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Le Pape François pendant une prière à l'église catholique romaine de la Sainte-Croix dans la ville chypriote de Nicosie, le 3 décembre 2021.
Le Pape François pendant une prière à l'église catholique romaine de la Sainte-Croix dans la ville chypriote de Nicosie, le 3 décembre 2021.
©IAKOVOS HATZISTAVROU / AFP

Oubli du primat de la liberté

Ce mal mystérieux qui ronge l'Eglise

Plongée dans une crise profonde, l'Église Catholique souffre d'une perte de sens.

Edouard Husson

Edouard Husson

Universitaire, Edouard Husson a dirigé ESCP Europe Business School de 2012 à 2014 puis a été vice-président de l’Université Paris Sciences & Lettres (PSL). Il est actuellement professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (à l’Université de Cergy-Pontoise). Spécialiste de l’histoire de l’Allemagne et de l’Europe, il travaille en particulier sur la modernisation politique des sociétés depuis la Révolution française. Il est l’auteur d’ouvrages et de nombreux articles sur l’histoire de l’Allemagne depuis la Révolution française, l’histoire des mondialisations, l’histoire de la monnaie, l’histoire du nazisme et des autres violences de masse au XXème siècle  ou l’histoire des relations internationales et des conflits contemporains. Il écrit en ce moment une biographie de Benjamin Disraëli. 

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Quel est donc le mal mystérieux dont souffre l'Eglise catholique? Car il ne fait aucun doute que, particulièrement en Occident, l'Eglise est plongée dans une crise profonde. Lors du premier confinement lié au COVID-19, Jacques Julliard avait fait remarquer l'étrange absence de l'Eglise face à ce qu'on commençait à appeler une "pandémie". Effectivement, certains évêques avaient entraîner la Conférence épiscopale dans une sorte de surenchère avec le gouvernement pour savoir qui était le meilleur "enfermiste": en particulier Monseigneur Aupetit, l'archevêque de Paris qui vient de démissionner, avait été en pointe. Mais, direz-vous, qui reprochera leur prudence aux évêques alors que l'on ne savait pas ce qu'était cette maladie? Sauf qu'on n'avait encore jamais vu tant de membres du clergé se barricader chez eux au lieu d'aller vers les gens, de les rassurer. On n'avait jamais vu des prêtres renoncer à visiter les malades; mais c'est le gouvernement qui en décidait ainsi, me direz-vous! Précisément, on n'avait jamais vu un clergé aussi peu combatif. Et un certain nombre de laïcs pratiquants acceptèrent cet ordre sanitaire au point que nous n'eûmes aucune messe publique pour Pâques. Pourtant de longues semaines avaient passé et l'on commençait à voir que la maladie tant redoutée touchait surtout les personnes âgées; que des événements pouvaient être organisés pourvu que l'on prenne des précautions; qu'il existait des traitements précoces efficaces. Il aurait fallu se retousser les manches, démultiplier les messes, demander aux laïcs une aide organisationnelle. Au lieu de cela, le fatalisme l'a emporté. 
Fatalisme?
Le fatalisme? Est-ce cela le mal qui s'est emparé de l'Eglise? Lorsque Saint Charles Borromée fut confronté à une épidémie autrement plus dangereuse, la peste, dans son diocèse de Milan au XVIè siècle, il lutta de toutes ses forces pour affirmer que l'homme, avec l'aide de Dieu, pouvait vaincre la fatalité. Il organisa un confinement; mais sous sa conduite, le clergé transforma l'Eglise en "hôpital de campagne", pour utiliser l'expression chère au Pape François. Ce n'étaient pas que des mots. Avec le savoir médical limité de l'époque, les prêtres de Milan aidèrent les médecins, assurèrent les sacrements, dirent la messe dans les rues; ils montrèrent qu'ils n'avaient pas peur de la mort et contribuèrent à faire triompher la vie. Quel contraste, justement, avec l'image pathétique du pape François, cinq siècles plus tard, seul sur la place Saint-Pierre pour une bénédiction urbi et orbi à la nuit tombante. J'ai rarement vu une image aussi sinistre et à l'opposé de tout ce que nous a enseigné Saint Jean-Paul II. En France, le haut clergé ne serait jamais sorti de lui-même de cet auto-enfermement sans la lutte de quelques associations de laïcs qui arrachèrent au Conseil d'Etat, à l'été 2020, la réouverture des messes  au public. 
Le fatalisme, on le voit aussi dans la manière dont l'épiscopat français - en tout cas ceux des évêques qui sont aux commandes de la Conférence épiscopale - ont géré la sortie du rapport Sauvé? Qu'est-ce que ce refus de nettoyer par soi même les écuries d'Augias? Qu'est-ce que ce renoncement à l'exercice de l'autorité - surtout quand on a eu l'exemple de Benoît XVI luttant contre la pédophilie ? Qu'est-ce que cette manière de confier une "enquête indépendante" à des gens qui, visiblement, ne comprennent pas l'Eglise ni ne l'aiment? Qu'est-ce que cette absence de liberté de jugement face à de graves biais méthodologiques? Qu'est-ce que cette acceptation d'un chiffre (330 000 victimes) qui repose, comme l'a montré un excellent rapport de l'Académie Catholique, sur des extrapolations statistiques bien hasardeuses? Oui, il y a bien une forme de fatalisme ! L'Eglise aurait une "responsabilité systémique" dans ce qui s'est passé. on a vu aussitôt surgir les difficultés: le dossier des réparations financières a été aussitôt ouvert - comme si des prédateurs sexuels, prêtres ou laïcs, pouvaient effacer le "péché contre l'Esprit" en payant ou en faisant payer l'Eglise; mise en question du secret de la confession, du célibat ecclésiastique etc....
Perte de la foi.... 
Certains se rappelleront la formule du Cardinal Daniélou, diagnostiquant dans les années 1960, la "perte de la foi chez les clercs". Et c'est vrai qu'on a souvent le vertige, de nos jours, quand l'on voit par exemple, la manière dont l'écologisme vient remplacer un discours chrétien - jusque chez le Saint-Père. On est stupéfait de voir l'absence de combativité face à l'Islam de beaucoup de catholiques qui ne comprennent pas que notre foi est en danger.  Comment ne pas compatir au meurtre du Père Hamel? Mais comment ne pas avoir de doutes quant à l'opportunité de sa béatification, si la cause devait aboutir, quand on voit comme il avait prêté puis cédé une partie du terrain de la paroisse pour que des musulmans viennent prier puis construisent une mosquée ? Quand la foi est remplacé par le "vivre-ensemble", ça ne peut que mal se finir. 
Mais il faut aller plus loin dans l'analyse, se rappeler comme Saint Jean-Paul II mettait au coeur de son enseignement la promesse du Christ ! "La vérité vous rendra libre" (Jean VIII,32). Le Concile Vatican II, saint Paul VI, saint Jean-Paul II avaient compris que face à l'athéisme et au totalitarisme qui façonnent nos sociétés modernes (y compris l'hyperindividualisme occidental des cinquante dernières années), il faut non seulement continuer à prêcher la vérité à temps et à contretemps mais il faut s'appuyer sur l'indestructible part d'humanité que jamais aucun Mao ni aucun Klaus Schwab ne pourra abolir: le désir de liberté. La théologie occidentale issue de Saint Augustin marche sur deux jambes, la jambe dominicaine (la défense de la foi) et la jambe franciscaine (la libération de la volonté de tous les déterminismes). Saint Jean-Paul II, plus encore que d'autres, nous a appris que la défense de la liberté était le moyen d'évangélisation le plus efficace de notre époque. La vérité nous rend libre; mais pour notre monde qui a tant obscurci la vérité, la liberté authentique ramène à la question de la vérité. 
...et du sens de la liberté, cette part la plus fondamentale de l'être humain
Tout ce que nous observons actuellement dans l'Eglise nous amène au diagnostic complet. Les catholiques souffrent d'avoir abandonné la cause de la liberté.  Il oublie la liberté, ce pape qui dénonce le capitalisme et le consumérisme mais se soumet au diktat vaccinal; lui qui prône la charité et la miséricorde mais qui contraint de plus en plus les fidèles qui aiment la messe tridentine et voudrait même que cette liturgie soit abolie. A l'autre bout du spectre, on est frappé de voir comment des personnalités aussi courageuses que Monseigneur Vigano et bien des traditionalistes sincères se laissent à nouveau entraîner dans la dénonciation de certaines constitutions conciliaires, en particulier celle sur la liberté religieuse. Comme si la lutte contre le jacobinisme, contre cette version tronquée de la liberté qu'était le libéralisme du XIXè siècle, contre le fascisme et le communisme, n'avait pas été menée, à chaque fois, au nom d'une libération de toute la personne contre toutes ces libérations rabougries que propose la modernité.  
On assiste chez beaucoup de catholiques conservateurs et justement malheureux du pontificat de François, à un oubli pur et simple de la lutte difficile de Saint Paul VI contre le modernisme de son époque et des vingt-sept ans de pontificat de Saint Jean-Paul II.  D'un côté nous avons un pape jésuite qui se réclame d'un François d'Assise transformé en tiers-mondiste écolo et dont les disciples "franciscains" devraient se sentir à l'aise au Forum de Davos; de l'autre on oublie ou on ignore la puissance de l'authentique tradition théologique franciscaine, carmélite, jésuite, salésienne, qui vise à libérer la volonté du péché et de tous les déterminismes pour que puisse y régner l'Esprit Saint, le grand Libérateur.  Je ne mets pas sur le même plan un Monseigneur Vigano et le pape François. Le premier a compris le monde dans lequel nous vivons à la différence du second. Mais Monseigneur Vigano a tort de s'en prendre comme il le fait à "Vatican II". Je ne mets pas sur le même plan les amoureux de la messe tridentine - je pourrais bien en être un moi-même - et les adeptes de la "Pachamama" qui se sont déchaînés lors du synode amazonien avec la complicité du Pape. Mais défendre la transcendance et la sacralité de la liturgie doit mener à comprendre que l'actuelle liturgie tridentine utilise le missel de 1962, celui de Saint Jean XXIII et que le concile Vatican II est le fils du Vénérable Pie XII. Il ne faut pas se tromper de combat. Et il faut comprendre que l'Eglise d'aujourd'hui souffre d'abord et avant tout d'une perte du sens de la liberté - sans laquelle l'être humain ne pourrait jamais atteindre Dieu par le Christ. 

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