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5 bonnes raisons d’aller voter malgré le spectacle politique de ces dernières semaines
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Contre vents et marées

5 bonnes raisons d’aller voter malgré le spectacle politique de ces dernières semaines

Le taux d'abstention au premier tour des élections municipales pourrait atteindre 40%. Une défiance renforcée par les affaires politico-judiciaires de ces dernières semaines. Mais ne fait-on pas passer un message plus fort en mettant son bulletin dans l'urne qu'en s'abstenant ?

Jean Petaux

Jean Petaux

Jean Petaux est docteur habilité à diriger des recherches en science politique, spécialiste de la vie politique française. Il s’est aussi spécialisé dans l’analyse localisée de la politique. Il dirige une collection aux éditions « Le Bord de l’Eau » intitulée : « Territoires du politique ». Prochain livre à paraître : « Entretiens avec Jacques Valade » (octobre 2021). Officier des Palmes académiques, il est, par ailleurs, membre associé de l’Académie nationale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux.  

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Atlantico : Le taux d'abstention au premier tour des élections municipales pourrait atteindre 40%, d'après une étude Ipsos. Les raisons sont assez classiques : déception, lassitude, défiance,... mais se trouveraient renforcées par les affaires politico-judiciaires de ces dernières semaines. Pourquoi cette désertion du politique devrait justement nous inciter à aller voter ? Fait-on passer un message plus fort en allant voter qu'en s'abstenant ?

Jean Petaux : Je crois que cette idée selon laquelle « on fait passer un message plus fort en allant voter qu’en s’abstenant » est effectivement très « ancrée » dans les têtes et les esprits des citoyens formés à l’exercice de la démocratie concurrentielle depuis plusieurs générations. C’est l’idée, communément répandue, selon laquelle « les, absents ont toujours tort et n’ont pas voix au chapitre ultérieurement ». Donc il y aurait comme un impératif catégorique à voter. D’autant qu’un autre argument est souvent invoqué par les « participationnistes » : « Le respect pour la mémoire de celles et ceux qui se sont battus pour l’instauration du suffrage universel ». Une sorte de « devoir de voter » associé au « devoir de mémoire » en quelque sorte. Pour relativiser l’impact de la conjoncture actuelle sur l’abstention il faut rappeler que depuis le début de la Vème République en octobre 1958, sur les 9 élections municipales organisées, le plus faible taux d’abstention a été celui du second tour de 1983 (20,3% par rapport aux inscrits) et la plus forte abstention a été relevée lors du premier tour des dernières municipales, en mars 2008 (35,5%). Soit un différentiel de plus de 15 points.

L’abstention a progressé de 2,9% entre le premier tour de 2001 et celui de 2008. C’est donc une tendance assez lourde qui tend à dissocier la corrélation entre le « climat politique » du moment et un comportement collectif à l’égard de l’expression électorale de plus en plus faible. Et ce phénomène n’est absolument pas propre à la France. Même en Belgique où le vote est obligatoire sous peine d’amende, de nombreux électeurs préfèrent s’exposer à une pénalité plutôt que de se déplacer pour voter.

Si vous deviez identifier cinq vraies raisons d'aller voter pour les municipales, scrutin particulier par son caractère local, quelles seraient-elles ? En quoi ces cinq causes peuvent-elles avoir des implications concrètes ?

J’ai tendance à considérer avec beaucoup de circonspection les « vraies » ou les « bonnes » raisons (tout comme les « mauvaises » d’ailleurs), celles-ci, « positives » ou « négatives » sont propres à chaque individu et, je l’espère, ne procèdent pas d’une « doxa » qui dirait le « bien » et le « mal ». Donc en s’efforçant de ne pas rentrer dans l’argumentation « ad valorem » je répondrai plutôt en termes de compétences municipales. Autrement dit : sur quels dossiers, sur quelles actions publiques, l’équipe municipale pour laquelle je vais voter est-elle à même d’intervenir ?  

Un citoyen qui va s’intéresser à  la politique de l’enfance (crèches,  rythmes scolaires, entretien des écoles maternelles et primaires), à l’urbanisme (permis de construire, aménagement urbain, développement de tel ou tel quartier), à la propreté (enlèvement des ordures, politique de tri sélectif), à la sécurité publique municipale, à l’aide sociale, à la fiscalité locale (des ménages mais aussi des sociétés), à la culture, au sport, aux espaces verts, au stationnement payant (vous voyez qu’il y a de quoi faire et j’oublie forcément nombre d’autres sujets), ce citoyen-là peut se dire que cela « vaut le coup » de consacrer 30  minutes de sa journée, le 23 et/ou le 30 mars pour aller voter. Mais, là où l’appréciation se complexifie, c’est que, de plus en plus, les compétences et les acteurs publics sont imbriqués les uns dans les autres, et que les dossiers ne sont jamais vraiment du strict domaine municipal. On le voit par exemple sur la question des « rythmes scolaires » où l’Etat (Ministère de l’Education), éventuellement les Départements (ramassage scolaire en zone rurale) et Communes (en première ligne) sont impliqués dans cette question… C’est en sens que les élections municipales prennent une connotation nationale, tout simplement parce que tout cela « fait système » et qu’il n’existe pas 36.500 « micro-républiques » communales qui ne seraient pas impactées par les politiques départementales, régionales, nationales et européennes… voire par les effets de la mondialisation bien sûr.

Qui profiterait le plus d'une abstention ?

Le Front National et l’UMP dans la mesure où les derniers sondages tendent à indiquer que l’électorat socialiste sera plus « abstentionniste » que l’électorat qui a voté Sarkozy en mai 2012. Le FN tout simplement parce que mécaniquement si les partis « majoritaires » ne mobilisent pas leurs électeurs, le FN va accroitre automatiquement sa part relative parmi les suffrages exprimés puisque lui aura su mobiliser. Au second tour, il est probable en revanche qu’une sorte de « sursaut » participatif (à gauche essentiellement) conduise à réduire l’abstention. C’est plutôt la tendance même si l’on a vu aux municipales de 1971 et de 1977 une plus forte abstention au second tour qu’au premier tour. Aux dernières municipales de 2008 l’abstention a reculé de 4,5% entre les deux tours.

C’est l’une des deux grandes nouveautés de ce scrutin : l’élection simultanée des élus municipaux ainsi que des délégués communautaires, qui représentent leur commune au sein des communautés de communes, communautés d’agglomération, communautés urbaines ou des métropoles. Quelle est l'importance de leur élection ?

En premier lieu il n’est pas impossible que la proportion des bulletins nuls, du fait d’une rature sur l’une des deux listes, augmente considérablement. Surtout avec l’abaissement du seuil de 3500 à 1000 habitants (soit désormais 9000 communes en France, près de 25 % du total des  36500 communes de France) interdisant de « panacher des listes » ou de les « raturer ». De nombreux électeurs, habitués à pratiquer ce « sport électoral » qu’on appelle joliment « le tir au pigeon » sur les candidats, vont continuer à pratiquer ce « sport » et leur bulletin sera automatiquement annulé. De la même manière que « toucher » à l’une des deux listes présentes sur le bulletin invalidera automatiquement l’ensemble du bulletin et même le vote sur la liste laissée intacte…

Quant à l’importance de l’élection des délégués aux intercommunalités au suffrage « quasi-direct » elle va être due à trois incidences : 1. la parité femme-homme est désormais imposée dans la composition des conseils des EPCI (Etablissements publics de coopération intercommunale (communautés de communes, communautés d’agglomération, communautés urbaines ou des métropoles) ; 2. le soir-même de l’élection municipale les électeurs sauront exactement qui siègera dans ces instances et quelle sera leurs « couleurs partisanes » ; 3. les délégués communautaires eux-mêmes disposeront d’une légitimité démocratique et électorale plus forte qu’auparavant ce qui leur permettra de parler plus fort et plus haut dans les échanges futurs avec les élus communaux et municipaux ne siégeant pas à l’intercommunalité. Mais leur légitimité sera encore, à mes yeux, limitée. Elle ne sera pleine et entière et les intercommunalités prendront alors tout leur poids que lorsque les élus dans ces institutions le seront directement, sur une liste intercommunale, sans être obligatoirement conseillers municipaux élus dans une commune composant l’intercommunalité. Et partir de là les communes au sens historique (celui d’enfants de la Révolution de 1789) seront vraiment en sursis…

On dit souvent que ne pas voter, c'est laisser les autres décider pour nous. Pourquoi ne doit-on pas perdre notre sens civique ?

J’ai déjà répondu à cette question. Dans la crise générale de la remise en cause des institutions qu’a fort bien étudié mon collègue bordelais François Dubet le vote apparaît souvent comme désuet voire pervers. L’opposition désormais récurrente entre « démocratie représentative » et « démocratie participative » le montre bien. Il ne m’appartient pas de dire pourquoi « on ne doit pas perdre notre sens civique ». Ce que je constate c’est que cette notion-même de « sens civique » n’est plus aisément définissable comme elle a pu l’être jadis, lorsque la « morale laïque et républicaine » proposait une série de « maximes » destinées à concurrencer le catéchisme de l’Eglise catholique, apostolique et romaine, pas très républicaine (dans les premières années de la IIIème République à tout le moins…). « Instruction civique », « sens civique », « devoir civique » : toutes ces expressions correspondaient à un corps de normes enjoignant le citoyen à assumer pleinement son rôle.

Mais elles s’inscrivent aussi dans une époque où en dehors du bulletin de vote, acte fondateur du statut de citoyen, celui-ci n’avait guère d’autres formes d’expression à sa disposition en dehors de la grève et de la manifestation qui était son corollaire (régulièrement considérées comme insurrectionnelles et trop souvent réprimées avec une extrême violence, l’histoire des luttes sociales et ouvrières en témoigne éloquemment). Aujourd’hui tout individu a pléthore de modes d’expression pour faire connaître son mécontentement. Sans parler du phénomène propre à la « démocratie d’opinion » ou « sondagière » qui délivre chaque semaine des « instantanés » de l’opinion, finissant comme autant de pixels sur une image numérique, par « faire sens » à défaut de « faire citoyenneté ». Donc s’il y avait une seule réponse à votre question, ce serait toujours la même en somme : « on n’a pas encore beaucoup fait mieux que le vote au suffrage universel pour recueillir l’avis des citoyens ». N’en déplaise aux chantres de la pseudo-démocratie par les réseaux sociaux qui considèrent ce moyen comme le nec plus ultra de l’expression citoyenne désormais, en prenant, tout simplement, des vessies pour des lanternes… 

Propos recueillis par Marie Deghetto

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