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Banni de Twitter et Facebook, Trump riposte.
Banni de Twitter et Facebook, Trump riposte.
©Olivier DOULIERY / AFP

Trump vs GAFAM, épisode 47

Avec Gettr, Trump veut défier les GAFAM pour tenter d’exister

La plateforme Gettr se veut une alternative aux géants du web dont Donald Trump dénonce la censure.

David Fayon

David Fayon

David Fayon est responsable de projets innovation au sein d'un grand Groupe, consultant et mentor pour des possibles licornes en fécondation, membre de plusieurs think tank comme La Fabrique du Futur, Renaissance Numérique, conseiller numérique d'Objectif France. Il est l'auteur de Géopolitique d'Internet : Qui gouverne le monde ? (Economica, 2013), Facebook, Twitter et les autres... (avec Christine Balagué, Pearson, 3e éd, 2016) ainsi que de  Made in Silicon Valley – Du numérique en Amérique (Pearson, 2017). Il a publié avec Michaël Tartar Transformation digitale 2.0 (Pearson, 2019).

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Donald Trump a perdu la présidentielle 2020 en réalisant toutefois le 2e meilleur nombre de bulletins obtenus du fait de la très forte participation à l’élection. Les États-Unis sont divisés en deux clans qui s’opposent de façon virulente. Le summum était la prise du Capitole. Celui-ci a précipité la déplateformisation de Trump quelques jours avant la fin de son mandat, d’abord sur Twitter ouvrant une jurisprudence, puis sur Facebook, YouTube et les autres… Nous n’avons pas à nous réjouir de cette déplateformisation car demain ce pourrait être n’importe quel citoyen qui serait banni d’une plateforme avec une modération puis un bannissement soit humain soit algorithmique !

Cette déplateformisation de Trump à une semaine de la fin de son mandat illustre aussi que les GAFAM sont plus forts que les États (capitalisation boursière des GAFAM qui constituent les premières dans le monde, chacun dépassant les 1 000 milliards de dollars) même si pour les acteurs du Web, on raisonne en flux et non en stock). À titre de comparaison, le PIB annuel de la France est de 2 300 milliards d’euros. On voit que les GAFAM au sens large défient les États à plusieurs niveaux : politiquement (scandale Cambridge Analytica pour Facebook et capacité d’influencer fortement une élection), monétairement (crypto-monnaie avec le bitcoin, consortium Libra devenu Diem par Facebook), la santé (Amazon pour l’acheminement de masques pendant la pandémie), l’éducation (avec des solutions d’apprentissage), etc. En outre, ces acteurs sont plus agiles et efficients que des États aux strates hiérarchiques et aux silos nombreux avec des doublons, triplons, etc. les rendant inefficaces et passant plus de temps à se gérer eux-mêmes (par exemple 1 200 instances et commissions en France, lourdeur du back office) qu’à être au service des citoyens qui subissent de plus en plus de pression fiscale alors que les agents de l’administration pour beaucoup réalisent des « bull shit jobs » ou se posent la question du sens car loin des préoccupations des citoyens. En outre ces GAFAM avec l’exemple d’Amazon modifient profondément les modèles sociaux : commerce local, rapport au travail et à la façon de consommer, à l’aménagement du territoire et son équilibre.

Pour autant Donald Trump, qui est un personnage issu de la télévision de la même façon que Silvio Berlusconi en Italie, n’a pas tiré un trait à tout retour à la maison blanche dès 2024. Il est conscient que pour gagner l’investiture des Républicains, il a besoin d’exister dans les médias et sur les réseaux sociaux. Trump est un président populiste et qui a su jouer avec Twitter en particulier pour susciter le buzz et fédérer solidement sa communauté en allant trop loin aussi côté infox. Puisqu’il est persona non grata sur ceux-ci, il essaye de créer un « championnat parallèle ». C’est à l’image de la scission du championnat du monde d’échecs entre 1993 et 2005 avec deux compétitions (un championnat FIDE et un championnat « classique ») avec Karpov et Kasparov qui ne s’affrontaient plus directement. Ou encore de l’élection des Miss France avec le schisme entre le concours historique et le Prestige national dirigé par Geneviève de Fontenay en 2010.

C’est dans ce cadre que s’inscrit le lancement de la plateforme GETTR (Getting Together) dirigée par l’ancien porte-parole de Trump, Jason Miller. Il s’agit de constituer une alternative aux GAFAM et réseaux sociaux classiques comme Facebook et Twitter. Cette plateforme revendique « la lutte contre la cancel culture, la promotion du bon sens, la défense de la liberté d’expression et défier les monopoles des médias sociaux en suscitant les échanges ». Les objectifs sont louables en soi mais dans les faits ce peut être un moyen pour véhiculer des fake news ou de la propagande. Tout reste subjectif. En outre les acteurs de la tech – ce que j’appelle les 9 fantastiques GAFAM + NATU – ont tous leurs sièges sociaux situés dans la Silicon Valley ou à San Francisco en Californie, État qui vote à 80 % démocrate.

L’application GETTR disponible sur les stores (App Store et Google Play) a été lancée le 4 juillet qui est par ailleurs le jour de l’« independence day » aux États-Unis. Elle est présentée comme réseau social non biaisé pour les personnes de plus de 17 ans (et non à 13 ans comme les réseaux sociaux classiques). Parmi ses particularités, notons que les messages sont limités à 777 caractères (vs 280 pour un tweet), les vidéos peuvent faire jusqu’à 3 minutes et permet les diffusions en direct. L’interface sobre s’apparente à Twitter et le siège de l’application n’est pas dans la Silicon Valley mais à New York.

Un point important est l’importation de ses abonnés de Twitter pour rapatrier sa communauté et avoir vite une taille critique. Ainsi deux républicains Sean Parnell et Tim Murtaugh ont immédiatement eu 175 000 et 220 000 abonnés.

Le succès de cette plateforme liée à Trump est incertain et même très difficile car Facebook et Twitter ont été créé en 2004 et 2006 respectivement, ont une masse critique, ont su évoluer techniquement et fonctionnellement et créer des habitudes d’usage et même une certaine addiction. Je ne dis pas que c’est impossible pour un nouvel entrant. On le voit avec TikTok par exemple mais cela sera très difficile sans réelle nouveauté à moins d’en faire un acteur local, un réseau social pour les Républicains et sympathisants du parti à l’éléphant avec un modèle économique (dons ?) qui reste à imaginer. Je ne vois pas cette plateforme rencontrer un succès en dehors des États-Unis mais ce n’est certainement pas le but.

Et GETTR aura aussi à faire ses preuves d’un point de vue technique (le piratage de l’application le jour de son lancement est là pour en témoigner), avec l’interfaçage avec d’autres outils mais Trump n’aura pas d’emblée ses 89 millions d’abonnés (bots y compris). Long (and very difficult) is the road!

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