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Ascenseur social : 56% de la population fera un jour partie des 10% de ceux qui gagnent le plus.
Ascenseur social : 56% de la population fera un jour partie des 10% de ceux qui gagnent le plus.
©Reuters

Égalités, inégalités

Cette mobilité sociale qu’on n’imaginait pas : 56% de la population fera un jour partie des 10% de ceux qui gagnent le plus

Les "riches" ne sont pas un groupe homogène contrairement à l'idée largement répandue. Une majorité de la population connaîtra au moins une fois dans sa vie une année où elle fera partie des plus hauts revenus, indépendamment de son patrimoine, selon les conclusions d'une étude américaine.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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Les succès engrangés par les travaux portant sur « les plus riches », les 1%, les 0.1%, ou même les 0.01% au cours des dernières années ont permis l’explosion de la notion d’inégalités au sens des revenus au cœur de la réflexion politique. Pourtant, cette notion même d’inégalités de revenus est un sujet totalement biaisé dans son approche, si l’on ne tient pas compte de la mobilité sociale. En effet, les différences de revenus sont une lapalissade dans le traitement actuel qui en est fait. Si l’on constate que les 1% les plus riches captent une grande partie de la richesse et que l’on s’en émeut, c’est parce que l’on considère comme acquis que ces 1% sont toujours les mêmes. Or, et comme le révèle l’ouvrage de Mark Rank et Thomas Hirschl, « Chasing the American Dream: Understanding What Shapes Our Fortunes », la réalité n’est pas si évidente que cela.

Les deux auteurs se sont attaqués à l’étude de 44 années de données américaines concernant les personnes âgées entre 25 et 60 ans, c’est-à-dire les actifs. Leur objectif était de déterminer quelle était le niveau de mobilité sociale de la population active entre les différents niveaux de l’échelle des revenus. Le point fort de l’étude est d’avoir traité les données de manière longitudinale, c’est-à-dire en observant l’histoire personnelle de chaque individu dans le temps, plutôt que de traiter le phénomène à un instant « t », de manière ponctuelle. Et les résultats sont surprenants tant ils battent en brèche les idées reçues.

Les 1% ne forment pas une caste immobile : « 12% de la population fera l’expérience d’une année au cours de laquelle ils se trouveront dans les 1% les plus riches dans la distribution des revenus, et seuls 0.6% le seront au cours de 10 années consécutives » Une proportion de 0.6% semble bien « scotchée » à la richesse, mais c’est 12% de la population totale qui constitue le sommet de la pyramide des revenus, de manière ponctuelle.

Et ce phénomène s’accentue sur les échelons inférieurs. C’est ainsi que  39% de la population active se retrouvera au moins une année dans les 5% les plus riches, ou encore 56% dans les 10% et 73% dans les 20%. Le constat est édifiant car il signifie que le traitement des inégalités ne peut être perçu comme étant un phénomène statique. Les différentes étapes de la vie constituent un marqueur important pour les revenus. Etudiant, une carrière qui commence, une carrière qui avance, une perte d’emploi etc…autant des différences qui vont faire évoluer les situations de chacun dans le temps.

D’un point de vue politique il est également très différent de considérer 10% de la population comme étant une classe de privilégiée alors même que ces 10% sont en réalité composée de manière successive par 56% de la population active. En s’attaquant fiscalement à une apparente minorité, le politique s’attaque en réalité à la majorité si l’on considère une période d’une dizaine d’années. A l’inverse, 54% de la population va connaître au moins une année de pauvreté entre l’âge de 25 et de 60 ans.

« Finalement, si l’on se base sur les revenus, ces informations posent de sérieux doutes sur la notion de classes rigides aux Etats-Unis. Cela suggère que les Etats Unis sont en fait une terre d’opportunités et que le rêve américain est encore possible, mais les Etats-Unis sont aussi une terre de pauvreté répandue. Et plutôt que d’être une place de revenus statiques, les Etats-Unis sont un pays ou une grande majorité de la population aura l’expérience soit  de l’affluence  soit de la pauvreté, ou même des deux, au courant de la vie ».

Une autre étude menée par un expert fiscal, Robert Carroll, et basée sur les données fournies par les services fiscaux américains va dans le même sens. Parmi la population percevant un revenu supérieur à 1 million de dollars, 50% des personnes de l’échantillon ont gagné cette somme pour une seule année, et seuls 6% d’entre eux ont conservé ce niveau de revenus tout au long des 10 années étudiées. La volatilité des revenus est donc forte même à des niveaux très élevés.

Le bémol apporté par l’étude de Mark Rank et de Thomas Hirschl est la confirmation d’un phénomène de rigidité lorsqu’il s’agit des extrémités du spectre. Ce que le Brookings Institute confirmait déjà dans une étude intitulée « The Glass Floor » parue en 2013, et marquant la faible mobilité sociale au sein de ces deux catégories. Il s’agit des 0.6% les plus riches considérés précédemment, mais également des personnes les plus pauvres. Au centre du jeu, et pour une grande majorité de la population américaine, le phénomène inégalitaire semble être noyé dans une réelle fluidité des revenus.

Pour lire le Hors-Série Atlantico, c'est ici : "France, encéphalogramme plat : Chronique d'une débâcle économique et politique"


 

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