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Les parlementaires allemands ont adopté lundi le dernier plan d'aide à la Grèce.
Les parlementaires allemands ont adopté lundi le dernier plan d'aide à la Grèce.
©Reuters

Sauve qui peut

Crise de l'euro : le Mécanisme européen de stabilité ne résoudra rien, c'est à la BCE de racheter la dette des États

Les parlementaires allemands ont adopté lundi le dernier plan d'aide à la Grèce. L'Allemagne reste toutefois réticente à l'idée de financer abondamment le MES... qui pourrait bien quoi qu'il arrive ne pas être suffisant.

Jean-Luc Schaffhauser

Jean-Luc Schaffhauser

Jean-Luc Schaffhauser, Consultant international est Président de l’Académie européenne, ancien Délégué Général du Fonds Capec, Secrétaire Général du Forum démocratique qui vient de de se constituer en France et qui regroupe des intellectuels de gauche et de droite ainsi que des responsables de la société civile.

Il est également député européen du Rassemblement bleu Marine. 

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L’Allemagne rechigne à participer plus amplement au mécanisme européen de stabilité (MES) qui poursuivra le Fonds européen de stabilité financière (FESF). Pourtant il est évident que ses 450 milliards ne suffiront pas, à l’avenir, si la zone euro devait connaître une extension aux grands Etats (Espagne, Italie ou même France) de la crise des dettes publiques en raison du manque de croissance.

On l’oublie trop souvent, il suffit que le taux d’intérêt soit supérieur à la croissance pour qu’il se rajoute de la dette à la dette dans un cercle vicieux infernal d’insolvabilité des pays qui ont une dette déjà importante et ceci même si leur déficit public est nul. Il faut dans ce cas des excédents budgétaires si on veut maintenir la solvabilité à long terme c’est-à-dire une capacité à ne pas s’endetter plus et à ne pas tomber dans la spirale de la dette…

Or l’actuelle rigueur sans croissance par l’investissement rentable pour créer plus de richesses entraine une croissance nulle ou quasi nulle. Aussi, avec la poursuite de l’endettement due au renouvellement du stock de la dette publique – même si les déficits publics annuels baissent- il y aura forcément tension sur la dette de grands Etats de la zone euro.

La zone euro aura besoin de plus d’argent en 2012 qu’en 2011. Il faut comprendre qu’il se rajoute aux déficits annuels cumulés, certes moindres en 2012 qu’en 2011, le renouvellement de la dette ancienne qui varie selon la maturité. Cette maturité moyenne de la dette publique pour la zone euro était de 7 ans mais elle tend à diminuer. Par exemple, pour un pays comme la France, au 60- 80 milliards de déficits prévisible en 2012, se rajoute l’endettement nécessaire pour renouveler le stock de 1700 milliards, ce qui explique que la France devra emprunter en 2012, autour de 180 milliards et non seulement le montant de son déficit annuel.

Il faudrait donc un minimum de 1500 milliards du FESF et du MES qui lui succédera si on veut pouvoir faire face aux tensions possibles dans les années à venir sur la dette espagnole (700 milliards) ou sur la dette de l’Italie (2000 milliards) et à la condition que la France puisse continuer à se financer à des taux peu élevés.

Certes la Banque centrale en prêtant à 1% aux banques sur une durée longue de 3 ans, sans doute reconductible, et en ouvrant ainsi les vannes de la création monétaire a obtenu une baisse des taux sur la dette publique en Italie et en Espagne, du moins pour la dette à court terme. La BCE a ainsi obtenu que les banques des grands pays acceptent de replacer momentanément une partie de ces liquidités nouvelles abondantes dans le rachat de la dette de leur pays ; c’est ce qui explique la baisse des taux. Mais les banques privées viennent de perdre 100 milliards sur la dette grecque ;  elles pourraient penser que si la zone euro entre en récession, la dette publique, même de leur pays, peut présenter un risque non négligeable. Elles pourraient, dès lors, malgré la création monétaire, refuser d’acheter de la dette de leur Etat compte tenu des nouvelles règles des autorités réglementaires qui les obligent à tenir compte de la valeur de cette dette selon le marché. Dès lors, nous pouvons à juste titre craindre que nous ne sommes pas sortis de la crise de la dette de la zone euro par la solution monétaire miracle de la BCE.

Ainsi même un MES à 1000 milliards qui succéderait au FESF ne réglerait rien. Comment pouvons-nous penser que les grands pays européens puissent se garantir eux-mêmes alors qu’ils sont déjà en difficulté ? Tant le FESF ou le futur MES vont sur les marchés pour se fournir en liquidité, ils n’ont pas la capacité de se fournir directement à la BCE. Les marchés peuvent donc considérer que cette garantie mutuelle est nulle quand les grands pays de la zone euro sont eux-mêmes en difficulté.

Toute la stupidité de l’actuel système est mise à jour. Seule la BCE peut donner une garantie totale par création monétaire en rachetant directement aux Etats leurs dettes à l’émission ; jamais les banques ne pourront donner cette garantie interposée car rien ne les oblige à acheter de cette dette et encore moins le régulateur européen. Une baisse de la tension sur les dettes à venir de la zone euro ne peut être obtenue que par le changement de statut de la BCE ou de l’acceptation par l’Allemagne de la proposition de la France : que le MES, devenu une banque, puisse se fournir directement à la BCE.

En outre, en prêtant à 1% aux Etats, sans faire donc de bénéfice, on peut espérer que la croissance ne sera pas inférieure à l’intérêt la dette et que dès lors – surtout s’il est également lancé un programme par l’investissement rentable du même montant que les facilités accordées aux banques privées soit 500 milliards pour la zone euro – il sera enfin raisonnable de penser pouvoir sortir de la spirale de la dette. Les marchés reprendront alors confiance si un tel programme crédible voit le jour car il sera réaliste. C’est ce qui manque le plus actuellement: le sens des réalités qui va avec le souci de la vérité.

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