Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Culture
Le philosophe et écrivain Bernard-Henri Levy à Paris le 14 janvier 2016.
Le philosophe et écrivain Bernard-Henri Levy à Paris le 14 janvier 2016.
©JOEL SAGET / AFP

"Sur la route des hommes sans nom"

BHL brave les confinements pour aller voir la guerre

Tandis que nous étions soumis au « grand enfermement », Bernard-Henri Lévy est allé dans des pays en guerre. Il vient de consigner ses exploits dans "Sur la route des hommes sans nom" (Grasset).

Alexis Brunet

Alexis Brunet

Alexis Brunet est enseignant et journaliste. 

Voir la bio »

Les nouvelles aventures de Bernard-Henri Lévy!

Qu'on l'adule ou qu'on le déteste, BHL laisse rarement indifférent. Son dernier livre n'y déroge pas. « Plutôt que de faire corps avec une société antiseptique […] j'ai passé toute une année à aller au devant des lignes de Daech, ou dans les miasmes d'un Bangladesh pantelant et beau, ou dans le Kurdistan qui se bat avec l'énergie des perdants », plastronne-t-il. Et n'attendez pas qu'il vienne se repentir de son expédition en Libye. Dix ans après les faits, il n'en démord pas : il fallait, quoi qu'il en coûte, se débarrasser de Khadafi!

Il y a près de cinquante ans, Lévy séjournait au Bangladesh pour, écrit-il, « s'efforcer d'accompagner la naissance d'une nation ». Aujourd'hui, il y est reçu en héros, acclamé par « une fanfare de flûtes et de tambours. Une haie d'enfants frêles tapant, en rythme, dans leurs mains », et aussi « des banderoles de calicot jaunes : Welcome Back in Jessore, Bernard-Henri Lévy ! ». En tombant par hasard sur un camp de réfugiés Rohingyas, il est impressionné par l'efficacité des ONG. « Leçon d'humanité des Bengalais qui n'ont rien mais trouvent la force de le partager, ce rien, avec les 900 000 hôtes de ce purgatoire vivant », écrit-il. Sur l'île de Lesbos en revanche, 20 000 réfugiés sont entassés comme des sardines, sans eau courante, dans des conditions indignes -il a raison. Mais s'il rapporte avoir eu la nausée après avoir écouté, grâce au gouverneur de Lesbos, « les fachos […] soit disant défenseurs de l'île », il ne semble pas avoir vraiment discuté avec ces derniers.

BHL reporter

C'est dommage car il discute avec les gens, BHL. Avec des résistants du Kurdistan Syrien, avec Volodymyr Zelensky, le président ukrainien mais aussi, avec des Fulanis, ces islamistes plus ou moins liés à Boko Haram et qui sèment la terreur chez les chrétiens du Nigéria. « Les chrétiens sont des chiens et des fils de chiens […] Pour nous ce sont des traîtres. Ils ont pris la religion des Blancs », lancent-ils à notre BHL sur un marché de Lagos. D'où le sens de lancer un  « SOS Chrétiens du Nigeria ».

Quand il relate le caillassage dont il a été l'objet dans une ruelle de Mogadiscio ou quand il narre son embuscade en Libye, on s'y croirait. Car s'il y a bien un talent qu'on ne retirera jamais à Bernard-Henri Lévy, c'est celui du sens de la mise en scène! Et donc sa force, quoi que l'on pense du personnage, c'est de savoir sensibiliser les autres à des causes lointaines et perdues.

« L'internationale de la liberté »

Mais pour cela, était-ce vraiment nécessaire de consacrer plus de la moitié du livre à faire des considérations politiques et littéraires, à parler de lui et de ses amis, à nous confier qu'il a « parfois le sentiment d'être, avec les reporters et les expatriés des ONG, parmi les derniers représentants » de « cette Internationale de la liberté », à justifier sa démarche d'aller à la rencontre des « damnés de la Terre » au bout du monde plutôt qu'en bas chez lui ? Était-ce vraiment nécessaire d'apprendre qu'il voit en Don Quichotte une sorte de « Christ sans apôtres » ? Était-ce vraiment nécessaire -dis-je encore-pour filer comme lui l'anaphore - d'apprendre qu'il a « eu la chance de naître d'un père deux fois héroïque » ? La réponse est non. Lévy a intitulé un de ses chapitres « Autoportrait de l'aventurier ». Quand on lit le récit des bourlingues de Blaise Cendrars, on sourcille d'emblée à sa description de La Corogne, on se sent transporté à Rio rien qu'au croquis de ses passants ou encore, on vibre à l'évocation de son « Paris-Port-de-mer » qu'il a imaginé. Bref, on voyage avec lui.

Pour conclure, si vous décidez de tenter l'aventure de Sur la route des hommes sans nom, vous pouvez commencer directement à la page 145.

  • Sur la route des hommes sans nom (Grasset)

  • Bourlinguer, Blaise Cendrars

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !