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Le mois de naissance pourrait avoir un impact sur la santé future.
Le mois de naissance pourrait avoir un impact sur la santé future.
©Reuters

Les jeux tordus du destin

A chaque anniversaire sa maladie ? Comment votre mois de naissance influence votre santé

D'après des chercheurs de l'Université de Columbia votre santé pourrait belle et bien être pré-déterminée dès votre naissance.. Cette fois ce ne sont plus les mères qui sont responsables des futurs problèmes de santé de leurs enfants, mais le mosi de naissance qui permettrait d'expliquer bien des maux.

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier.

 

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Atlantico : D'après des chercheurs de l'Université de Columbia à New York, le mois de naissance aurait un impact sur notre santé futur. Comment le simple fait de naître en avril plutôt qu'en décembre par exemple peut-il jouer sur notre santé ?

Stéphane Gayet : Cette étude qui fait beaucoup de bruit est très originale. C'est un travail rétrospectif d'analyse d'une énorme base de données (1,7 million de personnes prises en charge dans deux centres hospitaliers de New York sur une période cumulée de 14 ans). L'originalité de cette recherche a consisté à rapprocher la ou les maladies dont souffre une personne de son mois de naissance. C'est quand même scientifiquement audacieux. Ce type d'étude dite bio statistique fait partie des recherches d'un nouveau type que l'on peut aujourd'hui mener en médecine : on exploite avec une idée précise une base de données médicales déjà constituée par un établissement ou un organisme de santé. Cela peut se faire dans de nombreux pays du monde. Les chercheurs en bio statistique doivent demander l'accès aux bases de données projet à l'appui. Quand ils ont pu l'obtenir, ils déploient tout leur savoir-faire en utilisant un logiciel d'analyses bio statistiques très puissant et fort complexe à maîtriser, pour tenter de montrer l'existence d'une relation entre une maladie et une caractéristique individuelle.

Ces études rétrospectives d'analyse bio statistique ne sont possibles aujourd'hui que grâce à l'existence de bases de données médicales fiables et de très grande taille, mais aussi à celle d'ordinateurs ayant une énorme capacité de calcul ainsi que celle de logiciels d'analyse bio statistique très performants. Et puis il faut encore des idées et cela ne manque pas, la preuve. Or, cette étude a réussi à montrer l'existence d'une corrélation entre le mois de naissance et certaines maladies. Attention : une corrélation n'est pas un lien de cause à effet, elle n'est qu'un lien statistique. Quand un phénomène A et un phénomène B apparaissent corrélés, cela peut avoir plusieurs explications : B peut être la conséquence de A, A peut être la conséquence de B, A et B peuvent être les conséquences d'un troisième phénomène C, etc.

Maintenant, l'explication d'un lien entre le mois de naissance et une maladie n'est pas univoque. Il faut raisonner en termes de saisonnalité. Le corps humain est très influencé par les facteurs environnementaux ; parmi ceux-ci, le climat, les agressions microbiennes, les agressions par les allergènes, les agressions chimiques, etc. Lorsqu'un nouveau-né voit le jour, il est le fruit d'une fécondation, mais aussi d'un développement de neuf mois lui-même soumis aux saisons. Les biorythmes saisonniers concernent la femme gestante comme l'embryon puis le fœtus. On ne se nourrit pas de la même façon en hiver qu'en été, on n'a pas les mêmes activités, l'humeur évolue également, et puis il y a les maladies saisonnières, infectieuses, mais aussi non infectieuses. Ce parcours saisonnier a un impact sur le corps de la femme gestante et par voie de conséquence sur son bébé en devenir. Lorsque l'enfant est né, les premiers mois de sa vie seront déterminants pour son état de santé futur : un nouveau-né agressé par des virus, des bactéries, des allergènes, du froid ou au contraire une chaleur néfaste, etc., sera affecté durablement dans sa santé du fait de ces conditions environnementales de vie. C'est sans doute là qu'il faut chercher les raisons.

D'après cette étude, chaque mois serait associé à un mal en particulier ; quelles explications peut-on donner à cette découverte ?

Les enfants nés au milieu du printemps, en mai, bénéficient d'une période très favorable sur le plan de leur environnement. Les épidémies virales de la saison froide sont terminées, le climat est en général agréable, le printemps avec les floraisons et l'ensoleillement augmente l'humeur des personnes qui entourent le nouveau-né. C'est toute une ambiance printanière qui fait que cette période est favorable à l'être humain (amours, projets divers dont de vacances, etc.). La terre commence à produire des légumes, l'alimentation se diversifie, bien des personnes vont reprendre une activité physique. Tout cet environnement favorable, tant sur le plan physique que sur le plan psychique, porte le nourrisson à une vie favorable. Il faut donc insister sur les variations saisonnières du corps humain. Or, notre société industrialisée se comporte comme si nous étions les mêmes chaque saison, ce qui est faux. Nous ne sommes pas la même personne en janvier qu'en mai. L'enfant qui naît en mai a été conçu à la fin de l'été, période douce et agréable. Il faut encore ajouter certains éléments financiers qui entrent dans cette saisonnalité : déclaration de revenus, dépenses d'été, paiement des impôts locaux et sur le revenu, etc. Les personnes vivant en milieu rural ont bien davantage conservé cet esprit saisonnier que les citadines.

Sur un plan médical, on sait depuis longtemps que certaines maladies ont un caractère saisonnier, et pas uniquement des maladies infectieuses. C'est le cas de l'ulcère gastroduodénal, de la dépression, pour ne citer que ces deux exemples. Mais attention, les auteurs de ce travail insistent sur le fait qu'il faut relativiser l'effet du mois de naissance : son impact est nettement plus faible que celui des facteurs extrinsèques que sont les conditions et habitudes de vie, comme l'alimentation, le tabac, l'alcool, les produits toxiques ou au contraire des comportements de prévention. Schématiquement, il vaut mieux, selon ce travail de recherche, naître au mois de mai qu'au mois de novembre. On peut se permettre une analogie : le mois de novembre est celui des natifs du Scorpion en astrologie (en fait Scorpion et début du Sagittaire) ; or, bien des couples cherchent à éviter de mettre au monde un enfant du signe du Scorpion, car ce signe a la réputation d'être associé à un caractère compliqué et des difficultés existentielles. C'est bien curieux, tout de même.

À terme, quels impacts pourrait avoir une telle découverte ? Pourrait-on prévenir ou guérir certaines maladies plus facilement ?

L'auteur principal de ce travail, Nicholas Tatonetti, exhorte à la prudence concernant les risques de dérives d'interprétation de ses conclusions. Il n'a fait qu'objectiver une relativement faible corrélation entre le mois de naissance et une fréquence accrue de certaines maladies, c'est tout. Les causes de cette corrélation ne sont qu'évoquées, mais non prouvées. Il ne s'agit pas de faire un quelconque eugénisme saisonnier. Ce qui paraît sage, en revanche, c'est d'être particulièrement attentif et protecteur vis-à-vis des enfants nés en novembre, car ils sont peut-être plus vulnérables que ceux qui ont eu la chance de voir le jour en mai (pour continuer avec l'analogie astrologique, c'est le signe du Taureau, animal auquel rien de résiste ; en fait Taureau et début du Gémeaux). Il est certain que tous les nouveau-nés n'ont pas le même potentiel de santé : on connaissait les gènes, les conditions économiques et socioculturelles, et maintenant il y a en plus le mois de naissance.

De toute façon, c'est une première étude (pas tout à fait, il y en a déjà eu d'autres en Europe du Nord, mais de moins grande envergure) : elle demande à être suivie d'autres études du même type, à être complétée d'analyses différentes et complémentaires. Il faut souligner que les études menées en Scandinavie ont donné lieu à des conclusions différentes en termes d'impact de la saison, que l'on explique par les différences de climat entre le Nord-Est des États-Unis d'Amérique et les pays de l'Europe septentrionale. Est-il nécessaire de dire que les nourrissons de l'hiver sont plus exposés et plus vulnérables que les nourrissons du printemps et de l'été ?

Cette découverte du rôle du mois de naissance pourra par ailleurs se montrer bénéfique à une meilleure compréhension du mécanisme de certaines maladies infectieuses, respiratoires, cardio-vasculaires ou encore métaboliques. C'est la porte ouverte à de nouveaux champs d'investigation. Mais gardons la tête froide, comme nous le recommande l'auteur du travail.

L'impact du mois de naissance est-il aussi significatif que divers autres facteurs tels que l'alimentation, l'exercice ?

Nous l'avons dit et le chercheur principal de ce travail y insiste, le rôle du mois de naissance est inférieur et même nettement inférieur à celui des conditions de vie. Donc, que les natifs de mai ne s'enthousiasment pas trop, que les natifs de novembre ne se désespèrent pas, la vie qu'ils vont mener compensera en bonne partie cette apparente inégalité. L'occasion est donnée de faire passer des messages de prévention : manger juste ce qu'il faut et se méfier des aliments réputés néfastes comme les graisses animales, consommer du sel avec modération, réduire sa consommation de saccharose. Rappelons que le stockage de graisse en abondance dans l'abdomen résulte d'une ration calorique très excessive par rapport aux besoins et que l'obésité abdominale est associée à un risque accru de maladies cardio-vasculaires. Les pertes de poids spectaculaires ne sont pas bonnes pour la santé et très souvent suivies d'une reprise pondérale. La vérité est qu'un très grand nombre d'individus mangent trop et notre société nous y pousse. L'autre facteur déterminant de notre santé est l'exercice physique : il est parfaitement prouvé qu'une activité physique régulière est à la fois préventive (maladies cardio-vasculaires et cancers, entre autres) et curative (certaines maladies métaboliques comme le diabète, entre autres).

Pour terminer, la vérité se situe toujours dans le juste milieu, dans l'équilibre. Nous sommes en partie déterminés par notre mois de naissance, mais faiblement. Ce n'est qu'un facteur parmi tant d'autres. Cette découverte par analyse bio statistique rétrospective d'une énorme base de données de deux centres hospitaliers de New York est une avancée de plus dans le domaine de la connaissance des déterminants de l'être humain. Ce travail original est certes plein d'intérêt.

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