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De nouvelles études confirment le potentiel des techniques personnalisées de stimulation du cerveau pour soigner certaines maladies
©DR / Capture d'écran

Espoir

De nouvelles études confirment le potentiel des techniques personnalisées de stimulation du cerveau pour soigner certaines maladies

La personnalisation du traitement pour le traitement de certaines maladies a conduit à de meilleurs résultats tant pour la dépression que pour les comportements obsessionnels-compulsifs, rapportent des chercheurs dans la revue Nature Medicine.

André  Nieoullon

André Nieoullon

André Nieoullon est Professeur de Neurosciences à l'Université d'Aix-Marseille, membre de la Society for Neurosciences US et membre de la Société française des Neurosciences dont il a été le Président.

 

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Atlantico : Des chercheurs de l’Université de Californie, à San Francisco, ont découvert un moyen d’utiliser la stimulation cérébrale profonde pour traiter la dépression. Dans quel contexte cette étude a-t-elle été réalisée ?

André Nieoullon : Mise en oeuvre depuis la fin des années 1980 pour le traitement du tremblement essentiel et de la maladie de Parkinson, la stimulation cérébrale profonde a fait l’objet de développements considérables au niveau planétaire pour le traitement de ces maladies neurologiques depuis les travaux princeps du Professeur Alim-Louis Benabid à Grenoble. Fort de ces succès, dès le début des années 2000 la question s’est posée de savoir si de tels succès thérapeutiques pouvaient également être envisagés pour d’autres types de pathologies cérébrales, en particulier dans le domaine des troubles obsessivo-compulsifs, puis des états dépressifs sévères. De fait, selon l’OMS, près de 300 millions de personnes souffrent d’états dépressifs dans le monde, ce qui en fait la première cause d’invalidité, et, en dépit de traitements reconnus comme efficaces (médicaments ciblés, traitement par convulsivothérapie, plus récemment stimulation magnétique transcrânienne), environ 30% des patients ne répondent à aucun de ces traitements.

C’est dans ce contexte que, dès les années 2005, des premières tentatives ont eu lieu pour tenter de lutter contre les troubles de l’humeur et la dépression chez des patients parkinsoniens ayant été préalablement implantés par des électrodes à demeure pour lutter contre les symptômes moteurs invalidants de la maladie de Parkinson. Les premiers résultats furent considérés comme encourageants et plusieurs équipes se sont attachées depuis à tenter d’améliorer l’état de patients souffrant de dépressions sévères résistantes aux traitements, par l’utilisation de cette méthode de stimulation cérébrale profonde. Dans ce cas, les neurochirurgiens ont ciblé des structures cérébrales connues pour être impliquées dans la régulation de l’humeur, notamment dans les régions très antérieures du cerveau, en particulier ce que l’on nomme le gyrus cingulaire et le cortex orbitofrontal, des régions connues pour être impliquées dans la régulation de l’humeur, la prise de décision et, plus généralement, des comportements permettant de prendre des initiatives et d’aller « de l’avant ». Globalement, les résultats ont été jugés satisfaisants, au moins pour que cette piste de recherche soit poursuivie, même si ces résultats étaient fluctuants et variables d’un patient à un autre, et surtout dans le temps après la mise en route du traitement.

L’intérêt du travail présenté cette semaine dans la revue Nature Medicine par l’équipe de l’UCSF à San Francisco, est d’explorer topographiquement différentes régions du cerveau antérieur, en considérant que chaque forme de dépression est différente en fonction des individus, voire même présentant des caractéristiques différentes chez le même individu en fonction du moment. Dans ce contexte, les chercheurs ont utilisé une méthode neurochirurgicale mise en œuvre en général chez des patients épileptiques, basée sur l’implantation simultanée d’une dizaine d’électrodes positionnées dans plusieurs régions du cerveau antérieur, dont le gyrus cingulaire, le cortex orbitofrontal ou encore ce que l’on nomme l’amygdala. Même si cette étude ne présente les résultats que d’un seul patient, elle révèle néanmoins que, selon le point du cerveau stimulé par de faibles courants, pour des périodes très courtes et pour des fréquences de stimulation caractéristiques, la patiente exprimait différentes formes de réponse traduisant -ou pas- l’amélioration de son état mental. Ainsi, selon les auteurs de l’étude, ces résultats ouvrent le champ à des approches thérapeutiques personnalisées, prenant en compte des caractéristiques tout à fait spécifiques de la dépression du patient concerné, visant à sélectionner la cible préférentielle à stimuler pour obtenir le meilleur résultat thérapeutique.

Comment interpréter les résultats ?

Au-delà des résultats cliniques, cette étude illustre clairement le fait bien connu des thérapeutes que sous le vocable de « dépression » s’expriment des formes de maladies très différentes, impliquant des circuits neuronaux pour l’essentiel distincts, en rapport avec la nature des symptômes prédominant chez différents groupes de patients, voire même chez un même patient à différents moments. Une preuve de concept, en quelque sorte. Dès lors, il est postulé qu’en rapport avec le spectre de la dépression exprimée chez un patient donné, le neurochirurgien sera à même de sélectionner à priori le meilleur site cérébral possible en vue d’optimiser les effets thérapeutiques, en rapport avec cette « cartographie cérébrale ». A cet égard, des études antérieures avaient déjà ciblé des zones cérébrales connues pour leur effet modulateur de l’humeur, ce que l’on nomme les « circuits neuronaux des systèmes de récompense », dans une démarche similaire.

Mais l’un des atouts principaux de ces nouvelles approches de neurostimulation cérébrale profonde conduisant à moduler l’activité cérébrale localement est à la fois de permettre des effets durables dans le temps, possiblement sur plusieurs années, et aussi et surtout d’obtenir un effet immédiat sur l’humeur. N’en doutons pas, il s’agit là d’une avancée majeure, considérant que les réponses aux médicaments anti-dépresseurs – pour des raisons qui nous échappent encore à ce jour- mettent en général plusieurs semaines à s’installer chez les patients.

Qu’apporte cette étude dans le traitement de la dépression ?

Cette étude présente un caractère préliminaire exploratoire qu’il faut à nouveau signaler et qui ne permet pas à ce stade de se projeter dans une perspective de prise en charge thérapeutique à grande échelle. D’autres travaux devront conforter ces hypothèses sur la relation entre les différents types de dépression et des sites de stimulation cérébrale différenciés. Toutefois, comme cela vient d’être mentionné, outre une prise en charge personnalisée de chacun des patients en rapport avec sa symptomatologie propre considérée comme résistante aux traitements plus classiques, parmi les autres intérêts des stimulations cérébrales profondes se trouve à la fois la possibilité d’avoir un effet immédiat dès la mise en route de la stimulation, avec bien entendu la possibilité d’implantations d’électrodes avec des micro-stimulateurs de façon chronique sans effet secondaire majeur à très long-terme (des dizaines d’années chez les patients parkinsoniens) et un effet durable sur l’amélioration de l’humeur. Tout cela est à même de représenter un immense espoir pour des milliers de patients, même s’il s’élèvera naturellement des voix pour dénoncer de possibles dérives liées à l’éthique de ces stratégies thérapeutiques, en ce sens qu’elles sont à même de modifier les comportements des individus et, par-là, qu’elles attentent à sa liberté. Assurément, les troubles de l’humeur, y compris ces formes de dépressions sévères, constituent des pathologies d’une très grande complexité, et leur étiologie ne saurait en aucun cas se réduire à de simples dérèglements neuronaux, même si nos connaissances de l’organisation cérébrale attestent d’une régionalisation très fine des contrôles des comportements. Ces questions sont bien réelles et doivent être encadrées, mais, dans ce cas particulier des dépressions sévères, il est à prendre en compte dans le débat qu’un nombre élevé de patients souffrant de ces pathologies résistantes dramatiques ne paraît trouver d’autres solutions que le suicide. A méditer…

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