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Jackie Kennedy a forgé l'image d'icône de son défunt mari
Jackie Kennedy a forgé l'image d'icône de son défunt mari
©Flickr/Natalia Sheppard

Commémoration

L’extraordinaire sang-froid de Jackie Kennedy : comment la première dame a façonné la légende de son mari dès les minutes ayant suivi son assassinat

Dans son livre "End of Days : The Assassination of John F. Kennedy", James Swanson raconte comment la Première dame a joué avec les images pour faire de son mari une icône.

Son assassinat a fait de lui une légende. Le mystère entourant sa mort tragique l'a élevé au rang d'icône. Lorsqu'on évoque son nom, c'est d'ailleurs à cela que l'on pense en premier. Et cinquante ans après cela reste vrai. John Fitzgerald Kennedy, le 35ème président des Etats-Unis, est mort le 22 novembre 1963 à Dallas sous la (ou les) balle(s) de Lee Harvey Oswald. Mais sa légende, le chef de l'Etat la doit aussi à sa femme Jackie. C'est en tout cas, ce que démontre James Swanson dans son dernier livre : End of Days : The Assassination of John F. Kennedy. Dans cet ouvrage, dont les bonnes feuilles sont publiées par le New York Post, l'auteur assure que, même au plus fort de la tragédie, Jackie a toujours été consciente de l'héritage de son mari. Jusqu'à jouer avec les images et créer le mythe que l'on connaît.

Un mythe toujours vivace : Selon un sondage Gallup, 74% des Américains pensent que l'ancien président est entré dans l'histoire comme un bon chef d'Etat. A contrario, ils ne sont que 3% à le juger négativement.

Le même sondage nous précise néanmoins que ce crédit n'est pas seulement à mettre au compte de son assassinat. Lorsqu'il était président, il jouissait de 70% d'opinions positives en moyenne : c'est le meilleur score obtenu par un président en exercice.



On apprend dans l'ouvrage de James Swanson que dans les heures qui ont suivi l'assassinat de JFK, une multitude de personnes ont suggéré à Jackie de changer ses vêtements maculés de sang. Chose que la Première dame a toujours refusé de faire.  Elle conservera donc son costume rose, ses gants blancs et le sang séché, durant des heures. A tous, elle répondra, comme l'explique James Swanson dans son livre : "Je ne me changerai pas, je veux qu'ils voient ce qu'ils ont fait".

C'est au moment où elle s'est rendue dans une salle de bain pour faire un brin de toilette que Jackie a pris sa décision. "Je me suis vue dans le miroir, mon visage et mes cheveux étaient maculés de sang… J'ai essuyé le tout avec un Kleenex ... puis une seconde plus tard j'ai pensé, pourquoi devrais-je me nettoyer ? J'ai laissé tomber le mouchoir et suis sortie… " L'Histoire lui donnera raison, les images de sa sortie de l'avion présidentiel Air Force One sur le tarmac de l'aéroport de Washington faisant le tour du monde. Après avoir assisté à la prestation de serment de Lyndon Johnson dans ce même avion, Jackie Kennedy descend de l'engin. Des millions de personnes suivent les événements devant leur télévision. Le peuple américain est uni derrière la Première dame et demeure stupéfait face aux premières images. En sortant d'Air Force One, cinq heures après l'assassinat de son mari, Jackie est encore recouverte de son sang. Mais tout ceci était calculé. Elle voulait faire entrer dans les mémoires collectives du peuple américain ce qu'elle venait de subir. Personne ne devait jamais oublier cet instant.

Force est de constater que cela a fonctionné. Désormais, plusieurs décennies après les faits, la simple vue d'une image d'elle dans ce costume déclenche des flashbacks dans l'esprit de chaque personne qui se souvient du 22 novembre 1963. D'autres images fortes suivront. L'une des plus importantes, et qui va aider à forger le mythe de JFK, se déroulera au moment de l'enterrement. La cérémonie, qui se déroule au cimetière national d'Arlington, est chargée en émotion. Jackie a tout organisé et a voulu faire en sorte que les funérailles de son président de mari en s'inspirant fortement de celles d'Abraham Lincoln. Mais c'est sa requête de dernière minute qui entrera dans la légende.

Jackie a souhaité et obtenu la mise en place d'une "flamme du souvenir" qui demeure allumée éternellement en mémoire de son époux. Un autre fait mémorable a eu lieu durant la cérémonie. Au moment où le cercueil est soulevé par la garde militaire, Jackie Kennedy glisse un mot à l'oreille de son fils John Kennedy Jr alors âgé de trois ans. Elle lui dit : "John tu peux saluer papa, c'est le moment de lui dire au revoir". L'enfant s'exécute et fait le salut militaire. Un geste déchirant qui restera dans l'Histoire comme l'un des moments les plus émouvants de l'enterrement.

Enfin, dernière "manœuvre" élaborée par la Première dame pour bâtir la légende de John Kennedy : l'interview qu'elle a accordée une semaine après le meurtre à Theodore White, un journaliste du magazine Life. Un entretien qui a été concédé "afin que Jack ne soit jamais oublié". Ce qui en ressort de plus important c'est que Jackie compare les années qu’elle a passées avec son mari au sein de la Maison Blanche au château de Camelot, la résidence légendaire du roi Arthur. C’est par cette citation devenue célèbre que l’on perçoit encore aujourd’hui les Kennedy comme "le roi et la reine de Camelot".

Mais ce que l'on sait moins, c'est la manière dont cette interview s'est déroulée. C'est Jackie Kennedy qui a pris l'initiative d'appeler Théodore White (celui-ci était dans la même classe que Joseph, le frère de John) pour lui donner rendez-vous. Mais celui-ci n'était pas chez lui à ce moment là. "J'ai manqué de tomber de ma chaise quand ma mère m'a appelé pour me dire que Jackie Kennedy cherchait à me joindre", témoignera-t-il plus tard. Quand enfin Theodore White a Jackie au téléphone, elle le convoque à Hyannis Port, où elle réside désormais. Elle souhaite en effet "sauver" l'héritage de son mari. Et c'est elle qui immédiatement suggère que l'article de White établisse le parallèle entre la vie de son mari et celle du Roi Arthur. 

Car après s'être longuement confiée au journaliste sur les événements de Dallas : le sang, la blessure à la tête, l'hôpital, le dernier au revoir… elle en vient à la réelle raison de la venue du journaliste. "Il y a une chose que je voulais dire… Je n'arrêtais pas d'en parler à Bob (…) Je veux dire une chose , c'est presque devenu une obsession pour moi. Je n'arrête pas de penser à cette phrase d'une comédie musicale". Et de se confier encore plus à White : "La nuit, avant que nous allions dormir… Jack aimait jouer certains morceaux… et la chanson qu'il aimait le plus est issue de Camelot. Et la phrase qu'il préférait était la suivante : "N'oubliez pas cet endroit qui pendant un bref moment de gloire fût appelé Camelot".

Au cas où le journaliste n'ait pas bien compris, Jackie répéta son histoire. Elle insiste même : "Il y aura encore de grands présidents à la Maison Blanche, et les Johnson sont formidables, mais cela ne sera plus jamais comme Camelot". Au bout d'un moment, le journaliste souhaite passer à autres choses, l'interroger sur d'autres sujets. Mais Jackie répète sans cesse : " N'oubliez pas cet endroit qui pendant un bref moment de gloire fût appelé Camelot". Elle est déterminée à convaincre White que la présidence de son mari était un moment unique, magique et perdu à jamais.

A la fin de l'interview, vers 2 heures du matin, White s'éclipse pour aller la dicter à sa rédaction. Jackie comprend alors que les éditeurs veulent couper le passage où elle parle de Camelot. Mais plus convaincante que jamais, elle parvient à ses fins. Il en ressort un texte où la vie des Kennedy à la Maison Blanche est transformée en une journée dans un Camelot des temps modernes. Ainsi est né l'un des mythes les plus persistants et inexactes de la Nation. Car White l'affirma plus tard : il osa la comparaison entre JFK et Camelot car il a été pris de sympathie pour la veuve éperdue d'un président qui venait d'être assassiné. Il l'assure, son essai est une "lecture erronée de l'histoire. "Camelot : La magie de John F. Kennedy" n'a jamais existé". Mais l'important n'est plus là. Le mythe JFK continue d'exister.

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