Dépendance à la voiture : les explications des neuroscientifiques | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Science
La dépendance à la voiture a une explication scientifique.
La dépendance à la voiture a une explication scientifique.
©Reuters

Nos habitudes ont la vie dure

Dépendance à la voiture : les explications des neuroscientifiques

Le matin, un café. Et puis la voiture. C'est, du moins, le réflexe de la majorité d'entre nous. Un réflexe qui tiendrait de l’ordre des habitudes, au sens "neurologique" du terme. En effet, le cerveau procède différemment à la prise de décision selon qu'il connaît ou non la situation.

Eric Vernier

Eric Vernier

Eric Vernier est Maître de conférences à l'ISCID-CO, Chercheur à l’IRIS, Auteur de « Techniques de blanchiment et moyens de lutte » chez Dunod, 2017, 4e édition.

Voir la bio »

Atlantico : Un article scientifique, publié par Yavor Yalachkov, chercheur Bulgare, dans la revue Trends in Cognitive Sciences en mai 2014 (lire ici), fait état de différents constats concernant la voiture, les habitudes et la façon dont le cerveau les traite. D'après eux, c’est une "addiction à la voiture" qui fait qu'une majorité de gens préfèrent ce moyen de transport pour se rendre au travail. Comment l'expliquer, concrètement ?

Dans leur article les auteurs rappellent que certains comportements échappent à une évaluation "raisonnée" de leurs avantages et inconvénients dans la vie quotidienne, pour devenir "des habitudes" très résistantes aux changements que l’on essaie de provoquer. C’est le cas de la conduite automobile quotidienne, pour se rendre à son travail, par exemple. Les chercheurs suggèrent que l’habitude est la raison principale pour laquelle les politiques d’incitation à préférer les transports en communs ou le co-voiturage échouent. Ces habitudes ont des points communs avec l’addiction chronique aux drogues d’abus, au cours de laquelle, la prise de drogue est devenue quasiment automatique, et largement indépendante de la sensation forte recherchée au début de la prise de drogue. On passe d’un comportement "choisi" où le pour et le contre sont pesés, à un comportement appris, "habitué" et largement automatique. D’un point de vue neurobiologie, cela correspond à une situation dans laquelle on passe de l’utilisation des systèmes cérébraux “d’évaluation des choix“, ou de “prise de décision“, à l’utilisation de systèmes de mise en route de programmes de comportements automatiques.

Egalement d'après cette étude, mais sans doute plus surprenant, le stress influerait sur la capacité à prendre des décisions. Quelle est sa place dans le processus, exactement ? Comment le relier, par exemple, au fait de préférer sa voiture le matin?

Des travaux réalisé chez l’animal montrent effectivement que le stress favorise le passage d’un comportement "plastique", modulable en fonction des circonstances et des conséquences de l’action choisie, à un comportement "rigide" et plus simple, tel qu’une habitude. Dans une situation stressante, on a tendance à choisir la solution, le comportement dont nous avons l’habitude, ce qui permet de réagir au moindre effort (mais pas forcément de la façon la plus appropriée). Or, se rendre à son travail tous les jours est en général considéré comme une situation de stress. Quand on a l’habitude de prendre sa voiture pour aller travailler, le stress favorise encore ce comportement.

Quel est l'impact sur le reste du cerveau et de la réflexion de ce processus de décision simplifié ? Concrètement, comment agit-il et pourquoi se met-il en place ?

La mise en route d’un comportement "habituel", en particulier dans une situation plutôt stressante, diminue la capacité à faire d’autres choix, ceux que l’on pourrait faire en considérant toutes les conséquences, à court et à long terme, de la situation dans laquelle le choix doit être fait. Dans une situation de forte contrainte ou de stress, le choix des actions ou des comportements qu’il faut mettre en œuvre est appris très rapidement et la mémorisation de ce choix est très efficace. Mais cet apprentissage est aussi assez peu plastique, et il devient difficile de considérer d’autres solutions que celles qui ont été apprises en état de stress. Ce sont les systèmes de réponses au stress, les signaux biologiques qu’ils mettent en œuvre (comme l’hormone cortisol par exemple), qui modifient le mode d’apprentissage et de choix dans les régions correspondantes du cerveau.

Ce processus de décision simplifié peut-il être "trompé" ? Comment ?

Comme le sens commun le dit, il n’est pas facile de changer les habitudes… Parmi les stratégies que l’on peut tester, d’un point de vue expérimental, chez l’animal humain et non humain, il y a le fait de modifier les conditions dans lesquelles le comportement habituel se déroulent. Dans le cas du choix de l’automobile pour les trajets quotidiens, il a été proposé, par exemple, de changer l’heure à laquelle on part travailler, où de faire l’expérience de perdre beaucoup moins de temps en ne prenant pas sa voiture. La plupart du temps ce sont les situations qui apportent un gain fort et immédiat à la personne concernée qui sont le mieux capables de faire changer les habitudes. Cela semble en tout cas plus efficace que les actions de type punitives comme les restrictions de circulation ou de parking, la verbalisation, ou les incitations au civisme et à la diminution du nombre de particules dans l’air.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !