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La troisième dose du vaccin contre la Covid-19 permet de faire passer le niveau de protection contre le virus très au-delà de celui atteint après les 2 premières.
La troisième dose du vaccin contre la Covid-19 permet de faire passer le niveau de protection contre le virus très au-delà de celui atteint après les 2 premières.
©Jeff J Mitchell / POOL / AFP

Booster

Covid 19 : les données qui plient le match sur l’efficacité de la 3eme dose

Les 3e doses ne permettent pas seulement de regagner en efficacité contre le virus, elles font passer le niveau de protection contre le virus très au-delà de celui atteint après les 2 premières.

Antoine Flahault

Antoine Flahault

 Antoine Flahault, est médecin, épidémiologiste, professeur de santé publique, directeur de l’Institut de Santé Globale, à la Faculté de Médecine de l’Université de Genève. Il a fondé et dirigé l’Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique (Rennes, France), a été co-directeur du Centre Virchow-Villermé à la Faculté de Médecine de l’Université de Paris, à l’Hôtel-Dieu. Il est membre correspondant de l’Académie Nationale de Médecine. 

 

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Claude-Alexandre Gustave

Claude-Alexandre Gustave

Claude-Alexandre Gustave est Biologiste médical, ancien Assistant Hospitalo-Universitaire en microbiologie et ancien Assistant Spécialiste en immunologie. 

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Atlantico : Une étude en pre-print parue dans Medrvix s’intéresse à l’efficacité des 3e doses de vaccin contre le Covid. Dans quelle mesure cette troisième dose permet-elle de regagner en efficacité contre le virus selon les résultats de cette étude sur cas-témoins avec test négatif (test negative case-control study). A quel point est-ce conforme avec ce que nous savions déjà de la troisième dose ?

Antoine Flahault :Cette étude britannique porte sur près de 300 000 personnes incluant des non vaccinées, des vaccinées avec AstraZeneca ou avec BioNTech/Pfizer. Elle confirme les résultats que l’on connaissait de l’expérience israélienne d’une meilleure efficacité après la troisième dose vis-à-vis des formes cliniques symptomatiques de Covid. L’efficacité vaccinale est estimée voisine avec les deux vaccins. Les niveaux de protection après la troisième dose sont de plus de 90% par rapport aux non vaccinés, c’est-à-dire sont voisins de ceux initialement constatés lors des essais cliniques après deux doses par rapport à un placebo. Cette étude ne permet pas la distinction de la protection des vaccins contre les formes bénignes de celle contre les formes sévères.

Claude-Alexandre Gustave : Lorsqu’on parle « d’efficacité vaccinale », il faut distinguer plusieurs niveaux d’efficacité : tout d’abord l’efficacité contre l’infection, c’est-à-dire contre le fait d’acquérir un portage actif du virus, au moins dans notre sphère ORL, même sous forme asymptomatique.

Deuxièmement, l’efficacité contre les COVID symptomatiques dites « simples » (sans critère de sévérité), essentiellement associées à une réplication virale ORL et associées à des symptômes tels que l’anosmie, agueusie, rhinite, pharyngite, syndrome pseudo-grippal…

Troisièmement, l’efficacité contre les COVID sévères, que l’on peut décliner en plusieurs sous-niveaux (hospitalisations, admissions en réanimation, décès).

Quatrièmement, l’efficacité contre la transmission (donc contre la génération de cas secondaires autour du vacciné quand il est lui-même infecté).

Cinquièmement, l’efficacité contre les atteintes chroniques (notamment les COVID longues et autres affections organiques/biologiques persistantes après l’infection par SARS-CoV-2).

Sixièmement, l’efficacité contre des évènements particuliers induits par SARS-CoV-2 dans des catégories précises de patients, par exemple : les PIMS en pédiatrie, les accouchements prématurés/avortements spontanés chez les femmes enceintes…

Donc parler « d’efficacité vaccinale » sans en préciser le niveau, est un élément de confusion, d’imprécision.

Dans l’étude évoquée, le critère d’évaluation concerne l’efficacité vaccinale contre les COVID symptomatiques (sans critères de gravité), pour une 3ème dose avec le vaccin de Pfizer (ARNm), sur une cohorte d’étude limitée aux patients âgés de plus de 50 ans, et sur une période correspondant à la circulation du lignage Delta.

Les éléments clés à en retenir sont tout d’abord l’évaluation de l’efficacité vaccinale (contre les COVID symptomatiques) avec le schéma à 3 doses VERSUS non-vaccinés. La mesure est réalisée 14 jours après l’administration de la 3ème dose, ce qui correspond alors à l’efficacité maximale (mesurée immédiatement après acquisition de la réponse immunitaire induite par la 3ème dose). Qu’il s’agisse du vaccin de Pfizer (ARNm), ou d’AstraZeneca (Adénoviral), l’efficacité maximale mesurée est nettement supérieure à 90% (respectivement 94% et 93,1%). Ceci indique, que sur la période d’étude, on a observé 15 fois moins de COVID symptomatiques chez les vaccinés 3 doses, que chez les non-vaccinés !

L’efficacité vaccinale (contre les COVID symptomatiques) est alors mesurée avec le schéma à 3 doses VERSUS schéma à 2 doses (la 2ème dose ayant été reçue depuis plus de 140 jours). Selon que les 2 premières injections aient été réalisées avec le vaccin de Pfizer (ARNm), ou d’AstraZeneca (Adénoviral), on mesure une efficacité maximale respectivement à 84,4% et 87,4%, ce qui signifie qu’on a observé 7 fois moins de COVID symptomatiques chez les vaccinés 3 doses que chez les vaccinés 2 doses !

Cet élément montre un net gain de protection, contre les formes symptomatiques de COVID, dans le groupe vacciné avec une 3ème dose au moins 140 jours après la 2nd, par rapport au groupe qui n’a pas reçu de « booster ».

Il faut noter que cette forte protection est obtenue avec un vaccin qui n’est pas mis à jour, malgré la circulation du lignage Delta, ce qui confirme qu’il n’était effectivement pas nécessaire de mettre à jour le vaccin contre Delta.

Cependant, le critère utilisé dans cette étude n’est pas le plus critique. La protection contre les formes symptomatiques est certes intéressante, mais ce n’est pas elle qui conditionne l’impact de morbi-mortalité induite par la COVID et la circulation de SARS-CoV-2.

On peut même trouver des argumentaires en faveur de la 3ème dose qui sont totalement à côté de la plaque car ils se basent sur les « cas détectés », c’est-à-dire sur le nombre d’infections recensées via les tests de dépistage et de diagnostic. On peut trouver un exemple de tel thread ici.

Mon propos peut surprendre car je suis notoirement « militant » pour le déploiement rapide et généralisé des 3èmes doses, mais leur intérêt ne réside absolument pas dans la diminution du nombre d’infections recensées.

Il faut bien comprendre que les vaccins dont nous disposons actuellement sont tous des vaccins dits « inertes » (sans virus ou ARN qui se réplique en nous), et tous administrés par voie intramusculaire (donc pas par la voie empruntée par le virus pour nous infecter au niveau ORL). Il faut donc bien comprendre qu’il est alors presque impossible d’empêcher la contamination (l’infection, notamment sous forme asymptomatique et limitée à la sphère ORL). Cette limite était déjà annoncée bien avant la commercialisation de ces vaccins, car elle est inhérente à notre système immunitaire.

Quand nous voyons le nombre d’infections recensées diminuer après l’administration du vaccin, cela ne traduit pas une diminution du nombre de contaminations, mais c’est la manifestation de l’efficacité+++ du vaccin contre la MALADIE, c’est-à-dire contre le développement de symptômes en cas d’infection.

Pour comprendre cela, il faut revenir à la source des indicateurs épidémiologiques (nombre de cas recensés, taux d’incidence des infections). Dans la plupart des pays, les seules sources sont 1) les tests de diagnostic (chez les malades) et 2) les tests de dépistage (chez les asymptomatiques, essentiellement pour raisons réglementaires, contact tracing…). Quand on déploie le vaccin, son efficacité+++ contre les formes symptomatiques conduit à fortement réduire le recours aux tests de diagnostic (beaucoup moins de malades). Comme vu ci-dessus, après la 3ème dose, on observe 15 fois moins de COVID symptomatiques que chez les non-vaccinés, et 7 fois moins que chez les vaccinés 2 doses. On a donc une diminution de x7 à x15 du recours au tests de diagnostic grâce au déploiement de la 3ème dose, indépendamment de toute réduction de la circulation virale. Reste alors les tests de dépistage, mais ils ne sont pas ciblés sur les patients les plus probablement infectés (population générale, tests motivés par la validation du pass sanitaire, obligation avant hospitalisation, voyage…). Ainsi, leur taux de positivité est très faible et ne reflète pas du tout la circulation virale dans la population. Par exemple en France, actuellement, en pleine flambée « Delta », Santé Publique France montre bien que les malades (tests de diagnostic) représentent 14% des tests avec un taux de positivité à 18,9%, alors que les asymptomatiques (tests de dépistage) représentent 86% des tests avec un taux de positivité à seulement 2,7%.

Ainsi, indépendamment de toute variation de circulation virale, le simple déploiement vaccinal peut réduire x7 à x15 l’ampleur des tests de diagnostic (chez les malades), et ne laisser quasiment que des indicateurs basés sur les tests de dépistage, bien moins aptes à refléter la circulation virale dans la population.

Ce phénomène est bien illustré par les données épidémiologiques du Royaume-Uni, qui ne s’appuie pas seulement sur les tests de diagnostic ou de dépistage, mais aussi sur des enquêtes de séroprévalence (pour déterminer la proportion de population porteuse d’anticorps contre SARS-CoV-2, en différenciant ceux qui les ont acquis par l’infection et ceux qui les ont acquis par la vaccination) ; ainsi que sur des enquêtes épidémiologiques virologiques réalisées chaque semaine sur des échantillons de population reflétant les classes d’âges, le statut vaccinal, les comorbidités, le mode de vie (urbain, rural…), les régions du Royaume-Uni…

Le PHE (équivalent britannique de Santé Publique France) montre alors que la circulation virale est au moins aussi forte chez les vaccinés que chez les non-vaccinés (les taux incidence apparents sont même supérieurs chez les vaccinés de >30 ans par rapport aux non-vaccinés, mais aussi en raison, notamment, de biais de recours aux tests et d’abandon des mesures barrières chez les vaccinés qui s’exposent donc plus fortement aux contaminations que les non-vaccinés) :

J’en ai déjà parlé à plusieurs reprise en relayant les rapports du PHE ici.

La justification des 3èmes doses pour tous n’est donc absolument pas dans la protection contre l’infection (ou contamination), mais dans la protection contre les formes sévères de COVID ! Ce sont ces formes sévères d’infections qui déterminent l’impact de morbi-mortalité induite par la circulation de SARS-CoV-2, et ce sont ces cas sévères contre lesquelles les 3èmes doses ont un intérêt majeur.

Cette notion est connue depuis juillet 2021, via les données préliminaires fournies par Israël, et initialement publiées par le Ministère de la Santé israélien. Elles montraient qu’à l’échelle de la population vaccinée, la protection contre les formes sévères (initialement >95%), diminuait significativement sur toutes les classes d’âge, plus rapidement/fortement chez les plus âgés, et/ou porteurs de comorbidités :

Efficacité vaccinale contre les COVID sévères mesurées en juillet 2021 (la campagne vaccinale ayant débuté en janvier 2021 avec une efficacité initiale >95%) :

Il était alors clair que la décroissance progressive du taux d’anticorps neutralisants, observée dès 3 mois après la vaccination, se traduisait par une perte progressive de protection à l’échelle de la population. Il faut bien comprendre que cette efficacité vaccinale est mesurée à l’échelle de la population, pas à l’échelle individuelle. La protection individuelle est très variable d’une personne à l’autre, notamment en raison de la très grande variabilité inter-individuelle des réponses immunitaires, des facteurs de risques de COVID sévère chez les vaccinés, de l’âge, du sexe… Ce phénomène, associé à l’étalement temporel du déploiement des vaccins, fait que la perte de protection n’est pas brutale à l’échelle de la population mais progresse avec le temps (et donc l’ancienneté des 2èmes doses) et concerne une portion limitée de population à chaque instant. Mais il faut bien comprendre que les cas graves qui surviennent alors chez ces vaccinés qui ont perdu leur protection après plusieurs mois, étaient facilement évitables par une simple nouvelle injection vaccinale qui rétablit la protection maximale en 7 à 14 jours.

Cette perte progressive de protection, et donc la nécessité d’une 3ème dose, ne fait aucun doute, elle est documentée sur toutes les classes d’âge, elle apparaît dès 3 à 4 mois chez certains vaccinés (notamment les plus âgés, porteurs de comorbidités…), et devient significative à l’échelle de la population à partir de 5 à 6 mois après l’administration des 2èmes doses. Ces données ont été formellement publiées notamment par Israël :

Mais le même phénomène, parfois encore plus marqué, a été décrit par le Qatar, avec une efficacité vaccinale qui s’effondre après 6 mois, pour atteindre 55,6% contre les formes sévères (ce qui signifie qu’après 6 mois, le taux d’incidence des COVID sévères chez les vaccinés 2 doses, n’est plus réduit que d’un facteur 2,3 alors qu’il était réduit d’un facteur >20 jusqu’à 5 mois après la 2ème dose !

Ou encore en Suède, avec une efficacité vaccinale contre les COVID sévères qui s’effondre de 89% à 42% en 181 jours (ce qui signifie qu’en 181 jours, le taux d’incidence des COVID graves chez les vaccinés a progressé d’un facteur x5,3) !

La nécessité d’une 3ème dose pour tous ne fait donc aucun doute puisque la perte de protection est observée et significative sur toutes les classes d’âge.

Son efficacité ne fait aucun doute non plus, malgré la diffusion du lignage Delta et l’utilisation du vaccin originel.

Les données israéliennes sont éloquentes : chez les >60 ans, en seulement 12 jours après l’administration du booster, l’incidence des COVID sévères est 19,5 fois plus faible chez les vaccinés qui ont reçu 3 doses, par rapport aux vaccinés qui n’en ont reçu que 2 !

Sur une cohorte de plus 728000 patients, dont l’âge médian est 52 ans (la moitié avait <52 ans, l’autre moitié >52 ans), l’efficacité de la 3ème dose contre les formes sévères de COVID est majeure alors qu’elle est comparée, non pas à l’absence de vaccination, mais une vaccination limitée à 2 doses (datant de plus de 5 mois) !

Les admissions hospitalières, les formes critiques (en réanimation), et les décès étaient respectivement réduits de 93%, 92% et 81% !

L’un des apprentissages de l’étude est que cette troisième dose fait passer le niveau de protection contre le virus très au-delà de celui atteint après les 2 premières. A quel point cela est-il une bonne nouvelle ? Comment l’expliquer ?

Antoine Flahault : Il ne faut probablement pas voir la troisième dose comme un simple rappel vaccinal mais davantage comme la complétion d’un schéma vaccinal normal. Ainsi, comme avec de nombreux autres vaccins, avec deux doses, nous restons incomplètement vaccinés. On peut ainsi espérer que la troisième dose vaccinale vient parachever l’immunité humorale contre le coronavirus (celle qui se mesure par nos taux d’anticorps circulants) mais aussi l’immunité à médiation cellulaire, celle qui pourrait nous conférer une immunité durable contre la Covid.

Claude-Alexandre Gustave : Effectivement, au niveau clinique, la troisième dose rétablit pleinement la protection contre les formes sévères de COVID, et réduit très significativement l’impact de morbi-mortalité à l’échelle de la population.

Au niveau immunologique, on voit que cette 3ème dose fait bien plus ! Elle ne rétablit pas seulement la réponse immunitaire obtenue après la 2ème dose, elle l’a décuple ! Ceci tend à montrer que la 3ème dose n’agit pas comme un simple rappel, mais bien comme un élément à part entière de la primo-vaccination.

L’élément immunologique le plus marquant qu’on remarque après la 3ème dose, est le pic sérologique (concentration maximale d’anticorps anti-Spike dans notre sérum) qui devient en moyenne ~10 fois supérieur à celui qui est induit par la 2ème dose !

Dans une étude réalisée chez des soignants israéliens âgés de plus de 60 ans, l’écart observé est encore plus marquant, avec une médiane sérologique passant de 440 AU/mL avant la 3ème dose, à 25468 AU/mL après la 3ème dose, soit une concentration d’anticorps anti-Spike multipliée par 58 !

Cette étude montrait aussi que la 3ème dose permettait de récupérer une séropositivité chez l’ensemble des participants, alors que 3% n’avaient plus d’anticorps à un taux détectable avant cette 3ème dose.

On voit aussi ce phénomène en terme de fonctionnalité des anticorps, c’est-à-dire dans leur capacité à neutraliser le virus (l’empêcher d’entrer dans nos cellules). Les travaux de ModeRNA ont montré que l’administration d’une 3ème dose du vaccin actuel, permet d’obtenir une capacité de neutralisation multipliée par 16,7 contre le variant B.1.351 (le plus résistant à ce jour ; sous-réserve des résultats concernant Omicron) :

Ces mêmes travaux ont également montré que la 3ème dose avec le vaccin originel (sans mise à jour), permettait de rétablir les capacités maximales de neutralisation contre tous les VOC alors connus, y compris Delta, avec une activité neutralisante multipliée par ~40 par rapport à son niveau résiduel avant la 3ème dose !

Ce phénomène est la clé de la protection clinique conférée par la 3ème dose. Depuis de nombreux mois, l’efficacité vaccinale a été corrélée au taux d’anticorps neutralisants. Plus la production de ces anticorps est forte, plus la protection obtenue après vaccination est élevée et durable :

Les travaux du Pr. IWASAKI (Université de Yale), ont permis aussi de décrypter les mécanismes de la protection immunitaire conférée par la vaccination, et là aussi, la dépendance aux anticorps neutralisants est démontrée, avec un rôle accessoire des lymphocytes T qui n’ont qu’une fonction de support des lymphocytes B et plasmocytes producteurs d’anticorps.

Ces données sont donc une excellente nouvelle, car cela montre que la 3ème dose décuple la réponse immunitaire à l’origine de la protection contre les formes sévères de COVID.

Ce « boost » immunitaire induit par la 3ème dose repose sur ce qu’on appelle la « mémoire immunitaire ». Après la 2ème dose, notre système immunitaire a généré des lymphocytes B et plasmocytes mémoires, dits « à longue durée de vie ». Ces cellules mémoires ont maturé pendant 5 à 6 mois avant la 3ème dose, gagnant progressivement en affinité/avidité pour la protéine Spike (cible de la vaccination). Quand la 3ème dose est administrée, deux phénomènes se superposent et conduisent à cette réponse immunitaire décuplée :

  1. Une nouvelle réponse identique à celle qu’on a induit avec les injections précédentes, avec une production d’anticorps dirigés contre Spike, à partir de lymphocytes B/plasmocytes nouvellement sélectionnés et stimulés ;
  2. Une réactivation des cellules mémoires, qui entrent alors en forte prolifération et production d’anticorps de forte affinité/avidité pour Spike.

Le cumul de ces 2 phénomènes conduit au pic sérologique ~10 fois plus élevé qu’après la 2ème dose, avec une capacité de neutralisation virale également décuplée contre l’ensemble des VOC connus (sous-réserve des résultats concernant Omicron).

Ces données, même si elles doivent encore être révisées par les pairs, doivent-elles nous permettre d’être optimistes ? La protection offerte par la troisième dose pourrait-elle être plus pérenne que par le schéma vaccinal initial seul ?

Antoine Flahault : Il nous faudra d’autres études et surtout un suivi plus prolongé pour mieux cerner les contours et la persistance de l’immunité conférée par les vaccins du marché mais les premières études qui nous proviennent des pays qui ont initié cette troisième dose vaccinale il y a plusieurs mois sont très encourageantes. Une certaine déception pointait chez les épidémiologistes qui constataient que malgré des couvertures vaccinales très élevées avec deux doses, la vague automnale liée au variant Delta réussissait à franchir les digues immunitaires, même si les vaccins continuaient à tenir leurs promesses vis-à-vis des formes graves pouvant conduire à l’hospitalisation ou au décès. Avec ces premiers résultats, nous pouvons espérer disposer désormais d’un vaccin plus protecteur contre toutes les formes de l’infection, et donc plus à même de nous aider à contrôler les poussées liées au variant Delta, celles-là mêmes qui déferlent actuellement si durement en Europe.

Bien sûr, nous n’avons aucune idée actuellement de l’efficacité vaccinale contre le nouveau variant Omicron.

Claude-Alexandre Gustave : Le boost immunitaire obtenu avec la 3ème dose est aussi une bonne nouvelle en terme de durée de protection. Après la 3ème dose, comme après la 2nde, notre concentration d’anticorps anti-Spike va décroître avec le temps, et à terme notre protection disparaîtra à nouveau. Cependant, sachant que nous partons d’un taux d’anticorps ~10 fois plus élevé qu’après la 2nde dose, nous pouvons espérer une protection plus durable. Après la 2ème dose, nous avons observé une demi-vie sérologique d’environ 70 jours (la concentration d’anticorps est divisée par 2 tous les 70 jours). Cette cinétique a permis de maintenir une protection significative à l’échelle de la population pendant 5 à 6 mois. Sous réserve que la demi-vie sérologique ne change pas après la 3ème dose, et sous-réserve que nous ne soyons pas confrontés à des variants plus résistants à la neutralisation, la 3ème dose devrait donc permettre une protection significative de la population pendant 13 à 14 mois. Si la demi-vie sérologique s’allonge (hypothèse qu’il faudra vérifier avec les données observationnelles), cette durée pourra être prolongée. A l’inverse, si des variants résistants à la neutralisation diffusent dans la population, cette durée de protection pourra être raccourcie, d’autant plus que la résistance des variants est forte.

Le boost immunitaire avec une concentration d’anticorps décuplée est aussi une bonne nouvelle en terme d’efficacité vaccinale vis-à-vis de la transmission ! Comme évoqué plus haut, la vaccination n’empêche pas d’être infecté. Cependant, elle permet de réduire la contagiosité des individus en cas d’infection (réduction du nombre de cas secondaires). Ce phénomène dépend là encore des anticorps neutralisants. Chez un vaccinés, ces anticorps sont présents dès les premiers instants de l’infection, alors que chez un non-vacciné, il faut 7 à 10 jours pour les construire. Ainsi, chez un vacciné, l’invasion virale est freinée dès les premiers instants de l’infection. Ceci permet de réduire plus rapidement la charge virale excrétée par un vacciné en comparaison avec un non-vacciné. Si on regarde du côté des infections asymptomatiques, la charge virale semble diminuer si rapidement chez les vaccinés, que la durée de positivité des tests est réduite à seulement 1 jour en moyenne !. En cas d’infection symptomatique, la durée moyenne de positivité des tests est de 11 jours chez les vaccinés, avec des charges virales similaires à celles des non-vaccinés durant la 1ère semaine d’infection, mais qui diminuent plus rapidement ensuite.

Le bénéfice de la vaccination en terme de transmission se maintient malgré une charge virale excrétée identique à celle des non-vaccinés. Le phénomène repose sur les anticorps neutralisants, qui sont non seulement présents dès J0 chez les vaccinés contre seulement J7-J10 chez les non-vaccinés, mais qui sont également >10x plus concentrés chez les vaccinés par rapport à ce qu’on observe chez les personnes immunisées par infection seule.

Or plus on a d’anticorps neutralisants précocement et à un niveau élevé, plus on réduit notre contagiosité pour une même charge virale excrétée !

Ce phénomène repose sur la neutralisation virale, c’est-à-dire au recouvrement de ces spicules (Spike), par nos anticorps neutralisants. Ainsi, lorsque le virus est excrété par vacciné infecté, il est recouvert de ses anticorps neutralisants qui masquent les spicules virales. Ainsi masquées, elles ne peuvent alors plus adhérer à de nouvelles cellules, et le virus ne peut donc plus aussi facilement infecter un nouvel hôte. Ces anticorps sont des immunoglobulines de classe G (IgG anti-Spike) qui diffusent passivement du sérum vers les muqueuses ORL :

Le résultat est une diminution de contagiosité chez les vaccinés (mesurée par la capacité de cultiver le virus à partir des prélèvements respiratoires), malgré une charge virale excrétée identique à celle qui est observée chez les non-vaccinés :

Avec la 3ème dose, nous obtenons un pic d’anticorps ~10 fois plus élevé qu’après la 2ème dose et une activité neutralisante ~40 fois plus forte. On peut donc légitimement attendre une diminution de contagiosité encore plus forte et durable qu’après la 2ème dose. Ceci est un bénéfice à la fois individuel mais aussi collectif, et concerne donc toutes les classes d’âge.

Par contre, une diminution de contagiosité ne signifie pas une absence de contagion, notamment face à des variants aussi transmissibles que Delta (avec un R0 estimé >6 voire >8, et des charges virales 1000 fois plus fortes qu’avec les VOC précédents).

Il faut donc bien intégrer la nécessité de coupler la vaccination ET les mesures barrières/de lutte contre la circulation virale, avec notamment l’aération des lieux clos pour maintenir <700ppm de CO2, les masques FFP2 dans les transports, lieux fortement fréquentés ou ne pouvant pas être ventilés, les tests itératifs dans les écoles, et contrôle virologique des voyageurs aux frontières. Ces mesures complètent la vaccination, et elles entrent en synergie, tout en réduisant la circulation virale pour préserver l’efficacité vaccinale en freinant le plus possible l’évolution virale.

Même quand toute la population sera vaccinée, tant que le virus circulera, il se répliquera, donc il mutera et évoluera. Si on veut pérenniser l’efficacité vaccinale et donc conserver une faible morbi-mortalité, il faut alors lutter aussi contre la circulation virale pour freiner son évolution et donc freiner son échappement immunitaire. C’est pour cette raison que l’OMS répète depuis 1 an que les stratégies basées UNIQUEMENT sur la vaccination sont vouées à l’échec. La solution face à cette pandémie ne peut passer que par la combinaison d’une vaccination massive ET de mesures de luttes contre la circulation virale

Omicron en est la triste illustration…

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