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Conférence de Munich sur la sécurité : le déclin de l’Occident en débat
©CHRISTOF STACHE / AFP

Vision politique

Conférence de Munich sur la sécurité : le déclin de l’Occident en débat

Plus de 500 leaders du monde de la politique, de l’économie et de la société civile se réunissent du vendredi 14 au dimanche 16 février, à Munich pour une conférence sur la sécurité. Pour sa première participation, Emmanuel Macron devrait s'investir et évoquer les questions de sécurité, de défense et de politique étrangère européenne.

Serge Berstein

Serge Berstein

Serge Berstein est un historien français du politique. Docteur ès lettres, il enseigne à l'Institut d'études politiques de Paris. Membre des conseils scientifiques de la Fondation Charles de Gaulle et de l'Institut François-Mitterrand, il est  également l'auteur de nombreux ouvrages.

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Jean-Pierre Maulny

Jean-Pierre Maulny

Jean-Pierre Maulny est Directeur adjoint de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS).

Anciennement chargé de mission auprès du président de la Commission de la défense et des forces armées de l'Assemblée nationale entre 1997 et 2002, il est spécialiste des questions relatives à l'industrie de l'armement, des politiques de défense de la France et de l'Europe, de l'OTAN.

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Atlantico.fr : Ce vendredi s'ouvre la conférence de Munich - sorte de Davos de la sécurité - en présence d'une soixantaine de pays et ayant pour thème principal "le déclin de l'Occident". Emmanuel Macron s'y rendra avec Jean-Yves Le Drian et Florence Parly. 

Que pensez-vous du thème de la conférence ? Est-ce que l'Occident existe toujours à l'heure actuelle ?

Serge Berstein : La notion d’Occident a eu des significations variées au cours de l’histoire. Son acception la plus significative réside dans la notion de civilisation occidentale, désignant les régions qui ont hérité de la civilisation gréco-romaine, de la religion chrétienne, de l’art de la Renaissance, de la philosophie des Lumières, de la révolution industrielle. En d’autres termes, il s’agit de l »Europe du nord-ouest qui a été le berceau de cette forme de civilisation, étendue à une grande partie du monde par le phénomène de la colonisation, englobant le continent américain et une grande partie de l’Océanie. En revanche, on ne saurait étendre la notion d’Occident au terrain politique. A toutes les époques de l’histoire, les peuples d’Occident se sont combattus pour acquérir la domination ou l’hégémonie, et a fortiori, à partir de la fin du XVIII° siècle, lorsque le concept de nation renforce désormais l’identité de chacun d’entre eux, par opposition aux autres. Faut-il rappeler que les deux guerres mondiales du XX° siècle ont pris naissance dans l’affrontement de nations occidentales ? Tout au plus, des intérêts communs et la crainte d’un danger venu d’Orient sous la forme du communisme ont-ils soudé au lendemain de la seconde guerre mondiale les nations « occidentales » (au sens large du terme) contre l’adversaire du moment.

Jean-Pierre Maulny : Pour un français la question peut apparaitre à certains égards surprenante. La question est posée comme si nous regrettions un passé où existait un « occident ». Or la politique étrangère de notre pays a toujours été d’éviter d’employer ce terme d’occident car il pouvait être considéré comme clivant vis-à-vis du reste du monde ce que nous voulons éviter. Il existe l’Otan, il existe l’Union européenne, il existe des relations transatlantiques mais il n’existe pas d’occident. La seule question que l’on peut se poser est de savoir s’il n’y a pas une évolution stratégique, qui n’est pas liée uniquement aux questions de sécurité, qui ferait qu’il serait nécessaire pour la France et pour l’Union européenne de revoir le logiciel de lecture du monde. Si vous observez les déclarations du président Macron à the Economist ou lors de son récent discours sur la dissuasion il parle de l’Europe, entendre l’Union européenne, qui doit s’affirmer face à des puissances que sont les Etats-Unis, la Russie et la Chine. Il n’est nulle part question d’occident. Il est question d’une construction politique, l’Union européenne, qui transcende pour partie l’Etat nation qu’est la France.

Quelles sont les forces - dans l'Histoire comme présentement - qui affaiblissent cette notion d'"Occident" ? 

Serge Berstein : On peut comprendre qu’une conférence mondiale portant sur la sécurité se rassemble sous le thème unificateur du « déclin de l’Occident », entendu comme en 1945 comme l’ensemble des démocraties libérales. Là encore, le danger vient d’Orient, fondamentalement sous les traits de l’islamisme mais sans doute également (de manière difficile à dénoncer ouvertement) devant la montée inédite de la puissance économique chinoise, placée aux mains d’un pouvoir absolu autoritaire. Face à ces menaces réelles ou potentielles, l’Occident est -il en déclin ? Les Etats-Unis demeurent à ce jour la première puissance du monde, économiquement, militairement et politiquement, même si son actuel président faut peu de cas des alliés traditionnels de son pays. La puissance économique européenne demeure considérable,  en dépit de la division politique de l’UE. On peut penser que le thème retenu par les organisateurs de la conférence constitue davantage un appel à resserrer les rangs que le constat d’une réalité.

Jean-Pierre Maulny : L’Occident lui-même en voulant s’affirmer comme Occident, sous-entendu un groupe de pays qui serait supérieur aux autres et qui pourrait dicter sa loi aux autres pays. Ce logiciel de lecture est dépassé et il est voué à l’échec. 

Quels sont les intérêts à défendre pour l'Europe lors de cette conférence ? 

Jean-Pierre Maulny : Les intérêts que l’Europe a à défendre c’est d’abord une vision du monde basé sur la paix la stabilité, la solidarité et le multilatéralisme. Ce sont des intérêts qui sont portés par une construction politique qui a maintenant plus de 60 années d’existence et qui malgré toutes les vicissitudes comme le Brexit a su assurer la prospérité des pays qui en sont membres et la stabilité sur le continent européen. Un pays est parti mais bien d’autres veulent adhérer à l’Union européenne. Maintenant nos intérêts c’est de faire émerger un monde où les relations commerciales sont équilibrées, d’affirmer notre souveraineté technologique pour ne pas dépendre d’autrui ou nous mettre en position de faiblesse. C’est également de renforcer nos capacités de défense autonome car les Américains nous le demandent. Le budget des Etats-Unis consacré à la défense de l’Europe va baisser de 25% en 2020. Le message est clair il faut que nous soyons autonomes.

Que peut-on faire ou devrions-nous faire face à la montée de pays comme la Chine ?

Jean-Pierre Maulny : Il y a une partie de la réponse dans la régulation des relations commerciales. Il faut que cela soit équilibré ce qui n’est pas toujours le cas avec la Chine. En matière de défense il faudra commencer à inclure la Chine dans des négociations sur le désarmement mais le problème est qu’aujourd’hui les Etats-Unis n’envoient pas de bons signaux sur le sujet. Mais la principale réponse cela doit être nos capacités d’innovation technologiques. La question n’est pas d’être contre la Chine mais pour l’Union européenne. Et les technologies vertes prennent de plus en plus d’importance car ce sont ces technologies qui assureront notre pérennité face au réchauffement climatique et notre supériorité technologique et économique.

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