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Djihad et banques centrales, les deux terrorismes contre lesquels Davos est déterminé à lutter
©Reuters

L'Édito de Jean-Marc Sylvestre

Djihad et banques centrales, les deux terrorismes contre lesquels Davos est déterminé à lutter

Davos a ouvert son symposium annuel sous la neige avec deux sujets qui préoccupent les "global leaders" : la montée du terrorisme religieux et la dépendance aux banques centrales. D’un côté le risque de mort violente, de l’autre le risque d’asphyxie par la morphine monétaire.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Pour un observateur de l’économie, Davos est un sujet incontournable. C’est là que se retrouvent les décideurs et les leaders d’opinion du monde entier. Les chefs d’État et de gouvernement, patrons d’entreprise et même des chanteurs de rock ! Mick Jagger y est souvent venu et Bono est là tous les ans.

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Davos analyse en vase clos les grandes tendances d’évolution à l’abri des postures politiques et organise un networking particulièrement efficace au bénéfice de l’économie de marché.

C’est au pied de la montagne, il y a de nombreuses années, qu’un jeune homme à lunettes était venu pour la première fois présenter un système de transport de l'information à partir d'un ordinateur. Le système c’était internet et le jeune homme en question c’était Bill Gates.

Il présentait la même année un système d’exploitation baptisé Windows. "Windows, parce qu’il ouvre une fenêtre sur le monde et quand on s’appelle Gates, il faut bien des Windows pour faire entrer la lumière" plaisantait-il.

C’est à Davos encore, qu’en février, fut annoncée la chute prochaine du mur de Berlin. Personne le croyait jusqu’à ce que l'on nous explique que le moment était venu de faire sauter les murs à des fins de liberté individuelle et de développement économique.

Chaque année, Davos a su révéler une évolution profonde. Le passage des pays sous-développés au statut d'émergent. Le réveil de la Chine au marché. Il n'y a qu'une situation dans le monde où Davos a échoué. C’est dans la résolution durable du conflit israélo-palestinien. Peut-être parce que les enjeux économiques ne sont pas encore assez puissants.

A Davos, tout le monde se parle. Il n'y a pas d’ennemis, pas d’adversaires mais que des partenaires, des concurrents. On fait la guerre économique. II y a surtout des entrepreneurs. Cette guerre-là ne fait pas de morts. En trente ans, la mondialisation a sorti de la misère deux milliards d'humains en Asie et en Amérique du Sud.

Pour la première fois cette année, la France sera représentée au plus haut niveau par François Hollande. Il sera le premier président de la République à parler Davos. Nicolas Sarkozy  avait renoncé, craignant qu’on le traite une fois de plus de représentant des riches. Jacques Chirac avait prétexté une météo mauvaise pour envoyer une vidéo. En réalité, il ne voulait pas mettre les pieds dans ce repère d’ultralibéraux.

François Hollande vient pour défendre l’attractivité de la France. C’est le prétexte officiel. La France est l’un des pays les plus mal cotés dans le monde pour accueillir les investisseurs. Impôts, charges, bureaucratie, culture gauchiste… Tout cela a terni l’image de l’hexagone. François Hollande va devoir faire le grand écart pour faire oublier les attentats. Cela va être compliqué parce qu'il vient aussi pour recueillir les fruits de son succès dans la gestion de cette crise. François Hollande le sauveur de l’occident, le seul chef d’État en Europe qui puisse envoyer des troupes et des avions contre les terroristes. Il joue gros à Davos.

Il faudra aussi traiter des choses sérieuses. Ce qui interpelle les décideurs mondiaux cette année, c’est évidemment le terrorisme religieux.

Le terrorisme piège le système, le déstabilise et freine son développement. Le terrorisme est aussi un pur produit de la mondialisation, les systèmes d’information ont exporté les effets pervers du capitalisme. Il est évident que le capitalisme, en se mondialisant, a fait reculer l’extrême pauvreté mais a aussi creusé les inégalités sociales. Il y a donc une course de vitesse engagée entre ceux qui prônent un développement économique pour le plus grand nombre et ceux qui, se disant envoyé par Dieu, prônent la destruction de ce système sur la terre pour offrir à leur soldat un paradis au ciel.

La course de vitesse est engagée et les systèmes occidentaux n’ont pas d’autres solutions immédiates que de restreindre les libertés individuelles pour mieux chasser le terrorisme. Restreindre la liberté c’est aussi freiner le développement économique.

L’exemple des outils mis en place pour lutter contre la cybercriminalité est spectaculaire. Le développement de la cybercriminalité passe très souvent par la censure et la restriction dans l’utilisation des outils digitaux. Plus de 60% des actes terroristes sur internet sont imputables à une mauvaise utilisation individuelle des outils informatiques. Il faut donc se former à un code d’utilisation parce que pour le reste, on connait les circuits utilisés.

La deuxième préoccupation des participants à Davos se sont les banques centrales. Tout le monde se rend bien compte que l’action des banques centrales est déterminante pour restaurer de la croissance dans des économies en panne

Davos sait aussi que la création monétaire ne fabrique pas de la croissance durable. La création monétaire fabrique de la liquidité, l’industrie financière en profite. Elle peut impacter le système de production mais ça ne suffit pas.

Ce qui fabrique de la croissance, donc de l’activité et de l’emploi, ce sont les fonds propres des entreprises. Ce sont les capacités à investir. L’action d’une banque centrale, si puissante soit-elle, empêche des établissements de faire faillite et n’a jamais dopé un appareil industriel.

Mario Draghi, qui va avoir à s’expliquer sur les actions non conventionnelles, de la BCE, ne pourra dire que trois choses :

D’une part que les liquidités de la BCE ne fabriqueront pas de la croissance dans des pays qui sont en panne de compétitivité, d’investissement et d’innovation.

Ensuite, que les rachats de dettes souveraines massives n’ont qu’un seul objectif : éviter que l’État ne fasse faillite. La BCE cherche à tout faire pour que la Grèce, l’Italie et l’Espagne ne se retrouvent pas en défaut de paiement.

Enfin, que l’Europe n’est pas en crise monétaire ou financière, elle est en pleine crise politique. C’est parce qu’il n’y a pas de gouvernement commun que la zone euro ne s’en sort pas. L’Amérique peut faire ce qu’elle veut. Elle a un État fédéral qui fédère et solidarise les différents États. Le FED peut tourner.

L’Europe n’a pas besoin de réforme monétaire, elle a besoin d’une réforme politique fédérale.

Davos cette année pourrait être un Davos qui accouchera neuf mois plus tard d’une gouvernance mondiale pour lutter contre le terrorisme religieux. Mais Davos 2015 pourrait aussi accoucher d’une zone euro qui se dise la vérité. C’est-à-dire, soit elle éclate, soit elle accepte une gouvernance fédérale.  

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