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Les forces de l'ordre sont intervenues jeudi dans une favela de Rio lors d'une opération antidrogue.
Les forces de l'ordre sont intervenues jeudi dans une favela de Rio lors d'une opération antidrogue.
©DR

Jacarezinho

Brésil : une favela de Rio objet d'une fusillade meurtrière

Au moins 28 personnes, dont un policier, ont été tuées lors de l’assaut donné par la police dans la favela de Jacarezinho, soit le bilan humain le plus élevé jamais enregistré pour une opération de ce type dans la ville.

Alain Rodier

Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Son dernier livre : Face à face Téhéran - Riyad. Vers la guerre ?, Histoire et collections, 2018.

 

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Au moins 28 personnes dont un policier ont trouvé la mort le 6 mai lors d’une opération de police qui a eu lieu dans la plus grande favela de Rio de Janeiro, celle de Jacarezinho au nord de la ville. Même selon l’avis du chef de la police, Ronaldo Oliveira, ce bilan est l’un des plus lourd qu’ait connu le Brésil lors d’une action de police depuis 16 ans. En effet, en 2006 un raid des forces de sécurité dans la région de Baixada Fluminense avait fait 29 victimes. Mais, toujours selon les autorités, les 27 personnes tuées étaient soupçonnées d’être des membres d’un gang qui contrôlait cette zone urbaine. Felipe Curi, le chef de la police anti-criminalité (DGPE) a affirmé pour sa part que les personnes neutralisées étaient des « criminels, des meurtriers et des trafiquants de drogues qui avaient tenté de tuer des policiers et qu’il n’y avait pas eu d’autre alternative ».

L’opération a engagé des véhicules blindés et des hélicoptères. De nombreuses personnes ont tenté de s’échapper par les toits puis ont été contraintes de se réfugier dans les habitations. Il y a même eu des blessés dans le métro. La police a fait état de la saisie de six fusils d’assaut, de 18 armes de poing, d’un fusil à pompe, de 14 grenades et d’un obus d’artillerie…

Au Brésil, chaque favela est placée sous la direction d’un « Don » (Parrain) qui supervise des « managers » chargés de diriger les « soldats » qui assurent le trafic de drogue. Les points d’achat sont appelés les « bocas ». Les favelas sont entourées de guetteurs, souvent des femmes ou des enfants, qui préviennent la pègre de l’arrivée des forces de l’ordre, ou plus grave encore, d’un gang concurrent. Lors des affrontements entre gangs, personne n’est là pour compter les victimes qui sont évacuées discrètement. Pour couronner le tout, la corruption est endémique au sein des forces de l’ordre et de la justice qui, comme ailleurs en Amérique Latine, préfère recevoir « de l’argent plutôt que du plomb » (plata o plomo).

Mais le dernier bain de sang a attiré les critiques des organisations représentant les droits de l’Homme comme Human Rights Watch (HRW) et Amnesty International. Cette organisation a critiqué la police pour « les injustifiables et répréhensibles » pertes humaines dans « un quartier peuplé majoritairement par des noirs et des pauvres gens ». Pour Jurema Werneck, le représentant au Brésil de cette ONG : « le nombre de personnes tuées dans cette opération de police est répréhensible parce qu’une fois de plus, ce massacre a eu lieu dans une favela ». Ces ONG réclament l’ouverture d’une enquête indépendante de la part de la justice.

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Selon HRW, la police Rio a tué 453 personnes depuis le début de l’année et aurait perdu quatre de ses membres bien que la Cour suprême ait ordonné la suspension des opérations durant cette période de COVID-19 en dehors des « cas absolument exceptionnels ».

Le Brésil se classe dans les pays les plus meurtriers de la planète, le dernier taux d’homicides officiellement paru en 2018 étant de 24,7/100.000 habitants bien avant le Mexique qui a pourtant une sinistre réputation. Les criminels latino-américains ont tous un temps d’avance sur les horreurs de Daech : décapitations, démembrements (la victime étant parfois vivante), etc. . Les « sicarios » - formés depuis leur plus jeune âge - ont atteint le summum de l’horreur que l’on a du mal à imaginer en Europe.

Si les favelas sont tenues par des gangs locaux, il existe aussi de grandes Organisations Criminelles Transnationales (OCT) qui sont souvent nées en prison(1). Ainsi, un cartel domine la scène : le Premier Comando de la Capitale (Primeiro Comando da Capital, PCC)(2). Il fait si peur, même aux truands - y-compris aux plus anciens qui ont de l’expérience - que certains ont préféré se rendre aux autorités pour « vivre tranquillement leurs derniers jours » à l’abri des barreaux dans des prisons qui leur sont dédiées. C’est le cas de Fahd Jamil Georges alias le « roi de la frontière » (Paraguay-Brésil) âgé de 79 ans et malade. Il était le criminel le plus recherché du pays pour meurtres, enlèvements et trafic de drogues, etc. Tout sauf un enfant de cœur… Il s’est rendu aux autorités au début mai et finira vraisemblablement sa vie en prison, de manière naturelle ou assassiné par un co-détenu commandité depuis l’extérieur.

(1). Globalement, les prisons du continent latino-américain - et plus particulièrement les établissements pénitentiaires brésiliens - sont des « territoires » gérés par des organisations criminelles. Il n’est pas rare qu’elles s’y affrontent laissant des dizaines de mort sur le terrain.

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(2). Une autre grande organisation est le Comando Vermelho né d’une association de criminels à des activistes d’extrême-gauche qui se sont rencontrés en prison.

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