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Cette gravissime pénurie de profs face à laquelle l’Etat reste totalement impuissant, que Pap NDiaye soit woke ou pas
©GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

Éducation

Cette gravissime pénurie de profs face à laquelle l’Etat reste totalement impuissant, que Pap NDiaye soit woke ou pas

Les difficultés de recrutement ne sont pas nouvelles et les racines du problème sont profondes.

Agnès Verdier-Molinié et l'équipe de l'iFRAP

Agnès Verdier-Molinié et l'équipe de l'iFRAP

Agnès Verdier-Molinié est directrice de la Fondation IFRAP(Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques).

Son dernier ouvrage est : 60 milliards d'économies !, paru aux éditions Albin Michel en mars 2013
 

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Atlantico : Les résultats du concours de profs des écoles sont tombés il y a quelques jours pour les académies de Paris, Créteil et Versailles : 180 admissibles pour 219 postes à Paris, 521 admissibles pour 1079 postes à Créteil et 484 admissibles pour 1430 postes à Versailles. Ces chiffres sont-ils représentatifs de la pénurie de professeurs à laquelle fait face l’État actuellement ? Cela dure-t-il depuis de nombreuses années ?

L'équipe de la fondation IFRAP : Les difficultés de recrutement ne sont pas nouvelles. En 2009, 57% des inscrits aux concours externes des professeurs des écoles (CPRE) se présentaient à l’examen contre 31% en 2021. Dans le second degré, pour le Capes externe, ce taux est passé de 72% à 57% sur la même période. Ajoutons à cela qu’il y a de moins en moins de candidats : depuis 2000, le nombre de candidats qui se présentent au Capes est passé de 40 000 à 15 500. En 2022, 5 concours (Allemand, Lettre classiques, Physique-Chimie, Mathématiques, Lettres modernes) avaient moins de candidats admissibles que de postes ouverts.

Quels sont les chiffres de ce naufrage éducatif au niveau national ?

Les données sont uniquement disponibles par matière, par concours et par académie. Ce que l’on sait, par exemple, c’est que pour la rentrée 2022, l’académie cherche 700 professeurs des écoles et 600 professeurs en collèges et lycées. Ces postes iront à des contractuels qui intègreront les effectifs d’enseignants du ministère. Il n’y a donc pas de pénurie d’enseignants car les postes seront pourvus. D’ailleurs, les effectifs continuent d’augmenter, +2,3% d’enseignants du premier et second degré dans le public depuis 2015 et +1,4% dans le privé. Ce qui change, c’est le profil des enseignants recrutés avec une montée en puissance des contractuels.

Les contractuels sont-ils assez nombreux ?

Les contractuels représentent 5,3% des enseignants du public et 18,5% des enseignants du privé en 2021, mais leur nombre a évolué de +26,3% dans le public depuis 2015 alors que le nombre de titulaire augmentait de +1,2% tandis que, dans le privé, les effectifs contractuels augmentaient de +12,2% alors que le nombre de titulaires baissaient de -0,8%. Le passage par le statut de contractuel devient même un rite de passage puisque plus de 20% des nouveaux titularisés du second degré public et près de 60% dans le privé ont passé le Capes Interne et 26% d’entre eux exerçaient déjà en tant qu’enseignant contractuel depuis 2 ans.

Aujourd’hui, le système éducatif est tiraillé entre deux options de recrutement que tout oppose : l’emploi à vie des titulaires très peu flexible et mobile, et l’emploi de courte durée des contractuels qui fonctionnent comme un CDD. Ainsi, si c’est le titulaire qui décide s’il veut travailler à temps plein (18h) ou à mi-temps (9h), le contractuel, lui, peut être embauché par plusieurs établissements pour assurer 3h, 8h, 18h ou 20h de cours.

La loi pour la transformation de la fonction publique d’août 2019 a autorisé le gouvernement à modifier par ordonnance les règles de négociation collective dans l'administration. L'exécutif a choisi l'extension au public des effets des accords collectifs au bénéfice des titulaires au lieu de les réserver à leurs contractuels. Il n'a donc pas rendu le statut de contractuel plus attractif, ce qui dans l'éducation et chez les professeurs en particulier, ralenti les effets de substitution de contractuels aux statutaires même si cela progresse inexorablement. La flexibilité de ces emplois s'en ressent.

Au regard des moyens investis, pourquoi aucun gouvernement n’arrive à régler le problème ? De quelle marge de manœuvre disposent-ils ?

Pour modifier les règles de recrutement, il faut toucher au statut des enseignants et les syndicats sont vent debout contre. On le voit avec l’expérimentation des écoles autonomes de Marseille qui autorise les écoles à chercher des profils spécifiques via des entretiens devant une commission composée d’un directeur d’école et de deux inspecteurs de l’Éducation nationale. Une intersyndicale CGT, FO, SNUipp-FSU et SUD, a conseillé aux enseignants d’ignorer l’enquête du rectorat sur leur intérêt pour ce nouveau mode de recrutement. Ce mode de recrutement alternatif existe pourtant déjà dans l’enseignement privé où les directeurs sont chargés de recruter les enseignants contractuels, les enseignants remplaçants et font passer des entretiens aux enseignants titulaires qui souhaitent changer d’établissement (selon un système de vœux).

De quel système Pap N’Diaye pourrait-il s’inspirer pour régler le problème ?

Il pourrait décider d'embaucher les enseignants en CDI. Avec une flexibilité pour fixer les rémunérations. En Suède, les enseignants sont recrutés par les directeurs d’établissements, intègrent bien le service public mais sous un contrat de privé équivalent au CDI, et négocient leur salaire en fonction des besoins du marché et des finances de l’établissement. En Allemagne, de plus en plus d’enseignants sont employés, conjointement, par les communes et les établissements scolaires, sans avoir le statut de fonctionnaire. En Angleterre, la majorité des enseignants sont recrutés, sur CDI, par les conseils d’administrations des établissements scolaires où ils postulent mais ils disposent d’un statut comparable aux agents des collectivités et sont, légalement, employés par l’une des 152 autorités éducatives locales. Pour accélérer le mouvement, il faudra faire monter en puissance une négociation collective duale, qui ne désavantage pas les contractuels. 

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