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Des biologistes du laboratoire pharmaceutique OSE Immunotherapeutics travaillent sur un programme de développement d'un vaccin contre le Covid-19 à Nantes en mars 2021.
Des biologistes du laboratoire pharmaceutique OSE Immunotherapeutics travaillent sur un programme de développement d'un vaccin contre le Covid-19 à Nantes en mars 2021.
©LOIC VENANCE / AFP

Bonnes feuilles

Covid-19 : la pandémie, ce véritable accélérateur pour toute la recherche médicale

Martial You publie « Et si la crise sanitaire était une chance ? » aux éditions de l’Archipel. Une formidable période de croissance économique succédera à la pandémie de covid-19. Nous sortirons du combat contre le virus avec la même volonté de vivre et d'inventer qu'à l'issue de la Seconde Guerre mondiale. L'actuelle crise sanitaire, qui nous oblige à nous réinventer, est notre chance. Extrait 1/2.

Martial You

Martial You

Ancien d'Europe 1, BFM et Radio France, Martial You dirige le service Économie-Social-Éducation de RTL depuis 2014. Chaque matin, à 6h50, il décrypte l'actualité dans " L'Éco & You". Sur M6, il intervient comme expert dans le journal de la rédaction de 19h45 et dans l'émission "Capital".

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La France compte 1 700 biotechs, ce qui fait du pays de Pasteur le deuxième acteur européen derrière le Royaume-Uni. Leurs recherches portent sur les cancers, les maladies nerveuses, les myopathies. L’afflux de financement ne va pas forcément retomber dans les prochains mois car les biotechs ont fait la démonstration de leur approche innovante sur la Covid, laquelle a permis de trouver les premières solutions. Des techniques qui étaient utilisées pour la recherche de solutions à certains cancers et qui permettront sans doute de progresser dans ce domaine. En quarante ans de recherche et de lutte contre le sida, on a pu avancer sur des protocoles de soins contre le cancer ou dans les traitements des troubles cardiaques. Suite à la technologie déployée contre le coronavirus, on peut donc imaginer des progrès à venir dans la plupart des maladies pulmonaires et d’autres maladies infectieuses. Il reste cependant à se remettre du traumatisme industriel. Aspirine, paracétamol, amoxicilline, cortisone… 80 % des « principes actifs » viennent de Chine ou d’Inde, contre 20 % il y a trente ans. Même pour la fabrication du vaccin contre la Covid, il s’est révélé difficile de trouver les industriels français en mesure de le produire. L’idée de la relocalisation n’est donc pas de rapatrier des médicaments sans valeur ajoutée mais d’offrir une perspective industrielle aux nouveaux produits. Le savoir-faire est là, puisque l’industrie pharmaceutique emploie encore près de 100 000 salariés. Il faut néanmoins adapter les usines et former le personnel. Ce sont des opportunités de croissance que nous saurons certainement saisir.

Nous connaissons seulement 20 % de la biologie humaine, le champ de la découverte est donc encore très large. Depuis quinze ans, les Big Pharma investissent moins en recherche et développement, elles délaissent un peu les études en amont sur de nouvelles approches thérapeutiques. Cette partie est laissée aux biotechs, dont le rôle a été encore plus légitimé durant la période que nous venons de vivre. Dans le cas des recherches de vaccins contre la Covid, on a pu voir à quelle vitesse ces startups ont su adapter leurs recherches et trouver des réponses. Si l’on refait rapidement le film de cette épidémie, on s’aperçoit qu’il faut attendre le 5 janvier 2020 pour que les autorités chinoises reconnaissent l’existence d’un virus qui se transmet rapidement entre les individus. Il est alors seulement question d’une « pneumonie atypique ». Le talent des visionnaires en économie – quel que soit leur domaine – est de sentir immédiatement l’opportunité pour leurs entreprises. Aussitôt, Ugur Sahin, l’un des deux fondateurs de BioNTech, se met donc à travailler sur ce virus. Après y avoir consacré ses jours et ses nuits, il décide d’adapter ses recherches sur l’ARN messager. Au même moment, du côté de Boston, Stéphane Bancel, le PDG de Moderna, a grosso modo la même intuition. Le 11 janvier, il reçoit la séquence génétique du virus établie par les Chinois. Deux jours plus tard, le corpus du vaccin est déjà modélisé sur les ordinateurs de la biotech. Les tests n’ont pas encore eu lieu mais la vitesse et la réactivité des deux entreprises ont finalement permis de gagner la course contre la montre… ou contre le virus. Une telle rapidité est impressionnante. BioNTech et Moderna ont pris de l’avance dès le départ, ce qui est évidemment lié à leur petite taille. Aucun laboratoire plus important n’a su réagir aussi vite !

 

Covid : un accélérateur pour toute la recherche médicale

Désormais, les startups médicales vont pouvoir encore plus facilement lever de l’argent auprès d’investisseurs. Elles vont faire la fortune des pionniers qui ont su tirer leur épingle du jeu de ce coronavirus. Mais cela va surtout permettre d’assumer l’énorme taux d’échecs derrière chaque innovation « healthtech ». Sur 10 000 molécules travaillées au départ, une seule sera finalement couronnée de succès. Autrement dit, le succès de Moderna et BioNTech dans la lutte contre la Covid va permettre de financer d’autres recherches tout aussi innovantes et importantes pour des maladies majeures de notre époque. Dans ce milieu, il n’y a pas de secret : plus on lève d’argent, plus on trouve de remèdes. En augmentant la capacité de financement globale, on soutient donc aussi le « droit à l’erreur », qui fait partie du cheminement de recherche médicale. C’est encore l’un des bénéfices majeurs de cette crise.

La multitude des travaux partout sur le globe et l’incroyable agilité de ces biotechs sont précisément ce qui séduit les grands laboratoires mondiaux, qui n’auraient pas les moyens de travailler sur autant de recherches en même temps. Pour se donner une idée, les Big Pharma sont comme d’immenses paquebots transatlantiques, entraînant avec eux des milliers de petits hors-bord et de canots qui les accompagnent à la sortie du port. Les uns sont agiles, les autres sont capables d’affronter les fortes vagues et les gros volumes. Ces grands laboratoires achètent donc la molécule en phase avancée et investissent lourdement dans les technologies pour améliorer la production et la commercialisation des produits. Les grands fabriquent et commercialisent quand les petits ont cherché et trouvé ! Finalement, la recherche médicale n’est plus l’affaire des géants de la pharmacie. Ils sont aujourd’hui des assembleurs. Cela interroge à terme sur la viabilité de ce modèle économique. Car les paquebots ont certes la surface financière et la capacité de production en masse, mais il s’agit de la partie ayant le moins de valeur ajoutée. Des entreprises comme Moderna commencent d’ailleurs à croire en leur indépendance et refusent de s’arrimer de façon exclusive à un grand groupe. Elles préfèrent voir leur valorisation boursière grimper en flèche. Mais quel sera l’intérêt à terme de ces grands laboratoires, s’ils ne font qu’assembler des médicaments comme des sous-traitants de l’automobile ? C’est à ce moment-là qu’il faut obtenir les arbitrages et établir les usines dans notre pays. Nous avons des atouts : le crédit impôt recherche, des universités reconnues dans le monde entier et une recherche académique de bon niveau. Actuellement, 300 médicaments issus des travaux des biotechs tricolores sont testés sur l’homme dans les grands hôpitaux du pays. Une trentaine d’entre eux vont rencontrer le succès. Ils sont porteurs d’espoirs pour les patients et pour nos emplois industriels.

Martial You publie « Et si la crise sanitaire était une chance ? » aux éditions de l’Archipel.

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