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Bonne… ou mauvaise nouvelle pour la démocratie ? Ce qui se cache derrière la progression du score d’Emmanuel Macron si une présidentielle avait lieu aujourd’hui
©JAVIER SORIANO / AFP

Sondage

Bonne… ou mauvaise nouvelle pour la démocratie ? Ce qui se cache derrière la progression du score d’Emmanuel Macron si une présidentielle avait lieu aujourd’hui

Un sondage IFOP publié dans le JDD révèle que si l'élection présidentielle devait se dérouler en ce moment, Emmanuel Macron ferait un meilleur score qu'en 2017. Tout comme son adversaire, Marine Le Pen, qui arriverait même en tête.

David Nguyen

David Nguyen

David Nguyen est directeur conseil en communication au Département Opinion et Stratégies d'Entreprise de l'Ifop depuis 2017. Il a été conseiller en cabinet ministériel "discours et prospective" au ministère du Travail (2016-2017) et au ministère de l'Economie (2015-2016). David Nguyen a également occupé la fonction de consultant en communication chez Global Conseil (2012-2015). Il est diplômé de Sciences-Po Paris. 
 
Twitter : David Nguyen
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Atlantico : Malgré sa chute de popularité attestée à la fois par de nombreux sondages et par la crise des Gilets jaunes, 25 % des personnes interrogées indiquent qu'ils voteraient pour Emmanuel Macron . C'est un point de plus qu'en 2017 (plus haut que son niveau de popularité donc). Comment expliquer cet apparent paradoxe ? 


David Nguyen : Ces résultats peuvent effectivement apparaître comme paradoxaux : Emmanuel Macron est pratiquement aussi impopulaire que François Hollande à la même période de son quinquennat, mais il remporterait plus de suffrages qu’en avril 2017 si l’élection présidentielle devait avoir lieu aujourd’hui. Pour résoudre cette équation, il faut comprendre que la satisfaction n’est pas la même chose que le vote. Un scrutin dépasse la simple question de la popularité : il ne s’agit pas seulement de dire si on soutient telle ou telle personnalité, mais de faire un choix durable pour la direction du pays entre des forces politiques concurrentes. On ne vote pas uniquement par adhésion, mais aussi par défaut en éliminant les scénarios qui nous semblent les moins désirables. Et c’est précisément ce qu’il se passe ici. Toutes les intentions de vote, pour les élections européennes comme pour la présidentielle, indiquent une poussée du Rassemblement national de Marine le Pen qui bénéficie de la colère des gilets jaunes. Entre l’été 2018 et aujourd’hui, le parti de Marine le Pen est passé dans les intentions de vote de l’Ifop de 17% à 24% pour les européennes. Face à cette reconquête frontiste, Emmanuel Macron et la République en Marche se présentent comme le seul rempart républicain, la seule formation à même d’empêcher l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite. Autant cette stratégie n’est pas forcément la plus efficace concernant les élections européennes dans la mesure où les Français ne perçoivent pas directement le risque d’un très haut score du Rassemblement national pour leur vie quotidienne (LREM est aujourd’hui créditée de 18% d’intentions de vote), autant elle fonctionne dans le cadre d’une élection présidentielle perçue comme beaucoup plus cruciale. Il faut souligner enfin qu’Emmanuel Macron bénéficie de la faiblesse des autres oppositions qu’il s’agisse du Parti socialiste, des Républicains ou de la France insoumise : à ce jour aucune n’apparaît comme une alternative crédible.

Doit-on comprendre ici que les critères mêmes du vote ont changé ? Les gens seraient-ils prêts à voter pour un candidat qui ne leur plait par stratégie plutôt que par adhésion politique ? A-t-on basculé dans une ère plus pragmatique que politique ?


Beaucoup d’auteurs ont parlé de la fin des idéologies depuis la chute du mur. Avant même la fin de la guerre froide, Gilles Lipovetsky évoquait l’émergence d’une « ère du vide », d’une époque marquée par la disparition des grands récits collectifs mobilisateurs. Si l’on retient l’exemple du communisme, c’est-à-dire d’un modèle politique alliant une doctrine établie et englobante, un parti de masse chargé de faire vivre cette idéologie et un électorat fidèle à ce corpus scrutin après scrutin, c’est vrai que ce modèle-là n’existe plus aujourd’hui. La société est trop atomisée, trop volatile, trop réfractaire au dogme pour s’inscrire dans une logique idéologique classique. Et c’est également vrai qu’on observe que les électeurs se comportent de plus en plus comme des stratèges et non des partisans lors des scrutins majeurs en votant dès le premier tour pour celui qui a le plus de chance de gagner et/ou d’éliminer l’option qui ne leur convient pas. Pourtant, je pense que ce serait une erreur de croire que les votes ne se structurent plus du tout selon des idées ou des représentations communes du monde. Derrière le nouveau clivage qui oppose Emmanuel Macron à Marine le Pen, il y a des représentations du monde et des sociologies très différentes. Ce n’est pas uniquement une agrégation opportuniste le temps d’une élection : il y a un électorat macroniste convaincu, optimiste face à la mondialisation, libéral économiquement comme sur le plan des mœurs et qui ne retournera ni au PS ni chez LR. En face, il y a un électorat frontiste structuré par le même souhait d’une sécurité économique, matérielle et culturelle quitte à prendre ses distances avec la démocratie libérale. Dans d’autres registres, il y a des Français qui choisiront de plus en plus leurs candidats uniquement en fonction de la question écologique et on peut penser qu’une partie de l’électorat de François Fillon était profondément convaincue par sa vision conservatrice des mœurs.  Bref les idéologies englobantes ont peut-être du plomb de l’aile, mais le vote selon des idées n’a pas disparu.


Dès lors, comment analysez-vous le résultat attribué à Marine le Pen ?


La vocation du vote Front national, aujourd’hui Rassemblement national, a toujours oscillé entre vote sanction et vote d’adhésion. Aujourd’hui encore on constate très nettement que le parti de Marine le Pen se requinque grâce à la colère des Gilets jaunes et sert donc de vecteur d’opposition à Emmanuel Macron. Mais le vote d’adhésion prend de l’ampleur. D’abord parce que Marine le Pen n’est pas son père et a en partie dé-diabolisé son parti, ensuite parce qu’une partie des Français pensent fermement que son programme est le bon, enfin parce que des populistes/nationalistes ont accédé au pouvoir aux Etats-Unis, en Italie, au Brésil et que la perspective d’une victoire est désormais possible.

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