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Christiania : la ville idéale des "jeunes" a 40 ans
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Les enfants de l'utopie

Christiania : la ville idéale des "jeunes" a 40 ans

Cité autonome unique en son genre, Christiana, « ville libre » auto-proclamée, n'a ni chef, ni hiérarchie. Dans "Christiana ou les enfants de l'utopie", Laurene Champalle revient sur les origines de cette utopie hippie. Extrait (1/2).

Laurene Champalle

Laurene Champalle

Journaliste, Laurene Champalle est spécialisée dans les questions de société et le grand reportage. Les utopies et les modes de vie alternatifs font partie de ses sujets de prédilection.

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1971, Copenhague. Une crise du logement sans précédent sévit dans la capitale danoise. Les forces de l’ordre expulsent les occupants des squats, rasent les bâtiments insalubres. Les plus précaires se retrouvent à la rue. Deux ans plus tôt, la marine danoise a abandonné la caserne de Bådsmandsstræde, sur la presqu’île de Christianshavn, au sud-est de la capitale. Un vaste terrain boisé de 34 hectares (soit une fois et demie le jardin du Luxembourg) à deux pas du centre-ville, abritant des bâtiments militaires du XVIIIe  et du XIXe  siècles, une forêt, un lac et même une petite plage : la seule de Copenhague ! En bordure des anciens remparts de la ville érigés au XVIIe siècle par le roi Christian IV, cette enclave de verdure est à quelques minutes du centre de Copenhague et pourtant isolée du reste de la ville par un haut mur d’enceinte et un canal qui se jette dans le port.

L’information circule et, petit à petit, une foule hétéroclite afflue vers la friche militaire : artistes fauchés, chômeurs libertaires, étudiants idéalistes, émigrés en quête d’un Eldorado, militants anarchistes et communistes, hippies sur la route… Des dizaines d’entre eux escaladent les barrières de la caserne désaffectée et investissent le terrain. Les forces de l’ordre les délogent à plusieurs reprises, puis, dépassées par leur nombre, elles renoncent à expulser les squatteurs, qui fondent leur cité idéale, oasis libertaire au cœur de Copenhague.

Christiania n’est pas née en un jour, mais ses habitants ont retenu une date : le 26 septembre 1971 naît donc Christiania, autoproclamée « fristaden » – « ville libre ». Ses occupants forment une communauté composite. Si chacun poursuit son propre rêve, un esprit de pionniers les rassemble tous. Christiania ressemble à un immense chantier.

La ville libre se construit dans un joyeux désordre. Les anciens entrepôts de munitions et les baraquements, pillés par les ferrailleurs au départ de l’armée, sont transformés en logements collectifs. Leurs murs de briques sont rapidement recouverts de fleurs et de fresques psychédéliques. Les bords du lac et les anciens remparts de la ville sont investis par des roulottes et des constructions sauvages de bric et de broc, où les hippies vivent d’amour et d’eau fraîche.

Le gouvernement social-démocrate reconnaît Christiania comme « expérience sociale ». La vie de la communauté s’organise au jour le jour et Christiania devient un bastion de la contre-culture. De nombreux équipements collectifs et des commerces ouvrent : un jardin d’enfants, un centre de santé, des bains-douches et un sauna, un service de ramassage des poubelles, un magasin de matériaux de construction de récup’, des ateliers d’artistes, une fabrique de vélos, un atelier de restauration de poêles, une fonderie, une imprimerie, une radio libre, un cinéma, une épicerie, une boulangerie et une foule de bars, de restaurants et de salles de concert. Un surréaliste marché à ciel ouvert des drogues douces, aussi : Pusher Street – la rue des dealers – où le haschich et le cannabis sont en vente libre sur de petits étals, bien qu’ils soient hors-la-loi au Danemark.

État dans l’État, Christiania se dote d’un drapeau, trois points jaunes sur fond rouge, d’un hymne, intitulé « I kan ikke slå os ihjel »

– « Vous ne pouvez pas nous tuer » –, et d’une monnaie, le « lone »

– la « paie » : une pièce de cuivre qui représente symboliquement une heure de travail et équivaut à 50 couronnes (6,70 euros). Le lone n’est jamais devenu une monnaie d’échange : si certains commerces de Christiania l’acceptent, les dealers de Pusher Street, eux, n’acceptent que les couronnes !

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Extraits de Christiana ou les enfants de l'utopie, Éditions Intervalles (septembre 2011)

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