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Bahreïn : au cœur 
de la nouvelle guerre froide
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Moyen-Orient

Bahreïn : au cœur de la nouvelle guerre froide

Alors qu'au Bahreïn la majorité chiite affronte la dynastie sunnite au pouvoir, l'Iran chiite tente de tirer les marrons du feu en poussant ses pions face à son grand rival sunnite saoudien. Focus sur un pays en pleine ligne de front

Antonin Tisseron

Antonin Tisseron

Antonin Tisseron est chercheur associé à l’Institut Thomas More. Il est Consultant auprès de l’Office des Nations Unies  contre la Drogue et le Crime (ONUDC)  bureau pour l’Afrique de l’Ouest et centrale (ROSEN).

Il est spécialisé dans l'étude des doctrines militaires, des questions de sécurité en Afrique et des enjeux de défense européenne. Il travaille principalement sur le Maghreb et le Sahel.

 

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Le 3 avril dernier, les ministres des Affaires étrangères des pays du Conseil de coopération du Golfe se réunissaient à Riyad, en Arabie Saoudite, et dénonçaient l' "ingérence persistante de l'Iran dans leurs affaires intérieures". Si le Koweït venait alors d’expulser des diplomates iraniens, accusés d’entretenir un réseau d’espionnage, cette réunion intervenait surtout deux semaines après l’intervention le 14 mars de 1 000 soldats saoudiens et de 500 policiers émiratis, de la force conjointe du Conseil de coopération du Golfe dans le royaume de Bahreïn.

Iran vs États-Unis

Cette intervention, destinée à mettre fin à des troubles commencés le 14 février, a fait monter d’un cran la tension dans le Golfe. Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad affirmait ainsi le 16 mars que l'intervention de forces des pays du Golfe pour mettre un terme aux manifestations populaires à Bahreïn était "un acte hideux voué à l'échec". Malgré les distances prises par une diplomatie américaine appelant les pays de Conseil de coopération des États arabes du Golfe à faire preuve de retenue et à agir de manière à soutenir le dialogue, le président iranien dénonçait dans le même discours le rôle des États-Unis dans la région.

Derrière ce thème classique de la rhétorique iranienne anti-américaine, l’objectif est double. D’une part, Téhéran renforce sur la scène internationale son image d’un pays défenseur de la rue arabe contre les tentatives hégémoniques extérieures. D’autre part, le régime iranien nourrit une dynamique interne de mobilisation. Quelques jours après l’intervention des troupes saoudiennes, le consulat saoudien à Mashhad, dans le nord-est de l’Iran, était d’ailleurs attaqué par plusieurs centaines de manifestants.

Renforcement des positions françaises

Les racines locales de la contestation à Bahreïn s’enchevêtrent en effet avec des enjeux plus vastes dans une région stratégique. Alors que la diplomatie iranienne est caractérisée par un fort volontarisme et que Téhéran s’est lancé dans un programme nucléaire inquiétant, la capitale Manama abrite le quartier général de la Ve flotte américaine, dont les navires sécurisent les routes d’approvisionnement en pétrole des États-Unis et constituent un outil de dissuasion à 240 km des côtés iraniennes.

La France et l’OTAN ont d’ailleurs récemment également renforcé leur positionnement dans le golfe Arabo-persique. Paris a ouvert une base à Abou Dhabi et l’Initiative de coopération d’Istanbul, lancée lors du sommet de l’Alliance atlantique de juin 2004, propose une coopération pratique entre les pays du Conseil de coopération des États du Golfe qui le souhaitent – dont Bahreïn – et l’OTAN.

Endiguer la tentative iranienne

Dans cette lutte avec l’Iran, dont l’annonce par les autorités de Bahreïn le 12 avril dernier de l’arrestation d’un Bahreïni et de deux Iraniens pour soupçon d’activité d’espionnage est le dernier épisode en date, des réformes politiques et la poursuite des programmes de développement économiques à Bahreïn sont le meilleur moyen de mettre fin à des mouvements de protestation bien antérieurs à la révolution tunisienne.

Réconcilier les manifestants avec la monarchie des Al-Khalifa permettrait en effet d’endiguer toute tentative iranienne pour accroître son influence dans l’île. Les autres monarchies du golfe mais aussi les États-Unis et les Européens ont en cela un rôle à jouer dans la construction de la sécurité dans le golfe Arabo-persique.

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