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Le règne de la chancelière allemande se termine cette semaine
Le règne de la chancelière allemande se termine cette semaine
©Thomas KIENZLE / AFP

Bilan mitigé

Angela Merkel, une vraie (très) fausse statue du commandeur

La chancelière allemande sera vraisemblablement oubliée à la minute de son départ de la chancellerie et voilà pourquoi.

Edouard Husson

Edouard Husson

Universitaire, Edouard Husson a dirigé ESCP Europe Business School de 2012 à 2014 puis a été vice-président de l’Université Paris Sciences & Lettres (PSL). Il est actuellement professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (à l’Université de Cergy-Pontoise). Spécialiste de l’histoire de l’Allemagne et de l’Europe, il travaille en particulier sur la modernisation politique des sociétés depuis la Révolution française. Il est l’auteur d’ouvrages et de nombreux articles sur l’histoire de l’Allemagne depuis la Révolution française, l’histoire des mondialisations, l’histoire de la monnaie, l’histoire du nazisme et des autres violences de masse au XXème siècle  ou l’histoire des relations internationales et des conflits contemporains. Il écrit en ce moment une biographie de Benjamin Disraëli. 

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Atlantico : Alors que le règne de la chancelière se termine cette semaine. Le moment que l'on qualifie d'historique dans les médias ne tombera-t-il pas dans les oubliettes dès le nouveau chancelier ou chancelière connue ?

Edouard Husson : Il y a quelque chose de cocasse à observer l'adulation des médias français pour Angela Merkel. D'abord parce que le Chancelier sortant n'a aucune affinité avec la France.  Ensuite parce qu'on peut difficilement imaginer une personnalité  politique moins charismatique qu'Angela Merkel. Enfin dans la mesure où Madame Merkel est le moins bon de tous les chanceliers allemands qui se sont succédés  (je laisse de côté Ludwig Erhard, dans les années 1960, qui fut un bon ministre de l'économie mais un mauvais Chancelier). Angela Merkel s'était présentée en 2005 comme une sorte de "Thatcher allemande" mais elle a gouverné à l'exact opposé de la méthode de la Dame de Fer. On ne l'a jamais vu braver l'impopularité. Pire, elle est toujours allée dans le sens de la classe établie imbibée de progressisme : sortie du nucléaire civil en 2011 ; accueil sans contrôle des migrants en 2015, par exemple. Comme Français, je refuse de serrer la main de Madame Merkel: les frontières totalement ouvertes de 2015 ont laissé passer certains des terroristes des attentats de novembre. On n'oubliera pas Madame Merkel mais pour des raisons négatives. 

Quel que soit le parti élu, l'Allemagne poursuivra somme toute une politique équivalente. Cela va-t-il contribuer à ne pas créer de sensation de manque de la chancelière dans le pays ?

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Je suis incapable de vous dire si nous aurons un Chancelier SPD ou CDU. En revanche, il est certain qu'il gouvernera à l'opposé de la méthode Merkel. La Chancelière avait tendance à vampiriser les idées de ses partenaires de coalition.  Que le Chancelier se prénomme, d'ici quelques semaines, Armin ou Olaf, il devra en permanence négocier avec ses (deux) partenaires de coalition. Et puis il va y avoir des marchandages à n'en plus finir entre la fédération et les régions.  Sans compter la lutte inévitable entre une Allemagne des réalités et la douce folie idéologique des Allemands de Bruxelles qui poussent à une fédéralisation constante de l'Europe. La politique allemande va avoir un côté assez désordonné et sympathique, qui nous changera de la méthode Merkel faite de centralisation du pouvoir et de gouvernement à vue, au gré des sondages. 

Pourquoi malgré sa popularité à l'étranger, la chancelière ne donc laissera pas un souvenir impérissable au-delà des frontières allemandes ?

Les étrangers sont impressionnés par la longévité politique de Madame Merkel. Mais la Chancelière n'a été finalement que cela: une capacité à se maintenir au pouvoir. Elle ne laisse aucun héritage politique.  Elle a vécu des réformes de Schröder et du quantitative easing de Mario Draghi. Les médias occidentaux se sont faits tout un film après le départ d'Obama : Angela Merkel incarnait les valeurs occidentales contre Donald Trump. Mais de quelles valeurs parlons-nous ? Un Viktor Orban est beaucoup plus proche des valeurs conservatrices que portaient Helmut Kohl ou Margaret Thatcher qu'Angela Merkel ne l'a jamais été. Angela Merkel n'a rien compris au Brexit ; et pourtant la question de la souveraineté du Parlement est au cœur des valeurs occidentales. Alors Madame Merkel recevra sûrement des doctorats honoris causa de grandes universités américaines. Des éditeurs se battront pour avoir ses Mémoires. Et puis - amusons-nous  - elle prendra la tête d'une Fondation créée après le décès du Pape François pour entretenir l'esprit de "Laudato Si". 

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