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Belek, dahak, hagra : comment le langage des banlieues se construit
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Bonnes feuilles

Belek, dahak, hagra : comment le langage des banlieues se construit

Grâce à l'argot des cités, la langue française s'est enrichie de centaines de mots et expressions ces trente dernières années. Tour d'horizon avec "Le petit livre de la tchatche".

Vincent Mongaillard

Vincent Mongaillard

Vincent Mongaillard est reporter au Parisien, spécialiste de la banlieue. Il est l'auteur du " petit livre de la tchatche", décodeur de l'argot des cités. 

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Les mots venus d’ailleurs 

Les langues maternelles entrent en scène. Les jeunes des cités cosmopolites enrichissent de plus en plus leur vocabulaire de mots provenant de la culture de leurs parents. Ils les ont souvent découverts en vacances au bled, au Maghreb ou en Afrique noire, puis les ont, quelque peu détournés de leur sens initial, rapportés à la maison dans leurs valises linguistiques. Il est aussi des termes anglo-saxons qui viennent directement à eux, via la radio et la télé, appartenant dans une large mesure à la culture hiphop américaine.

Belek

Mot signifiant fais attention, fais gaff e. Un « belek » est, lui, un « chouf », un « guetteur » chargé de prévenir les dealers de l’arrivée des policiers. Variante : handek. « Belek mec, je te dessoude (frappe) si tu me mets une pecran (si tu refuses de me saluer quand je te tends la main, verlan de crampe). »

Ça me fait dahak

Ce n’est pas une blague : dahak, en langue arabe, c’est rire, donc « Ça me fait dahak » veut dire « Ça me fait marrer ». « Ça me fait trop dahak, Matteo le mito, il claironne qu’il est le futur Mike Tyson mais il est plus minus qu’un punching-ball ! »

Faire la hagra

Hagra, avec un « h » aspiré et en roulant le « r », signifi e à la fois mépriser, humilier et commettre une injustice par la force. Ainsi, « faire la/une hagra » à quelqu’un, c’est soit, à travers des mots blessants, de la méchanceté gratuite, lui « faire la misère », soit, physiquement, le voler, le dépouiller, voire le frapper. « J’ai grandi à la dure, j’ai l’étoffe alors vas-y, faismoi la hagra, dis-moi “Mange tes morts” (insulte suprême, équivalent d’un “Nique ta mère !”), je m’en carre (tape) ! »

Les mots du verlan

En matière de verlan, cet argot qui consiste à inverser les syllabes, les cités sont désormais contraintes de se renouveler. Car, depuis deux bonnes décennies, une multitude de mots à l’envers sont sortis des cages d’escaliers pour entrer dans le langage courant. Ainsi, le grand public a découvert « keum » (mec), « meuf » (femme), « caillera » (racaille), « reum » (mère), « reup » (père), « relou » (lourd), « à donf » (à fond), « céfran » (français), « zarbi » (bizarre), « chelou » (louche), « vénère » (énervé)… Jugés ringards par les « zyvas » qui ont le sentiment que leurs codes ont été pillés, ces termes « anciens » ont, dans les quartiers, été remplacés par d’autres plus « modernes ». Pour recrypter leur discours, les 12-25 ans ont eu recours au verlan du verlan à l’instar de « feumeu » (envers de meuf) ou « meureu » (reum). Mais ils ont aussi verlanisé des noms, adjectifs et verbes qui, à l’origine, ne sont pas très employés hors des dalles hexagonales.

Babtou

Verlan de toubab, mot d’Afrique de l’Ouest désignant l’Européen, le Blanc. Dans nos cités, ce nom masculin est repris par les « Renois » (verlan de Noir) et les « Rebeus » (verlan de « Beurs ») pour qualifi er le « Gaulois », celui ou celle qui a la peau blanche. Variantes : bab, gwère, roumi, blavanc, blonblon, from, père Dodu. « Mais pourquoi les babtous, ils dansent pas le coupé-décalé (danse ivoirienne) avec nous, ils ont peur de se taper l’affiche (la honte) ou quoi ? »

Béflan

De flamber, « béflan » est un verbe intransitif appartenant à un groupe ignoré du corps professoral et qui ne se conjugue pas ! Il signifi e frimer, se la péter, « faire le kéké ». « Il béflan grave avec son rap à deux keus (à deux sacs, à deux balles) ; à la Nouvelle Reusta (star en verlan), il aurait pris rekdi (direct en verlan) quatre rouges ! »

Mifa

La « mifa », verlan de famille, est un cercle de proches qui intègre les parents, les soeurs, les cousins, les oncles… mais qui peut aussi s’élargir aux « potos », à tous les copains. Variantes : mif, miaf, smala. « La mifa, c’est sacré, le premier qui la frôle, je le dégomme, je suis comme aç (ça en verlan) quand j’ai le bleudia (diable en verlan, la haine) ! »

Nessbi

Verlan de business, le « nessbi » se fait souvent « à la youv » (verlan de voyou), comprenez dans l’illégalité. « C’est un nessbi de la balle (génial), je fais la collec’ des violets (les billets de 500 euros de couleur violette) sans jamais flipper ma race. »

Rotca

Du verbe « carotter » signifi ant voler, escroquer. « Se faire rotca » (ou « rotka »), c’est être victime d’un vol ou d’une arnaque. Variantes : se faire carna (verlan de arnaque), se faire guezmer (verlan de merguez), se faire bébar (verlan de barber dans le sens de voler et escroquer), se faire bananer, se faire douiller. « J’ai rotca son keus (sac) dans les vestiaires, il est rentré chez lui en slibard, j’avoue, c’est abusé. » « Le vendeur, il m’a dit nanani nanana, c’est de la super came, mais en fait, son queutru (truc), c’est en mousse (ça ne vaut pas un clou), je me suis fait rotca. »

Extrait du "Petit Livre de la tchatche", Vincent Mongaillard, (First éditions), 2013, 2,99 euros. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

 

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