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Déclaration d’amour du patron de Cisco : la France a-t-elle vraiment le potentiel d’une Silicon Valley ?
©Reuters

Pour une poignée de dollars

Déclaration d’amour du patron de Cisco : la France a-t-elle vraiment le potentiel d’une Silicon Valley ?

Invité de la matinale d'Europe 1 jeudi 8 octobre au matin, le directeur général de Cisco ne s'est pas privé de vanter les mérites des start-up françaises. En coulisse, le patron américain compte surtout séduire les entrepreneurs hexagonaux pour rattraper son retard dans ses investissements français.

Julien Gagliardi

Julien Gagliardi

Julien Gagliardi est journaliste pour Atlantico. Il couvre l’actualité des entrepreneurs et des start-up.

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C’est ce que l’on peut appeler une déclaration d’amour. Invité jeudi de la matinale d’Europe 1, John Chambers, le directeur exécutif mondial de Cisco, n’a pas tari d’éloges sur le tissu entrepreneurial français. Pour le dirigeant américain, les start-up hexagonales lui donnent "l'impression de voir la Silicon Valley en France". Mieux, Chambers lançait sur les ondes que "la France c’est l’avenir" estimant que les jeunes pousses françaises vont "profondément changer notre mode de vie". Et comme si cela ne suffisait pas, le PDG américain annonçait fièrement son intention de doubler ses participations dans les start-up françaises, quelques mois après avoir annoncé 100 millions de dollars d’investissement dans l’hexagone. Un montant total qui avoisinera les 10% du budget Investissement de la compagnie américaine.

"Ce regard extérieur traduit ce que l’on constate en amélioration du climat pour les start-up" analyse Denis Champenois, administrateur de l’Association Française des Investisseurs pour la Croissance et directeur associé d’Innovacom. "Il y a aujourd’hui un climat qui fait que les entrepreneurs ont davantage confiance et ont donc plus d’ambition. Cela a effectivement une répercussion immédiate sur la qualité et la densité des porteurs de projet". "Nous avons surtout en France des ingénieurs de grands talents reconnus au niveau mondial. La meilleure preuve ce sont les 200 accélérateurs et incubateurs répartis sur le territoire. Pour une boite comme Cisco c’est du pain béni" complète Michel de Guilhermier, fondateur de l’Accélérateur qui, comme son nom l’indique, accompagne une centaine d’entrepreneurs. "Il y a un véritable engouement et le patron de Cisco ne fait jamais que confirmer que la France n’est pas un pays odieux pour entreprendre, comme on l’entend si souvent".

Pour Denis Jacquet, entrepreneur et président du think-tank Parrainer la Croissance, le patron de Cisco a effectivement tout bon. "Les start-up ont besoin d’un bon niveau de formation et de recherche, une sécurité juridique et des dispositifs d’aides publiques et privées pour les aider à se développer. En cela, oui la France est plutôt pas mal située. Nous faisons preuve d’une vraie créativité, nous avons parmi les meilleurs écoles d’ingénieurs, de codeurs et sommes désormais dans un environnement stabilisé".

L’entrepreneur rappelle cependant que l’hexagone n’est pas le seul dans cette compétition mondiale. "Aujourd’hui, le royaume de la start-up c’est d’une part Tel-Aviv où les investissements sont 5 à 20 fois plus élevés qu’à Paris. Les plus gros centres de recherche de Google ou IBM sont là-bas. Et d’autre part, il y a les Etats-Unis où le marché adressable est évidemment plus important qu’en France. Si nous ne sommes pas encore LA destination de la start-up, la France fait partie du Top 10 mondial". Et Denis Champenois de compléter : "Aux Etats-Unis, c’est 10% à 15% des investissements des fonds de pension qui sont alloués à la nouvelle économie, en France c’est 1% pour l’ensemble du capital investissement". Des progrès en la matière paraissent en effet nécessaires.

Toujours est-il que Cisco n’est pas la première entreprise américaine à poser ses valises pleines de dollars sur le sol français. Elle serait même un peu à la traine. Bien avant Cisco, Microsoft, eBay, Google, IBM ou encore Intel - pour ne citer qu’eux - se sont déjà bien emparés du sujet French Tech et de ses acteurs. "Il y a effectivement un jeu de concurrence pour détecter les bonnes start-up françaises. Toutes ces entreprises investissent en France sous forme d’accompagnement. Via des structures ou étant partenaires, simplement en mettant de l’argent, quitte à racheter une boite de temps en temps", analyse Michel de Guilhermier.

Pour s’en rendre compte, il suffit d’aller faire un petit tour dans les rues de la capitale, et dans les grandes villes de Province. Dans le quartier du Sentier, à Paris, Microsoft a installé sont Microsoft Ventures Accelerator Paris qui héberge une quarantaine de jeunes pousses. A quelques rues de là, il y a le Numa, un accélérateur dont Google est l’un des partenaires financeurs. Avec son Google Impact Challenge, la firme américaine se balade en région à la recherche des pépites de demain. Pour Intel, avec la filiale Intel Capital, ce sont 125 millions de dollars qui ont été débloqués cet été pour l’entrepreneuriat français.

"A l’image de Cisco, ces entreprises découvrent que la France ne fait pas que copier des modèles déjà existants aux Etats-Unis. Avec nos recherches sur le big data, sur les nouvelles énergies grâce à nos fondements scientifiques, nous sommes en train de créer une véritable référence en termes d’innovation" analyse Denis Champenois à l’AFIC. Pour Denis Jacquet, les Microsoft et autres Google investissent notre douce France pour deux raisons principales. "La première, c’est que nous demeurons la 6ème économie mondiale, il est évidemment difficile pour des entreprises comme celles-ci de passer à côté. Ensuite, nous sommes un des rares pays dans le monde à avoir autant de grands groupes mondiaux et donc de grands comptes. Si par exemple un IBM ou un Cisco veut travailler avec Sodexho, il couvre 360.000 collaborateurs dans le monde. Ces firmes ont inévitablement besoin de savoir ce qu’il se passe en France en termes d’innovation pour intégrer de nouveaux usages et développer une nouvelle offre pour séduire ces grandes entreprises françaises".

Autant de raisons qui poussent donc Cisco à doubler ses investissements sur le sol français. "Une boite comme Cisco a besoin à un moment de chercher des technologies mais elle n’est pas la seule. Si on prend l’exemple d’Apple, c’est une trentaine de start-up qui ont été rachetées depuis 18 mois. Soit pour compléter leur offre, soit pour élargir leurs champs de recherches. En venant en France, Cisco sait ce qu’il veut : il compte bien profiter du dynamisme de la R&D" analyse Michel de Guilhermier. Pour Denis Jacquet, "l’entreprise était sur un marché très profitable pendant des années et comme tout le monde, ils sont aujourd’hui challengés au niveau technologiques par des nouveaux entrants. Il y a chez Cisco le besoin à un nouveau palier et donc de travailler avec des écosystèmes de pays comme la France".

Cette déclaration par ondes interposées s'apparente donc à une manière pour Cisco et son dirigeant, de se signaler tambour battant auprès de la communauté entrepreneuriale française. L’entreprise de John Chambers, devrait donc dans les mois à venir annoncer une série d’acquisitions et d’investissements. De quoi ravir les entrepreneurs de la FrenchTech déjà conquis par ces quelques mots d’amour matinaux.

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