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Un navire de forage au large de la ville côtière chypriote de Larnaca, le 3 novembre 2021.
Un navire de forage au large de la ville côtière chypriote de Larnaca, le 3 novembre 2021.
©Iakovos Hatzistavrou / AFP

Climat

COP 26 : l'interdiction d’exploration des énergies fossile à l’étranger, ou comment se tirer une balle dans le pied

La France a rejoint une nouvelle alliance pour mettre fin au financement à l’étranger de projets d’énergies fossiles. Un voeu qu'il sera difficile à mettre en oeuvre, en particulier si les grands pays producteurs n'y adhèrent pas.

Loïk Le Floch-Prigent

Loïk Le Floch-Prigent

Loïk Le Floch-Prigent est ancien dirigeant de Elf Aquitaine et Gaz de France, et spécialiste des questions d'énergie.

Ingénieur à l'Institut polytechnique de Grenoble, puis directeur de cabinet du ministre de l'Industrie Pierre Dreyfus (1981-1982), il devient successivement PDG de Rhône-Poulenc (1982-1986), de Elf Aquitaine (1989-1993), de Gaz de France (1993-1996), puis de la SNCF avant de se reconvertir en consultant international spécialisé dans les questions d'énergie (1997-2003).

Dernière publication : Il ne faut pas se tromper, aux Editions Elytel.

Son nom est apparu dans l'affaire Elf en 2003. Il est l'auteur de La bataille de l'industrie aux éditions Jacques-Marie Laffont.

En 2017, il a publié Carnets de route d'un africain.

 

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Atlantico : Après une semaine d'hésitation, la France a rejoint une nouvelle alliance pour mettre fin au financement à l’étranger de projets d’énergies fossiles. Dans quoi notre pays s’est-il engagé exactement ?

Loïk Le Floch Prigent : Comme beaucoup de séances internationales, il s’agit d’abord de communiquer et de montrer au monde que l’on agit pour son bien. Un certain nombre de pays prennent donc des engagements qui sont d’abord des postures. Un monde dont l’énergie consommée vient à 80% des énergies fossiles ne change pas à cause de discours nombreux et de signatures à Glasgow en 2021. Les populations veulent vivre, elles ont besoin d’énergie et elles utiliseront celles qui sont disponibles. L’énergie fossile la plus polluante et la plus émettrice est le charbon. Ses deux grands utilisateurs sont la Chine et l’Inde, ils ne sont pas signataires des accords et ils prévoient la sortie vers 2060, ils ont donc tout le temps de poursuivre leur production. L’Allemagne, signataire, avait prévu de sortir en 2038 et va, sans doute, être amenée à réviser cette date. Si elle ne révise pas son orientation anti-nucléaire cela voudra dire une augmentation de l’utilisation de gaz, cela nous promet de beaux débats car le gaz naturel est une énergie fossile !

Je pense qu’il faut revenir à l’essentiel. Les industriels doivent éviter les gaspillages et les mauvaises utilisations des énergies fossiles avec toutes les techniques de captation de CO2, d’utilisation du CO2 et donc s’engager vers des solutions de plus en plus propres. La signature des pays occidentaux montre qu’ils sont déterminés à réaliser des efforts en ce sens, mais de là à arrêter tout comme le suggèrent certains communiqués militants, il y a un grand pas : il faut être plus efficaces et c’est l’orientation qui a été acceptée depuis un certain nombre d’années et réaffirmée aujourd’hui.

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Les fossiles, pétrole et gaz, sont les sources non seulement d’énergie, mais aussi de chimie organique, le pétrole et le gaz continueront à être produits pendant encore des dizaines d’années, et cela les gouvernements ont du mal à le dire.

Notre pays, comme beaucoup d’autres, s’est engagé à être efficace, en espérant que la Chine et l’Inde (et d’autres) comprendront aussi cette nécessité. C’est-à-dire que les opérations de prospection et de production doivent se réaliser avec comme objectif la neutralité carbone, ce qui est envisageable aujourd’hui. Resteront les consommateurs, et là les solutions n’existent pas encore, il faudra donc beaucoup de recherches et d’innovations. L’exigence correspondante pour les économies qui se sont engagées est de ne pas subir une compétition biaisée à partir des pays qui ont un autre agenda, cela promet des discussions difficiles !

Certaines entreprises pourraient-elles déroger à la règle en mettant en place une technologie de captage/stockage pour récupérer une partie des leurs émissions afin d’obtenir un soutien financier de la France ?

Les termes de l’accord sont suffisamment ambigus pour permettre toutes les dérogations. Mais c’est une question de responsabilité désormais, et les industriels, si on les protège correctement des concurrents déviants, sont prêts à aller de l’avant car ils veulent être des citoyens respectés. Mais il est clair que les solutions de captage/stockage sont dans l’accord car autrement il y aurait disparition immédiate de toute l’industrie : encore une fois les fossiles représentent 80% de nos productions énergétiques ! Les entreprises ont rarement besoin du soutien financier des Etats, par contre elles ont besoin d’une politique de la mondialisation et, pour l’instant, l’entrée de la Chine dans les accords internationaux a surtout profité à la Chine qui ne prévoit sa sortie du charbon que très tard. C’est un point essentiel à traiter et c’est l’explication de l’engagement des USA dans l’accord. Le soutien de la France cela doit être avant tout de ne pas faire payer aux industriels français un nouveau déficit de compétitivité en voulant être encore une fois le bon élève de la classe. Remettons nous à armes égales avec notre environnement international et exigeons de nos concurrents ce que l’on exige de nous.

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Est-il réellement possible de tourner complètement la page de l’exploitation des énergies fossiles à l’étranger dans le contexte actuel ? 

Il est évident que la sortie des fossiles n’est pas pour demain, mais cela ne veut pas dire que nous devons rester les bras ballants, il faut arrêter les gaspillages et innover dans la captation, le stockage et l’utilisation du CO2.

Quelles peuvent être les conséquences pour des groupes comme Total Énergies qui ont actuellement plusieurs projets de production de pétrole ou de gaz à l’étranger ?

Les groupes énergétiques occidentaux vont vous répondre dans les prochaines semaines, mais l’essentiel de la production pétrolière et gazière provient des compagnies nationales des Etats pétroliers et plutôt que d’essayer de montrer du doigt les compagnies occidentales qui innovent et font des efforts, il faudrait mieux s’intéresser à ceux qui produisent la grande majorité des produits pétroliers et gaziers. Moyen-Orient, Russie, Amérique Latine, Afrique… ce sont ces compagnies et ces Etats qui n’ont pas toujours de bonnes pratiques de prospection, de production, qui ont des raffineries déficientes, une logistique défaillante. Je ne doute pas qu’à l’avenir on commence à s’intéresser à eux car si nos compagnies peuvent innover et montrer l’exemple, il convient que les instances internationales et les journalistes finissent par s’intéresser aux problèmes réels, ceux d’un monde qui a besoin des énergies fossiles pour poursuivre son développement et qui n’a pas encore trouvé les moyens humains et financiers de le faire de façon efficace. C’est pourquoi j’ai aimé dans le texte signé ce rappel à la nécessité de l’efficacité sans dogmatisme et avec pragmatisme. Les militants qui rêvent de la fin prochaine de l’utilisation des énergies fossiles seront déçus, mais notre environnement verra la différence si on recourt aux bonnes pratiques de gestion de notre capital énergétique.  

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