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Ben Affleck et Jennifer Lopez assistent à la 75e cérémonie des Oscars au Kodak Theatre le 23 mars 2003 à Hollywood, en Californie.
Ben Affleck et Jennifer Lopez assistent à la 75e cérémonie des Oscars au Kodak Theatre le 23 mars 2003 à Hollywood, en Californie.
©KEVIN WINTER / GETTY IMAGES AMÉRIQUE DU NORD / GETTY IMAGES VIA AFP

Passion débordante

Bennifer, le retour : Jennifer Lopez et Ben Affleck connaissent un retour de flamme qui électrise le web. Leur monde n’a pourtant plus grand chose à voir avec 2002 (le nôtre non plus)

L’engouement pour la love story de l’été 2021 en raconte beaucoup sur notre rapport à la célébrité, les médias et les réseaux sociaux.

Jamil  Dakhlia

Jamil Dakhlia

Jamil Dakhlia est Président de l'Université de la Sorbonne Nouvelle-Paris 3, professeur en Sciences de l'information et de la communication, directeur de l'UFR Arts & Médias, Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle et historien et sociologue des médias. Il a notamment écrit "Mythologie de la peopolisation" (2010) et "Politique People" (2008).

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Atlantico : Le couple Bennifer, Ben Affleck et Jennifer Lopez, très en vue au début des années 2000, s’est reformé, suscitant une grande effervescence. Pourquoi cela fait-il autant réagir ?

Jamil Dakhlia : La réponse est assez dense du point de vue de la culture de la célébrité. Déjà, il y a un aspect de relance de leurs carrières respectives. Cela ne veut pas dire que leurs carrières étaient déclinantes mais lorsque deux célébrités forment un couple, cela a un effet multiplicateur sur leur notoriété et ça peut doper leur carrière.

Le fait qu’il y ait un intérêt ou une curiosité vient à mon sens du fait que cela remet au goût du jour le mythe du couple célèbre. On assiste à des retrouvailles après 20 ans, ce qui n’est pas si courant. Ce qu’on voit dans les photos qui ont circulé, de manière calculée, c’est que le temps ne passe pas. Il y a le sentiment d’une boucle temporelle. Cela envoie le message qu’eux n’ont pas vieilli, qu’ils rejouent exactement la même histoire. Donc cela ancre le récit dans quelque chose de mythologique. Le temps mythique est suspendu ou circulaire et ils s’inscrivent dans cette mythologie hollywoodienne qui joue à plein. Derrière ça, ce qui plait est sans doute lié à ce caractère inoxydable qui constitue, d’une certaine manière, le sacre de la génération X. Ces individus ont actuellement autour de 50 ans et voient qu’ils peuvent refaire leur vie, y compris avec leurs anciens amants, ce qui ouvre des perspectives incroyables. Jennifer Lopez et Ben Affleck ont eux aussi environ 50 ans, leur image est quasiment intacte, ils peuvent retomber amoureux comme au premier jour, c’est presque la fontaine de jouvence. Il y a peut-être également une nostalgie de ce qu’il se passait il y a 20 ans.

Ce qui me frappe, c’est que cela marche autant et si vite dans le monde entier. Cela signifie que leur capital de célébrité ne s’est pas trop émoussé et ne demandait qu’à être réactivé. Je pense vraiment que le fait de recommencer surprend tout le monde. Si Jennifer Lopez avait débuté une relation avec une célébrité ça aurait intéressé mais là, il s’agit du même qu’il y a 20 ans et c’est plus rare. On connaissait les couples qui se font et défont de manière routinière. Là, la temporalité est différente.

Avoir le sentiment qu’eux n’ont pas changé alors que le monde lui a drastiquement évolué, pourquoi cela ne crée pas un décalage plutôt qu’une fascination ?

Parce que c’est un sentiment rassurant en réalité. Les célébrités sont comme des repères symboliques. Là, ils nous donnent à voir que rien ne bouge ou que tout peut recommencer. C’est un signal très positif. Cela montre que la vie n’est pas un déclin, qu’on peut avoir plusieurs vies, puisque chacun s’est marié de son côté, etc. avant de redevenir un couple. Et ils redeviennent des jouvenceaux.

La morosité de la pandémie de Covid peut-elle expliquer que cette histoire, digne d’une comédie romantique, suscite autant d’intérêt ?

La nostalgie dont je parlais est très clairement celle du monde d’avant. On a effectivement tous traversé la pandémie, une période difficile, donc il y a bien sûr une part d’évasion dans ce type d’images romantiques. Mais c’est grâce à cet aspect nostalgique. Eux-mêmes en jouent délibérément. Jennifer Lopez publie sur son compte Instagram des photos qui reprennent exactement celles parues dans la presse à l’époque. Or, cette fois-ci, c’est elle qui mène la danse. Même si, à mon avis, cela ne réduira pas la pression médiatique.

En 20 ans, les célébrités ont-elles repris le contrôle de leur image ?

Ce qui a changé c’est que maintenant les vedettes peuvent mettre en scène leurs propres vies et s’adresser directement aux consommateurs. Via les réseaux sociaux, ils peuvent faire leur propre propagande ou contre propagande. Ce qui reste identique, en revanche, c’est le schéma hollywoodien, la dimension artistico-commerciale. Les industries culturelles sont dans la continuité parfaite de la vie privée. La vie privée est une performance. En 2002, les images qui avaient fait parler d’une idylle étaient celles du clip [Jenny from the Block] mis en scène pour Jennifer Lopez, donc c’était quand même contrôlé, même s’il y a eu un emballement médiatique par la suite. Cette fois, elle a fait circuler les images elle-même.

Notre rapport aux célébrités a-t-il évolué durant ces vingt dernières années ?

Il a évolué dans la mesure où la célébrité s’est beaucoup démocratisée. Il est en théorie plus facile d’avoir une parcelle de célébrité avec les réseaux sociaux, avec la prophétie prêtée à Warhol du « quart d’heure de célébrité ». La célébrité qu’on peut appeler superlative, c’est-à-dire internationale et qui franchit toutes les frontières médiatiques, reste toutefois donnée à peu de gens. C'est pour cette raison que le modèle hollywoodien sert toujours de matrice, qui donne le ton et les méthodes pour essayer de gérer la célébrité. Dans cette optique-là, au-delà de la sincérité de ce qui peut les rapprocher, on voit que c’est immédiatement du matériau pour faire augmenter la notoriété.

Vous parliez de la mise en couple comme un multiplicateur de notoriété, il y a eu des supercouples dans les années 2000. Est-ce que la mode est encore à cela ?

Oui leur histoire renvoie à cette période-là. On comparait les couples entre eux et on fusionnait les noms. Brangelina, Bennifer, etc. Plus tardivement il y a eu Kim Kardashian et Kanye West. Les couples font toujours rêver donc quand ils semblent symboliquement bien fonctionner car il y a un contraste, une complémentarité, cela plaît. Je pense que nos sociétés seront toujours à la recherche du couple idéal. Bennifer l’incarne un peu : le parfait acteur hollywoodien et la chanteuse latina.

Est-ce que tout cela ne va pas, à nouveau, créer une pression et même une anticipation d’une rupture, elle aussi cyclique ?

Il va évidemment y avoir une pression. Il y aura des paparazzis et une vraie attente du public par rapport à l’évolution de ce couple. Plusieurs questions se posent : est-ce que cela va durer ? Est-ce sincère ou publicitaire ? Mais la pression fait partie du jeu, du métier même. C’est peut-être dur pour eux, mais c’est le prix à payer.

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