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Benoit XVI ne voulait pas être pape
Benoit XVI ne voulait pas être pape
©Reuters

Bonnes feuilles

Comment Benoît XVI a ouvert la voie d'une réforme des finances du Saint-Siège

Quand Joseph Ratzinger devient le 265e souverain pontife de l'Eglise catholique, la foule qui se presse devant la basilique Saint-Pierre est loin d'imaginer que cet homme élu par les cardinaux ne souhait pas être pape. Extrait de "L'homme qui ne voulait pas être pape", une enquête sans précédent dans les coulisses du Vatican, par Nicolas Diat (1/2).

Nicolas Diat

Nicolas Diat

Nicolas Diat est considéré comme un des meilleurs spécialistes du Vatican. 
 
"Un temps pour mourir" de Nicolas Diat
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Il peut sembler étrange d’affirmer de François qu’il possède une forme d’aversion irréductible pour toutes les formes de corruption, comme s’il s’agissait d’une vertu originale, car il ne fait aucun doute que Jean-Paul II et Benoît XVI étaient opposés à la gangrène de l’immoralité qui gagnait déjà certains pans du microcosme qu’est la Curie. Karol Wojtyla ne voyait pas avec bonheur la banque du Vatican sombrer dans des affaires troubles, dont il ne connaissait d’ailleurs pas les multiples ramifications. Joseph Ratzinger, intellectuel de haut vol, dut souvent descendre des hauteurs théologiques qu’il affectionnait tant pour analyser les problèmes lancinants de cette même banque.

Dans l’histoire, Benoît XVI restera le premier pape qui a eu le courage de prendre de strictes mesures, ouvrant la voie d’une réforme des finances du Saint-Siège. Le pape allemand insistait constamment sur la nécessité de la transparence en la matière, une sémantique dont il est peu de dire qu’elle était un monde étrange pour les barons de l’IOR… Mais Benoît XVI était quasiment seul, de cette solitude des caractères délicats qui sont étrangers aux inflexions autoritaires parfois nécessaires au gouvernement des hommes…

François a une conscience aiguë du chemin qui a été ouvert par son prédécesseur. Il goûte avec d’autant plus d’intérêt l’action de Benoît XVI qu’il sait que la route ouverte doit être aménagée et élargie.

Un prélat qui connaît le pape depuis de longues années me confiait il y a peu : « Son rejet des compromissions est le corollaire exact de sa vie personnelle. Parfois, je vois bien que des esprits malveillants considèrent la vie simple de François comme une mise en scène, une stratégie de communication. J’ai rencontré Jorge Mario Bergoglio en 1998. Je peux affirmer avec certitude que le dépouillement matériel de son quotidien est pour lui une profonde nécessité, très ancrée, dont il a fait un pilier de son existence. Je me souviens d’un nonce en Argentine qui passait le plus clair de son temps à restaurer les très beaux salons de sa résidence. Son grand plaisir était de trouver des mécènes pour acquérir de nouveaux meubles de style. Les démonstrations de richesse de ce nonce lui étaient proprement insupportables. Il m’en parlait à chaque fois que nous échangions au téléphone. Je dois vous confier que lorsque je venais à Buenos Aires, j’étais toujours impressionné par le dénuement de son appartement. Sa simplicité n’est pas une vague affectation. A contrario, il ne supporte pas les personnes qui jouent avec l’argent, les errements du matérialisme, l’ostentation de la richesse. Ces situations provoquent en lui un profond malaise. Il voit là des dévoiements graves de l’homme. Finalement, pour Jorge Mario Bergoglio, Dieu est simple. Pour rester proche de son Créateur, l’homme doit rester simple. Lorsque les jeux de l’argent relèvent de comportements criminels, dont la sauvagerie n’a d’égal que le profond mépris de leurs auteurs pour le bien commun, la volonté de Jorge Mario Bergoglio peut devenir une lame acérée. Il peut alors déployer toute l’énergie qui est la sienne pour faire tomber ces murs de corruption. Il ne cessera son combat qu’au moment de la victoire ! »

Il est incontestable que le pape a fait de ce dossier sensible l’un des premiers chantiers de son pontificat. Pourtant, le pape n’avait pas conçu de cette manière son programme de réforme. Dans l’avion du retour des JMJ, il confiait ainsi : « Je pensais traiter la question financière l’année prochaine […]. Clairement, l’agenda a changé en raison de circonstances que vous connaissez tous, qui sont du domaine public et qu’il fallait affronter. En premier lieu, il y a le problème de l’IOR : comment l’accompagner, comment le dessiner, comment le reformuler, comment assainir ce qu’il faut assainir. […] Je ne sais pas ce que va devenir l’IOR. Certains disent qu’il faudrait peut-être que ce soit une banque, d’autres que ce soit un fonds d’aide, et d’autres qu’il faut le fermer. On entend ces rumeurs. Mais je ne sais pas, j’ai confiance dans le travail des personnes de l’IOR qui œuvrent en ce sens, et aussi de la commission. Le président de l’IOR reste le même qu’avant, en revanche le directeur et le vice-directeur ont donné leur démission. Je ne peux pas dire comment se finira cette histoire, et c’est beau. Parce que si l’on cherche, on trouve : on est humain ! Nous devons trouver le meilleur. Mais par contre, les caractéristiques de l’IOR, qu’il soit une banque, un fonds d’aide, quoi que ce soit : transparence et honnêteté. Ce doit être ainsi. »

Paradoxalement, l’accélération des réformes bancaires ont commencé par différentes interviews données par le président de l’IOR… En effet, l’Allemand Ernst von Freyberg, nommé président de l’IOR quelques jours avant le départ de Benoît XVI, s’est lancé à la fin du printemps 2013 dans une campagne de communication assez étonnante. Alors même qu’il n’avait pas été reçu en audience privée par le pape, le président de la banque a donné des entretiens aux grands titres de la presse internationale. En France, Le Figaro est retenu. Puis, le 31 mai, voilà un entretien à Radio Vatican. Le lecteur d’Ernst von Freyberg peut apprendre, entre autres, ceci : « Quand je suis arrivé ici, je pensais que j’allais avoir affaire à des dépôts abusifs. Je n’ai rien détecté de tel jusqu’à présent. Cela ne signifie pas qu’il n’y a pas de problème, mais cela veut dire que ce n’est pas le problème le plus important. Notre plus gros problème, c’est notre réputation. Notre travail – mon travail – est un travail de communication, plus que je ne le pensais initialement. Il faut communiquer à l’intérieur de l’Église. Nous ne l’avons pas assez fait par le passé. » Le président de la banque déclare encore : « Il y a une agence avec laquelle nous travaillons. Ce n’est pas une agence de consulting mais c’est notre superviseur, l’AIF. C’est l’autorité [d’information] financière qui supervise toutes les institutions financières du Vatican. Je rends compte à l’AIF de tout ce que nous faisons et je collabore étroitement avec elle. Au sujet des conseillers externes, je dois dire que j’en ai embauché un certain nombre. J’ai engagé le leader mondial du consulting en matière de lutte contre le blanchiment d’argent afin d’examiner chacun de nos comptes et de revoir nos structures et processus pour détecter des irrégularités. Nous avons également engagé des spécialistes de la communication et nous avons aussi embauché l’un des plus grands cabinets d’avocats au monde pour nous aider à mieux comprendre le cadre juridique dans lequel nous travaillons et ainsi nous conformer aux lois. » Retenons enfin ce propos : « Le Saint-Siège s’est aligné sur les normes internationales. J’applique la loi et aussi les standards qui sont les normes les plus élevées en termes d’exigence par rapport à nos banques. Je reçois sur mon bureau, toutes les semaines, les dossiers de cas suspects et j’ai chaque semaine une réunion avec le responsable de la lutte contre le blanchiment d’argent. Nous avons également une politique de tolérance zéro à l’égard des clients comme des employés qui sont impliqués dans des activités de blanchiment d’argent. […] L’IOR est toujours la même entité que celle qui a été créée en 1942. Il ne fait que deux choses : il prend en dépôt l’argent de ses clients et il en garantit la sécurité. Nous sommes comme une agence pour la famille qui protège les fonds des membres de cette famille. Ces membres sont le Saint-Siège, les entités liées au Vatican, les congrégations disséminées dans le monde entier, les membres du clergé et les employés du Vatican. Le second service que nous offrons est celui qui est lié aux transferts d’argent pour le compte des congrégations présentes dans le monde entier. Nous effectuons des transferts de fonds partout où elles ont des activités. […] Nous ne sommes pas une banque. Nous ne prêtons pas d’argent. Nous ne faisons pas d’investissements directs, nous n’agissons pas en tant que contreparties financières. Nous ne pouvons donc pas fournir de hedge funds. Nous ne spéculons pas sur l’argent ou les matières premières. Le cœur de notre activité est de recevoir de l’argent en dépôt ; ainsi nous l’investissons dans des obligations d’État, quelques obligations de sociétés, et sur le marché interbancaire à un taux légèrement plus élevé que le nôtre afin d’être capables de restituer l’argent à nos clients s’ils le désirent. 

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