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Un centre de dépistage au Covid-19, à Paris.
Un centre de dépistage au Covid-19, à Paris.
©Thomas COEX / AFP

Alerte

Covid longs : la plus large étude réalisée depuis le début de la pandémie révèle l’ampleur alarmante du problème

La dernière étude sur les Covid longs, parue dans la revue Nature, montre que même les personnes atteintes de Covid-19 n'ayant pas été hospitalisées peuvent développer des formes longues de la maladie.

Benjamin Davido

Benjamin Davido

Benjamin Davido est Infectiologue et directeur de la médecine de crise pour l’épidémie de covid-19 à l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches.

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 Atlantico : La dernière étude sur les Covid longs, parue dans la revue Nature apporte un nouvel éclairage puisqu’elle est basée sur l’étude des dossiers médicaux de plus de 73 000 Américains dont les infections au Covid-19 n’ont pas nécessité d'hospitalisation. Il est démontré que les personnes ayant contracté le virus avaient un risque de décès significativement plus élevé entre les un et six mois après l’infection que les personnes qui n'avaient pas été infectées. Certains patients ont connu des problèmes médicaux à long terme qu'ils n'avaient jamais eu auparavant. Pas seulement des problèmes pulmonaires dus aux effets respiratoires du virus mais aussi des problèmes cardiovasculaire, gastro-intestinaux, cérébraux, du sommeil ou de santé mentale. Ces résultats vous étonnent-ils ?

Benjamin Davido : C'est un nouveau signal d'alerte mais ça n’est pas si étonnant. Cela va dans le sens de ce que la communauté scientifique a toujours dit face au Covid. Cette étude nous incite à ne pas minimiser les formes ambulatoires. On ne peut pas résumer le Covid à un problème uniquement hospitalier. Le problème hospitalier engendre les décisions sanitaires et les restrictions mais le Covid dans sa forme peu sévère nécessite d'avoir des filières de soins pour absorber les reconsultations. Cela veut dire que les gens font refaire un évènement de consultation dans les 6 mois après l’infection et dans les 30 jours vont persister à présenter des symptômes.

L’étude montre bien qu’il n’est pas bénin de se contaminer puis de contracter la maladie par rapport à quelqu’un qui ne l'aurait pas eue. Combien de fois on a entendu dire que dans 99% des cas on s'en remettait sans problème ?  20% de la population a été contaminée et, parmi ces 20%, en enlevant les formes graves et les décès, on trouve des gens qui vont avoir des complications de cette maladie. On a très souvent limité cette crise aux morts ou aux malades en réanimation. Tout cela plaide pour ne pas minimiser les formes bénignes qu'on a souvent dédramatisées à l'extrême.

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Quelle réaction doit nous inspirer ces résultats sur le Covid-long ?

Déjà, il faut absolument réduire le nombre de contaminations quotidiennes. On ne peut pas laisser les contaminations s'envoler en ne regardant que les hospitalisations. 30 000 cas par jour en France vont potentiellement poser des problèmes plus tard et ce même s’ils n’ont pas été hospitalisés. 

Ensuite, la bonne nouvelle c'est qu'on a des vaccins très efficaces. Toutes ces études sont un plaidoyer pour la vaccination. Il est important de vacciner les jeunes (qui ne sont pas épargnés par les Covid longs) et plus largement tous les Français qui souhaitent l’être. Il faut vacciner massivement toutes les classes d'âge parce que personne ne peut y échapper. Il faut bien comprendre qu'on aura un bénéfice à la vaccination y compris si on ne présente pas de facteurs de risques !

Sur les traitements, on manque encore d’informations. Les seuls dont on entend parler sont ceux pour guérir les formes graves. Il va donc falloir continuer les études qui analysent l’effet du vaccin sur les formes longues. Une étude américaine, pas encore parue, semble indiquer que deux tiers patients Covid long vaccinés voient une amélioration des symptômes persistants.

Le Covid long sera donc à l’avenir un véritable problème de santé publique ?

En effet. Il faudra donc prévoir des consultations de suivi (adaptables selon l'âge) pour les patients qui auraient eu le Covid sans forcément aller à l’hôpital. Il faut changer l’attitude de suivi. On ne peut pas juste leur dire « vous vous isolez 10 jours et si on ne se revoit pas c'est que tout va bien ». Par exemple, quelqu'un qui a de la tension, ou des antécédents cardiaques, il faudra qu'il revoie son cardiologue dans les 6 mois systématiquement.

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Autre exemple, un homme de 30 ans en bonne santé a 99% de chance de guérir du Covid dans la semaine. Mais rien n’empêche qu’à 45 ans il ait plus de complications cardiaques qu'il n'aurait eu s'il n'avait pas attrapé le Covid.

Ce n’est pas étonnant d'avoir a minima des dommages collatéraux quand on connaît bien le covid et les virus en général qui sont une inflammation des vaisseaux qui irriguent tous nos organes. Ça peut occasionner aussi bien des troubles de la mémoire, une diminution de l'endurance à l'effort, des douleurs thoraciques ou gastro-intestinales, des risques d'évènements psychiatriques, d’AVC… L'histoire des maladies infectieuses montrent que si elles sont mal traitées elles peuvent laisser des traces infinitésimales, mais des traces tout de même. C'est un mal de santé publique sur lequel on ne peut pas fermer les yeux.

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