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L'ancien chancelier allemand Gerhard Schroeder, alors président du conseil d'administration du géant pétrolier russe Rosneft, lors d'un briefing à Saint-Pétersbourg. 29 septembre 2017
L'ancien chancelier allemand Gerhard Schroeder, alors président du conseil d'administration du géant pétrolier russe Rosneft, lors d'un briefing à Saint-Pétersbourg. 29 septembre 2017
©OLGA MALTSEVA / AFP

Bien au-delà de Nord Stream

A bout de souffle : le modèle économique allemand façonné par Gerhard Schröder atteint ses limites

Le chancelier allemand Gerhard Schröder a quitté ses fonctions il y a plus de quinze ans. Loué un temps pour ses profondes réformes structurelles, le modèle économique qu'il a façonné semble aujourd'hui avoir atteint ses limites

Philippe Waechter

Philippe Waechter

Philippe Waechter est directeur des études économiques chez Natixis Asset Management.

Ses thèmes de prédilection sont l'analyse du cycle économique, le comportement des banques centrales, l'emploi, et le marché des changes et des flux internationaux de capitaux.

Il est l'auteur de "Subprime, la faillite mondiale ? Cette crise financière qui va changer votre vie(Editions Alphée, 2008).

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Atlantico : Plus de 15 ans après son dernier mandat au poste de chancelier, Gerhard Schröder et ses réformes sont louées pour avoir dynamiser l’économie allemande, mais tout n’est pas rose pour l’avenir du pays. En quoi ces réformes pourraient-elles être des illusions qui auraient in fine affaibli l’Allemagne ? De quoi a profité le pays pour sa croissance indépendamment des réformes ?

Philippe Waechter :L’Allemagne a connu deux périodes depuis le début du siècle. Au tout départ, juste après la création de l’euro, de nombreux pays européens ont vu leur situation interne s’améliorer rapidement. Les taux d’intérêt étaient nettement plus bas et le taux de change était stabilisé. La demande interne, en Espagne, en Italie mais aussi en France, s’est nettement améliorée. Dans le même temps, les réformes Schröder ont pesé sur la demande interne allemande favorisant ainsi la capacité de l’Allemagne à répondre aux demandes des autres pays de la zone. Cela s’est traduit par un fort excédent vis-à-vis de ces pays. Le moindre dynamisme de la demande interne en Allemagne a permis de réorienter la production vers le reste de la zone Euro. 

Cela n’était pas sans risques. Cela a été constaté lors de la crise financière de 2008. L’Espagne, l’Italie et quelques autres pays ont connu des ajustements importants pour réduire leur déficit extérieur. Les dévaluations internes ont été douloureuses et ont modifié dans la durée les politiques économiques des pays concernés. 

L’Allemagne a subi le choc des ajustements européens. Elle a alors accentué sa stratégie d’ouverture vers l’Asie et la Chine en particulier. Les produits industriels allemands correspondaient alors parfaitement aux besoins chinois. La croissance chinoise a dopé l’activité outre-Rhin à partir de 2010. C’est la Chine qui a permis à l’Allemagne de croître de 4% en 2010 alors que les autres pays européens ne bénéficiaient pas d’une impulsion similaire. 

Les réformes Schröder ont fait dépendre l’économie allemande de la bonne santé du reste du monde : l’Europe au début du siècle, la Chine ensuite.

La stratégie de l’Allemagne a eu du sens en raison de la structure de sa population. Le vieillissement de la population et l’inflexion dans l’allure de la population active réduisent immanquablement la dynamique de la demande interne. Dès lors, l’Allemagne bénéficiant d’un avantage comparatif dans le secteur manufacturier, a pu connaître une période de croissance rapide en conditionnant son activité à la croissance du reste du monde.  

La stratégie du cavalier solitaire allemand au cœur de l’Europe a-t-elle favorisé sa croissance ces 15 dernières années ? La demande inférieure a-t-elle joué ? 

Bien sûr que l’Allemagne a bénéficié de cette stratégie. Mais c’est aujourd’hui son point de fragilité. Pendant les 20 dernières années, le monde s’est globalisé, les échanges se sont intensifiés et l’Allemagne avait calé sa stratégie sur la zone géographique qui se développait le plus rapidement, l’Asie. 

Depuis la pandémie, cette dynamique a changé. Le monde reste global mais l’acceptation de la dépendance a changé. La Chine mais aussi les Etats-Unis ont désormais des orientations macroéconomiques plus centrées sur leur propre économie que sur le développement harmonieux du monde. L’Allemagne est pénalisée par ce phénomène. La Chine n’a plus du tout la même capacité ni la même volonté à créer des impulsions sur le reste du monde contrairement à ce qu’elle faisait par le passé. L’Allemagne est ébranlée par cela. Elle ne trouve plus les débouchés qu’elle avait encore récemment. 

D’une manière générale, l’orientation de l’économie allemande est à revoir et l’Europe pourrait largement en bénéficier. 

Les facteurs favorisant la croissance allemande, depuis deux décennies, étaient la force des échanges avec la Chine et la disponibilité d’énergie bon marché avec la Russie. Ces deux orientations sont franchement remises en cause. Dès lors, si l’Allemagne veut bénéficier d’une croissance robuste, elle doit se tourner vers ses voisins européens. La capacité à croître de l’Europe doit en être démultipliée. 

Si la Chine et les USA sont plus isolationnistes, l’Europe doit accroître sa capacité à progresser de façon autonome. Cela passera par une plus grande intégration et une capacité à penser les problèmes et les solutions à l’échelle de l’Europe plutôt qu’à essayer de les résoudre au sein de chaque pays. L’objectif doit être de développer un marché intérieur de très grande taille au sein duquel les entreprises pourraient bouger et s’installer là où elles le souhaitent. Cela permettrait de disposer d’entreprises de plus grande taille capables de répondre aux géants américains et chinois. Cela ne sera possible que si l’Allemagne joue le jeu de l’Europe. 

Les réformes Schröder qui ont favorisé les grands groupes pourraient-elles ralentir l’apparition de start-up ? À l’avenir le dynamisme allemand va-t-il se retrouver ralenti par le manque de jeunes pousses entrepreneuriales ? 

L’Allemagne a pris du retard car ses entreprises manufacturières étaient bien placées dans le cadre qui prévalait. Quand il fallait répondre à une demande chinoise, le Mittelstand avait la capacité de se positionner et d’emporter le marché. Il n’était alors pas nécessaire de bouleverser la structure de l’économie en allouant d’importantes ressources à la régénération du capitalisme. La nécessité de disposer d’une économie de start up était en conséquence moins nécessaire qu’en France. L’Allemagne en paye le prix. Le changement va se profiler avec la réorientation de l’Allemagne vers l’Europe. On aura tous à y gagner 

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