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Eleanor Roosevelet, une First Lady consacrée à la cause féministe
Eleanor Roosevelet, une First Lady consacrée à la cause féministe
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Bonnes feuilles

Eleanor Roosevelet, une First Lady consacrée à la cause féministe

Jamais une First Lady n’a été aussi populaire qu’Eleanor Roosevelt (1884-1962). Connue pour son humanisme, ses fortes convictions et sa générosité, l’épouse de Franklin Delano Roosevelt donne une dimension politique au rôle d’hôtesse de la Maison Blanche en défendant les plus démunis, les femmes, les pauvres et les Noirs. Grâce à des témoignages inédits, Claude-Catherine Kiejman raconte le destin singulier d’une femme de tête dont la vie se confond avec l’histoire des États-Unis. Extraits de "Eleanor Roosevelt First Lady et rebelle" publié chez Tallandier (2/2)

Claude-Catherine  Kiejman

Claude-Catherine Kiejman

Longtemps journaliste à France Culture, Claude-Catherine Kiejman a collaboré à de nombreux journaux, dont Le Monde et L’Express. Elle est déjà l’auteur de plusieurs biographies, dont Clara Malraux l’aventureuse (2008).

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Sa première initiative, et non des moindres, tranche avec toutes les pratiques antérieures et la discrétion exigée des épouses de président : elle institue le principe d’une conférence de presse hebdomadaire réservée aux seuls membres féminins de la profession, trop souvent négligés, selon elle, par leur hiérarchie. Précédant de deux jours celle de Franklin qui rassemble des journalistes des deux sexes, la première conférence a lieu le lundi 6 mars 1933. Lorsqu’elle arrive ce matin-là dans le salon rouge où l’attendent trente-sept femmes, Eleanor, en dépit de sa grande expérience des réunions publiques, a du mal à cacher son appréhension. Elle est là dans un rôle de meneuse de jeu qui lui est inhabituel, et elle doit s’imposer face à des professionnelles. De plus, elle sait que cet exercice consenti par F.D.R. n’est pas du goût de tous, à commencer par certains conseillers immédiats du Président qui estiment qu’elle en fait trop. Le secrétaire de presse de Franklin, Stephen Early, arguant de son expérience, refuse par exemple qu’elle invite une journaliste noire. Cela produirait, lui dit-il, un "terrible précédent " – aucun professionnel afro-américain ne figurant au sein de la presse présidentielle. Nombreux sont aussi les journalistes masculins qui ricanent : " Pourquoi diable assisterions-nous aux conférences de Mme Roosevelt " ? Et prédisent que l’expérience ne durera pas plus de six mois. Quelques-unes de leurs consœurs, notamment Elisabeth May Craig, correspondante du Portland Press Herald à Washington, qui ont lutté dur pour vaincre les barrières mises par les hommes à leur carrière, protestent aussi contre cette exclusive. Elle ne sera levée qu’une seule et unique fois en 1943, lorsque Eleanor, envoyée spéciale de Roosevelt sur le front du Pacifique, reviendra d’une longue tournée aux armées qui combattent en Extrême-Orient. Le sujet, pense-t-elle devrait intéresser tout le monde. Curieusement, ce jour-là, aucun des deux cents journalistes présents ne pose de question.

Pour l’heure, Eleanor précise qu’elle n’entend pas s’immiscer dans les domaines réservés du Président. Elle ne répond pas aux questions politiques. Priorité est donnée aux problèmes touchant les femmes, aux difficultés qu’elles rencontrent dans leur vie familiale, sociale ou professionnelle. Elle fait d’ailleurs appel à la collaboration de son auditoire pour être mise au courant de faits qu’elle pourrait ignorer, de son côté elle les informera des événements marquants de la vie à la Maison Blanche.

Les premières conférences n’apportent rien de très nouveau, à une exception près : il sera dorénavant possible de consommer de la bière à la Maison Blanche. Les questions posées à une Eleanor encore inexpérimentée restent peu nombreuses. Il s’agit plutôt de prendre contact, d’établir une relation progressive de confiance et de solidarité.

Peu à peu, l’assistance augmente, les sujets de discussion se multiplient, la décision de bannir les sujets politiques ne signifie pas l’exclusion de sujets plus amples qui touchent l’ensemble de la société. Eleanor devient plus téméraire. Elle explique et défend les enjeux des réformes et affirme sa volonté de remédier aux inégalités. Elle ose même aborder, mais c’est une exception, un sujet d’actualité qui touche à la situation internationale. Alors qu’une réunion rassemble à la Maison Blanche autour de Roosevelt un certain nombre de personnalités étrangères pour discuter des perspectives de la Conférence mondiale de l’économie qui doit avoir au mois de juin 1933, elle surprend son auditoire par un plaidoyer anti-isolationniste qui contraste avec la réserve présidentielle. " Nous devons, dit-elle, trouver une base pour fonder un monde plus stable […] Nous sommes dans une position idéale de leader parce que nous avons moins souffert et il nous reste peu d’années pour y travailler. Déjà partout en Europe existe la terreur de la guerre qui peut survenir. "

Extraits de "Eleanor Roosevelt - First Lady et rebelle", de Claude-Catherine Kiejman, publié chez Tallandier, 2014. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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