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Qui a peur du grand méchant rap?
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Cultures urbaines

Qui a peur du grand méchant rap?

Alors que le grand concert de soutien à Skyrock prévu le 28 mai 2011 a été annulé faute d'autorisation, le président du Club Averroes Amirouche Laïdi revient sur "l'affaire Skyrock" de ces dernières semaines qui cache un problème majeur : les revendications des acteurs des cultures urbaines et de la jeunesse ne sont pas entendues.

Amirouche Laïdi

Amirouche Laïdi

Amirouche Laïdi est le président du Club Averroes.

Fondé en 1997, ce Club rassemble près de 400 professionnels autour de la promotion de la diversité dans les médias français.

 

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La France a été secouée ces dernières semaines par un début d'affaire Skyrock ! C'est ainsi que nous avons vu défiler à l'antenne de cette radio « jeune et rap » le banc et l'arrière banc des partis de droite et gauche venus défendre la liberté d'expression et la musique urbaine. Les observateurs, un peu au fait de ce sujet, ne pourront que s'étonner du climat presque hystérique qui a régné autour de cette question.

Le ratage des années 1980

Cela nous permet ici de poser un problème général relatif à la considération des cultures jeunes et particulièrement urbaines en France. En effet, la question du traitement médiatique des cultures urbaines a donné lieu à de nombreux ratés depuis le début des années 1980. Les émissions à fort audimat, telles que H.I.P H.O.P. de Sydney sur TF1 en 1984, ou C.U.L.T. sur France 5 sur la saison 2004-2005 ont été arrêtées sans explications et indépendamment de l'impact réel du programme ou de son succès d'audience. La première a marqué à tout jamais une génération qui a fait du mot Hip Hop son fer de lance, la seconde a été récompensée d'un Grammy awards en 2006 soit un an après son interruption. Sydney a disparu des écrans et Alexandre Michelin, l'ancien directeur des programmes de France 5 a depuis pris la tête de MSN Europe.

Une fois la question des « émissions vitrines »de qualité réglée, reste à analyser le traitement de l'information concernant les acteurs et disciplines.

On peut constater que ce traitement a accompagné la montée en puissance des disciplines des cultures urbaines que sont la danse et le street art. De nombreuses manifestations à succès (fondation Cartier, Gallizia au Grand Palais, Juste Debout, Hip Hop à Chaillot , Paris Hip Hop, Suresnes cité-danse) ont donné l'occasion aux rédactions de traiter ce sujet sous l'angle culturel. Depuis « Rue » au Grand Palais en 2006, le travail d'identification et de popularisation se fait en parallèle de l'arrivée de ces esthétiques au cœur de l'élite culturelle et médiatique.

Néanmoins, ce traitement ne s'inscrit pas dans un cadre culturel global et c'est rarement qu'on ne ramène pas cette esthétique à la question de la création en banlieue alors que c'est la question de l'émergence d'une nouvelle culture populaire globale qui est en jeu.

Les risques de boycott médiatique

Le vrai point de blocage voire de discrimination réside dans le traitement du genres musicaux : les musiques urbaines françaises et particulièrement le Rap restant le parent pauvre. En effet, le caractère soi-disant subversif de certains artistes peut engendrer un boycott ou à contrario le fait de n'être pas assez subversifs pour certains ne leur permet pas d'entrer dans l'information sous l'angle du fait divers !

Une des conséquences concrètes de cette situation est l' énorme écart de traitement des artistes selon leur esthétique.

Cette situation engendre une spirale négative dans la vision qu'ont les artistes des médias généralistes et des journalistes. Cette vision peut ensuite se retranscrire dans les textes dénonçant un boycott réel et ne facilite certainement pas l'apaisement des relations avec les jeunes notamment issus des quartiers populaires.

Encore plus grave, les maisons de disques ont tendance à refuser des signatures en prétextant qu'une fois le cœur de cible atteint il est impossible de dépasser le plafond de verre médiatique.

Malgré ces contraintes, les artistes urbains sont nombreux chaque année à atteindre des scores de vente très importants alors qu'ils ne sont pas sur la même ligne de départ ce qui reflète certainement l'importance de la promotion digitale et du buzz sur la cible jeune.

Les revendications des acteurs des cultures urbaines et de la jeunesse sur ce sujet  doivent être écoutées et prises en compte dans des politiques publiques imposant une présence réelle de toutes ces pratiques et éviter des phénomènes de récupération d'une angoisse légitime de la part d'artistes et de leur public.

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