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Bombe démographique : les graves dangers auxquels s’expose la France en ne préparant pas l’explosion du nombre de plus de 85 ans à horizon 2040
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Tic, tac...

Bombe démographique : les graves dangers auxquels s’expose la France en ne préparant pas l’explosion du nombre de plus de 85 ans à horizon 2040

Les personnes âgées sont de plus en plus nombreuses, et cette tendance n'est pas prête de s'arrêter. Avec ce papy boom à venir, les moins riches vont devoir transformer leur rapport à la vieillesse dans les années à venir.

Atlantico : Un des défis les plus importants que vont devoir affronter les pays riches dans les prochaines décennies est le vieillissement considérable de leurs populations. En 2020, 1 personne sur 5 aura plus de 65 ans, une personne sur quatre en 2050, soit une augmentation de leur part de plus de 10%, selon les prédictions de l'ONU. 65 ans étant souvent l'âge du départ à la retraite aujourd'hui, quelles conséquences sont à prévoir pour la future population active ?

Laurent Chalard : En effet, deux principaux facteurs expliquent la forte augmentation du pourcentage des personnes âgées dans la population totale des pays développés annoncée par les experts de l’ONU d’ici 2050. Le premier est la progression constante de l’espérance de vie, qui entraîne mécaniquement la hausse le nombre de personnes âgées, à laquelle se combine l’arrivée des générations nombreuses du baby boom à des âges élevés, c’est ce que l’on appelle le vieillissement par le haut. Le second tient uniquement à la structure par âge, c’est-à-dire que les générations plus jeunes sont moins nombreuses du fait de l’effondrement de la fécondité qu’ont connu les pays riches dans leur ensemble depuis les années 1970, c’est ce que l’on appelle le vieillissement par le bas.

Si l’âge de départ à la retraite n’est pas modifié, cela signifie que la population active des pays développés, sauf immigration massive, aura tendance à se réduire alors que le nombre de personnes âgées va exploser. En conséquence, le rapport entre le nombre d’actifs et de retraités va se détériorer grandement, remettant en cause le financement des retraites, sans gains de productivité considérables. C’est cette évolution démographique, prévue de longue date, qui inquiète les économistes depuis plusieurs dizaines d’années.

La part des plus de 85 ans serait, elle aussi, en hausse significative, et passerait de 1,5 à 5% de la population entre 2000 et 2050. Les conséquences seraient multiples, mais cette hausse des individus "très âgés" toucherait particulièrement le domaine médical, avec potentiellement plus de personnes nécessitant des soins. Doit-on craindre pour nos modèles médicaux-sociaux ?

Il convient de rappeler que la progression de l’espérance de vie s’accompagne de l’augmentation de l’espérance de vie en bonne santé, il ne faut donc pas s’imaginer qu’en 2050 toutes les personnes de plus de 85 ans seront totalement dépendantes du système médical. Sauf catastrophe sanitaire imprévisible, ces dernières seront en meilleure santé que les individus de 85 ans d’aujourd’hui.

Cependant, du fait de l’augmentation considérable du nombre de 85 ans et plus, mécaniquement, le nombre de personnes âgées nécessitant des soins et/ou étant dépendantes va progresser fortement, exerçant une pression à la hausse sur les budgets médicaux. Si la situation n’est pas prise au sérieux, il risque d’y avoir une remise en cause des systèmes d’assurance maladie universelle dans les pays généreux en la matière. Dans le pire des scénarios, il pourrait y avoir une tentation de certains dirigeants politiques de limiter les soins des personnes âgées en fin de vie au nom du coontrôle des finances publiques, ce qui serait moralement condamnable. Il faut donc se préparer, dès aujourd’hui, à cette nouvelle donne pour éviter de se retrouver dans cette situation. Les pays développés ont largement les moyens financiers pour y faire face !

La question des politiques migratoires est une autre inconnue. Va-t-on devoir avoir recours à l'immigration pour pérenniser notre modèle ? La solution va-t-elle varier dans des pays où le taux de fécondité est sensiblement différent (la France et l'Allemagne) ?

Pour pérenniser les modèles actuels de retraites généreux, deux solutions s’offrent aux Etats concernés à court terme. La première, la plus simple, est le recours à l’immigration. Pour limiter la dégradation du rapport entre le nombre d’actifs et de retraités, il s’agit de remplacer les enfants qui ne sont pas nés dans les pays riches, du fait de la faible fécondité, par des populations venant d’autres régions du monde, permettant de gonfler le volume de la population active. La seconde solution est une politique de gain considérable de productivité combinée à l’allongement de la durée de la vie active pour compenser le manque de population active. Cependant, il faut garder en tête que ces solutions ne sont que des pis-aller à court terme. En effet, à long terme, seule une forte hausse de la fécondité permettrait d’assurer la pérennité du système, effaçant le processus de vieillissement par le bas, ce qu’aucun Etat européen, à l’exception de la Russie, semble avoir compris.

Par ailleurs, la dénatalité étant inégale selon les pays, les solutions envisageables ne sont pas les mêmes. En effet, en France et au Royaume-Uni, où la fécondité a moins baissé qu’ailleurs, le recours à l’immigration massive n’apparaît guère nécessaire, les gains de productivité et l’allongement de la durée de la vie active pouvant résoudre les problèmes posés. Par contre, dans des pays comme l’Allemagne ou l’Italie, à très basse fécondité depuis plus d’un quart de siècle, il apparaît difficile d’assurer la pérennité du système de retraites sans un recours à l’immigration internationale, ce qui explique la politique migratoire actuelle de l’Allemagne, qui suscite l’incompréhension en France. Pour résumer, les Etats européens n’ont pas les mêmes besoins et ont donc du mal à s’entendre sur la question. C’est une source potentielle de tensions importantes pour l'avenir.

Peut-être par jeunisme, on a tendance à considérer qu'un individu actif est périmé à soixante-ans. Le vieillissement peut-il être une opportunité ? Sixty-five, the new 58 ?

Bien évidemment, vivre plus longtemps, à défaut d’être immortel, constitue un vieux rêve de l’humanité, qui s’avère être une chance plutôt qu’une catastrophe ! Cependant, nos sociétés développées, malade du jeunisme, ont une conception extrêmement négative de la vieillesse, perçue comme un naufrage. Elles ont du mal à prendre en compte les évolutions biologiques, qui font qu’un individu de 60 ans issu des générations du baby boom présente un état de santé très supérieur à celui que pouvait avoir un individu du même âge de générations plus anciennes. Et la situation devrait continuer à s’améliorer dans le futur. En conséquence, il convient de redéfinir les catégories d’âge qui ne sont plus adaptées à l’augmentation de l’espérance de vie. Aujourd’hui, c’est plutôt à partir de 70 ans que l’être humain a tendance à perdre de ses compétences dans nos sociétés. Mais ce sera probablement à 75 ans dans 50 ans. Le vieillissement constitue donc une opportunité si nos sociétés sont capables de le percevoir comme tel. Par exemple, aujourd’hui, le passage à la retraite se faire de manière brutale, alors qu’il serait beaucoup plus pertinent de réduire progressivement la durée de travail des actifs âgés.

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