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“C’est l’électeur qui fera le procès des sortants” : la méthode qui prédit un résultat ultra serré au 1er tour de la présidentielle
©Reuters

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“C’est l’électeur qui fera le procès des sortants” : la méthode qui prédit un résultat ultra serré au 1er tour de la présidentielle

Le modèle d'analyse du comportement des électeurs d'ElectionScope apparaît aujourd'hui comme étant l'un de ceux travaillant sur le plus grand nombre de variables objectives en France.

Bruno Jérôme

Bruno Jérôme

Bruno Jérôme est économiste, maître de conférences à Paris II Panthéon-Assas.

Il est le co-fondateur du site de prévisions et d'analyses politico-économiques Electionscope.

Son dernier ouvrage, La victoire électorale ne se décrète pas!, est paru en janvier 2017 chez Economica. 

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Véronique Jérôme

Véronique Jérôme

Véronique Jérôme est maître de conférences en sciences de gestion à l'Université de Paris-Sud Saclay, Docteur HDR en sciences économiques de l'Université Paris-I, lauréate de la Bourse Louis Forest de la chancellerie des Universités de Paris et chercheuse associée au Largepa de Paris II. 

Suivez Véronique Jérôme sur Twitter

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Atlantico : Quelles sont les principales caractéristiques du modèle que vous proposez afin de comprendre le comportement des électeurs dans le cadre de cette présidentielle pour le moins particulière ? 

Bruno Jérôme et Véronique JérômeLe modèle tourne en réalité depuis 1995 – il existait alors à l'état de maquette – avant d'être véritablement effectif depuis 2001. Le modèle avait d'ailleurs annoncé que Jacques Chirac serait réélu ; de bons résultats avaient également été prédits en 2007. En 2012, nous avions prévu la possibilité que Nicolas Sarkozy puisse l'emporter de justesse, ce qui avait été effectivement le cas, contrairement à ce qu'avaient annoncé les sondages avant le deuxième tour à l'époque.

Le vote est expliqué avant tout par l'économie, c'est-à-dire la variation du chômage, mais aussi par les zones de force des partis politiques dans les territoires. Le modèle repose aussi sur d'autres variables telles que la crédibilité de l'exécutif ou la présence ou pas du président sortant appartenant à un camp en particulier. Or, nous avons récemment été confrontés à un problème, à savoir la présence d'Emmanuel Macron avec son positionnement "ni à droite, ni à gauche"/"à gauche, à droite", sans oublier celle de Benoît Hamon qui fait tout pour se démarquer du quinquennat qui vient de s'écouler. La variable indiquant la présence ou non du président sortant, quel que soit son camp, a été neutralisée, ce qui nous a permis de parler de l'hypothèse de la responsabilité diluée par rapport au modèle complet où l'on considère que la responsabilité est pleine. 

Qu'implique tout particulièrement l'hypothèse de la responsabilité diluée ? Que vient-elle modifier dans le jeu de l'élection et le comportement des électeurs ? 

Il y a alors un trouble dans le comportement des électeurs dès lors que celui qui porte la pleine responsabilité de la politique économique menée pendant le mandat précédent n'est pas présent à l'élection. Le modèle enregistre cette perturbation dès lors que cette variable est neutralisée. Il n'y a alors plus de tête sur laquelle faire peser la sanction ou la récompense. Néanmoins, tout en étant dilué, on voit bien que les résultats pour les différents camps diffèrent un peu des sondages. 

Au regard des précédentes remarques, quelle analyse peut-on faire de votre dernier nowcasting (mars 2017) ? 

Le nowcasting de mars nous montre que si l'exécutif avait été présent, nous aurions eu un bloc classique droite + centre-droit atteignant les 38% des suffrages, et une gauche pratiquement à égalité aussi. C'est intéressant parce que cela donne des perspectives à ne pas négliger pour la droite afin de faire figurer un candidat qualifié pour le second tour. Concernant le Front national, nous avons une équation particulière : on s'aperçoit que le parti tourne autour de 23/24%. Tous ces résultats sont valables dans le cas où la responsabilité est pleine. Dans le cas où elle est diluée, le bloc de droite s'affaisse, avoisinant les 27%, tandis que cette situation favorise le bloc de gauche qui, lui, se retrouve autour de 47%. On observe donc les effets de cette responsabilité qui est beaucoup plus diluée. 

Cliquez sur les images pour agrandir. 

Qu'apporte véritablement votre modèle par rapport aux autres existant déjà, et qui visent à expliquer le comportement des électeurs ? 

Il existe plusieurs familles de modèles. En France, nous sommes plutôt assez pauvres en méthodes prédictives, contrairement aux États-Unis où il en existe au moins 7 ou 8 différentes, portées par de nombreux instituts. Pour en revenir au cas français, si l'on prend Filteris par exemple, on travaille là essentiellement à partir des réseaux sociaux, qui donnent la mesure d'éléments subjectifs. Avec les sondages, nous sommes aussi dans l'ordre du subjectif. Pour notre part, nous travaillons à 70% sur des variables qui sont objectives. La seule partie subjective est celle qui porte sur la crédibilité de l'exécutif, et qui est un agrégat des sondages de popularité. C'est en cela que réside la grande différence de notre modèle par rapport aux quelques autres existant en France.

Reste à savoir maintenant si c'est l'objectif qui va l'emporter (le bilan, l'alternance, la sanction, etc.) ou si ce sont les éléments subjectifs (l'affaire Fillon suite aux révélations du Canard enchaîné). Aujourd'hui, personne n'est en mesure de répondre à cette question, si ce n'est que notre modèle, en tenant compte de l'hypothèse de la responsabilité diluée, apparaît comme un modèle "parfait" qui laisse une ouverture à François Fillon : quand on essaye d'extrapoler par candidat, on prend les poids internes au sein des familles politiques issus des moyennes des sondages et on les applique à notre calcul de grands blocs via le modèle. Ceci nous permet de constater qu'Emmanuel Macron serait alors à 23%, Fillon à sa hauteur et Marine Le Pen légèrement devant, ce qui annoncerait un match serré entre ces trois candidats de toute manière. 

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