avec Alep, que la presse a largement relayée, mais il a réitéré quelques semaines plus tard, lorsqu’il a été dans l’incapacité de nommer un seul dirigeant étranger. Pas un. Pas même le président mexicain ou le Premier ministre canadien. On peut pourtant s’attendre à ce qu’un président, dont la principale fonction est la diplomatie, comme le prévoit la Constitution des Etats-Unis, connaisse un tout petit peu le monde qui l’entoure.

Il n’y a aucune raison d’étendre la critique à Jill Stein sans autre forme de procès; pourtant la même question n’a pas donné un résultat plus probant et la seule chose qu’elle a pu dire concernant la politique étrangère est qu’il faut normaliser les relations avec la Russie pour rendre le monde moins dangereux. Les arguments qu’elle a avancés de manière générale en politique étrangère sont très semblables à ceux de Donald Trump. Elle est beaucoup plus compétente sur les questions environnementales, comme on peut s’y attendre pour le Parti écologiste, un domaine dans lequel Gary Johnson ne brille pas non plus particulièrement. Il se borne à dire que, effectivement, le monde sera détruit à plus ou moins brève échéance pour des questions écologiques mais que ce sera très certainement à cause du soleil. Rassurons-nous, il ne nous prédit aucune catastrophe de ce genre avant plusieurs milliards d’années. En bon libertarien (les libertariens sont hostiles à la plupart des restrictions individuelles), Gary Johnson estime que le deuxième amendement, qui donne à chaque Américain le droit de porter une arme, ne doit connaître aucune entrave.  Il est également opposé à tout forme de salaire minimum, une autre entrave, cette fois-ci pour les petits entrepreneurs parfois forcés de payer trop cher leur main-d’œuvre.

Cela ne veut pas dire que Gary Johnson n’a pas d’expérience politique : il est, au contraire, beaucoup plus qualifié que Jill Stein puisqu’il a été gouverneur de l’Etat du Nouveau-Mexique de 1995 à 2003. Jill Stein a l’expérience d’avoir été candidate à la présidentielle en 2012 et une petite expérience locale, puisqu’elle a été conseillère municipale de Lexington, dans le Massachusetts.

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