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Emmanuel Macron, le maire de Stain Azzedine Taib et la ministre française du Travail Elisabeth Borne discutent avec des apprentis lors d'une visite à Stains, le 1er mars 2021.
Emmanuel Macron, le maire de Stain Azzedine Taib et la ministre française du Travail Elisabeth Borne discutent avec des apprentis lors d'une visite à Stains, le 1er mars 2021.
©Thibault Camus / POOL / AFP

Marché du travail

Ces petits secrets de la baisse du chômage qui posent de lancinantes questions sur l’objectif de plein emploi affiché par Emmanuel Macron

L'apprentissage a connu une expansion record avec la réforme de 2018 et les aides du plan de relance. Selon l'OFCE, près de 900.000 contrats d'apprentissage étaient en cours fin 2021, contre 480.000 deux ans plus tôt. Cette réalité interroge sur le coût et la soutenabilité de l’objectif de plein emploi annoncé par Emmanuel Macron.

François Geerolf

François Geerolf

François Geerolf est économiste, professeur à l'Université de Californie (UCLA).

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Atlantico : L'OFCE estime que près de 900.000 contrats d'apprentissage étaient en cours fin 2021, contre 480.000 deux ans plus tôt. La progression de cette forme d'emploi très subventionné expliquerait les deux tiers, voire davantage, de celle de l'emploi salarié total sur la période. Cela veut-il dire que les embellies du marché de l’emploi sont en trompe-l'œil ?

François Geerolf :Oui, une bonne partie de cette embellie est largement en trompe-l’œil et résulte de ces dispositifs mis-en-place à la suite de la crise Covid. Beaucoup d’économistes craignaient que la pandémie mène à une récession plus importante que ce qu’elle a été finalement, et face à cela, le gouvernement a beaucoup fait, peut-être trop (chômage partiel très généreux, fonds de solidarité, etc.). En particulier, l’État avait une grande inquiétude pour les jeunes et a donc voulu mettre le paquet sur des dispositifs d’aides regroupés dans le plan « 1 jeune 1 solution », y compris des dispositifs qu’il critiquait jusqu’alors, comme les emplois aidés. C’est sur l’apprentissage que le dépassement du budget chiffré est le plus élevé et qu’il y a eu un dérapage important. La cour des comptes a montré que tous les dispositifs avaient été systématiquement sous-évalués, comme on peut lire dans son rapport public annuel 2022. Pour l’apprentissage, on parle d’un dérapage de 4 milliards d’euros au moins puisque le dispositif va coûter 5 milliards d’euros alors qu’il avait été initialement chiffré à 1 milliard d’euros (sans compter la prolongation du dispositif jusqu’au 30 juin 2022), comme le montre le tableau ci-dessous tiré du rapport annuel de la cour des comptes. Il y a eu une montée en charge importante du dispositif.

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Alors qu’Emmanuel Macron a fixé un objectif de plein emploi pour les prochaines années, cela peut-il être réaliste en continuant sur cette lancée ?

C’est précisément là qu’est le problème. Il y a tout un discours sur le plein emploi, avec derrière l’idée que le gouvernement aurait trouvé la solution au problème du chômage. Or cela me semble très prématuré. Les emplois aidés, c’est quelque chose que l’on connaît depuis longtemps comme remède au chômage, mais ce n’est normalement pas vraiment dans la philosophie du gouvernement actuel, qui avait mis fin à ces emplois aidés en début de quinquennat. On peut donc s’interroger sur la question de savoir si ces mesures seront prolongées au-delà des élections. Tous les gouvernements cherchent à améliorer les chiffres du chômage avant les élections en utilisant ce genre d’expédients, ce n’est pas le monopole de ce gouvernement, mais cela ne doit pas nous inciter non plus à pêcher par excès d’optimisme. Le chômage à 5% à la fin du prochain quinquennat, ce n’est pas ainsi qu’on va y arriver. Ce n’est pas réaliste. L’amélioration sur le marché de l’emploi est largement tirée par les 15-24 ans, le dispositif d’aides est historique et très coûteux, donc il ne faut pas croire qu’on a trouvé la potion magique.

Ne miser ses politiques que sur le microéconomique sans se soucier du macroéconomique, du contexte global rend il illusoire un objectif de plein emploi ? Ne faut-il pas se soucier plus de la politique monétaire ?

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Effectivement. Le dispositif a coûté en gros 7000 euros par jeune pour créer un emploi (le montant de l’aide à l’apprentissage), ce qui n’est pas très cher par emploi créé. Mais je ne crois pas que ce soitgénéralisable aux autres emplois : le gouvernement ne pourra clairement pas subventionner tous les types d’emplois, et créer des emplois mieux payés coûterait évidemment beaucoup plus cher.

A mon sens, la solution est aussi à rechercher du côté de la politique macroéconomique. Mais pour mener une politique macroéconomique, il faut s’assurer de tenir les deux bouts. D’une part, on doit s’assurer que l’activité soit élevée, donc maintenir un niveau de demande suffisamment fort. Mais dans le même temps, il faut s’assurer que ça débouche sur de la production nationale, et pas seulement à une augmentation des importations, et donc un déficit commercial, trop élevés. Or il me semble que la question du déficit commercial en lien avec la politique de demande est un peu un angle mort de la discussion actuelle. Il faut voir aussi que le problème du déficit commercial et d’une désindustrialisation importante est un problème qui est surtout français. Lorsque le président français parle de souveraineté européenne, alors que la France est l’un des seuls pays en déficit commercial au niveau européen, il y a une forme de contradiction.

Au sujet de la politique monétaire, je crois qu’elle est relativement accommodante actuellement, avec des taux réels très fortement négatifs, et je ne suis pas sûr qu’on puisse aller beaucoup plus loin. En revanche, il faut se soucier de la politique budgétaire en Europe, qui elle reste trop austéritaire, notamment chez nos partenaires d’Europe du Nord comme l’Allemagne.

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