Avec Wikipedia et internet, avons-nous encore besoin d'apprendre les mêmes choses qu'avant ? | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
High-tech
87 % des professeurs utiliseraient wikipédia.
87 % des professeurs utiliseraient wikipédia.
©Filckr

Mais oui, mais oui, l'école est finie !

Avec Wikipedia et internet, avons-nous encore besoin d'apprendre les mêmes choses qu'avant ?

Le concept du "tout, tout de suite" mis à l'honneur par l'encyclopédie en ligne remet en question les méthodes d'enseignement traditionnelles.

Atlantico : Selon une étude américaine, les professeurs utilisent massivement Wikipédia : ils seraient 87 % à consulter l’encyclopédie numérique afin d'y piocher des informations. Ce chiffre dépasse la moyenne des internautes adultes, qui ne la consultent qu’à 53 %. Wikipédia est-il en train de modifier nos méthodes d'apprentissage ?

Marc Foglia : Wikipédia est rentré dans les mœurs. De manière générale, Internet renforce l'intérêt envers des méthodes d'apprentissage et d'instruction différentes.  Avec mes élèves, je mets en œuvre des méthodes comme « l’enseignement mutuel » (peer instruction) ou la « classe renversée » (flipped classroom), afin d’échapper à la transmission autoritaire de la connaissance du maître vers l’élève.

Ce concept perd de sa pertinence, puisque l'élève peut maintenant corriger son professeur en allant chercher une information en un clic. Le cours magistral est parfois utile, mais il ne faudrait pas continuer à en faire notre méthode d’enseignement privilégié. Il manque l’objectif premier de l’éducation, qui est d’avoir une tête bien faite, et non une tête bien pleine.

Nous connaissons une mutation culturelle importante. D'un côté, les nouvelles générations disposent d'Internet et d'une masse de données colossale qu'elles doivent apprendre à trier, d'un autre, elles n'auront pas forcément eu les repères acquis dans les livres.  

Quelles autres méthodes devrions-nous privilégier pour apprendre ? 

Il est évident que ce n’est pas sur Internet qu’un élève apprend à poser correctement un problème. À l’ère d’Internet, la philosophie ou les maths me paraissent absolument essentielles à l’éducation, parce qu’on apprend à poser un problème et à tracer un chemin pour le résoudre.

De plus, il ne faut pas tomber dans l'opinion facile, et se dire qu'on n'a plus besoin de mémoriser. Apprendre par cœur est une méthode traditionnelle, qui permet cependant de structurer notre pensée. On apprend les règles de l'orthographe mais on les mémorise en les appliquant. On ne peut pas condamner les règles de la mémorisation.    

L’enjeu principal est de ne pas se noyer dans l’océan d’informations que l’on trouve sur Internet. Cela suppose que l’on apprenne à faire bon usage de son jugement personnel. Sans jugement, l’individu est un petit perroquet, voué à "retweeter" indéfiniment ce que les sites d’information lui font dire. Il faut donc assimiler ce que l’on apprend, en faire ce que l’on appelle une culture personnelle. Dans cette perspective, plusieurs méthodes d’enseignement traditionnel restent valables. Il n’empêche que l’outil informatique est en train de bouleverser l’enseignement, ne serait-ce qu’avec la disponibilité immédiate de masses d’informations énormes sur le web.

Le phénomène Wikipédia touche-t-il toutes les générations et les professions ? 

Les enfants, les jeunes, ou encore les personnes âgées y trouvent leur compte, pour toutes sortes de raisons : personnelles, professionnelles… De plus, par rapport à une encyclopédie classique, Wikipédia a élargi le champ de la connaissance : tout ce qui fait l’objet d’un intérêt a désormais son article. On pense aux biographies de stars du cinéma, de sportifs ou de chanteurs, mais aussi à des hobbies saugrenus ou à des langues très rares…

Existe-t-il un danger de centralisation de l'information, avec le recours massif à Wikipédia ?

Il n’y a pas de tour de contrôle. L’encyclopédie fonctionne en grande partie suivant des principes libéraux : libre circulation, pas de barrière à l’entrée, confiance dans l’initiative individuelle, responsabilisation par la surveillance mutuelle, etc. Toutefois, au vu du succès de Wikipédia, on comprend l’enjeu extraordinaire pour un groupe d’intérêt, quel qu’il soit, d’y soigner son image.

Même si la tentation est grande pour une entreprise ou une administration de contrôler un article, l’encyclopédie libre dispose de plusieurs parades comme l’historique de chaque article en libre accès, ou l’absence d’objectivité qui peut être mentionnée dans un bandeau…

Cependant, on assiste sur Internet à la centralisation de l’information dans les mains de quelques géants (Google, Wikipédia, Facebook ou Twitter). C’est un risque pour la pluralité des sources d’information, dont l’existence est d’ordre médiatique. Le contrôle des « tuyaux » est aussi un contrôle des « contenus ». Le problème s'est posé aussi avec la télévision et la presse.

Propos recueillis par Ann-Laure Bourgeois

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !