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2015, toutes ces fausses raisons avancées pour expliquer la montée des extrémismes
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2015, toutes ces fausses raisons avancées pour expliquer la montée des extrémismes

La montée des partis extrémistes a constitué l’événement politique majeur de 2015 dans de nombreux pays développés. Cette ascension a pris des formes différentes aux Etats-Unis, en Suisse, au Danemark et offre une grille d'analyse pour invalider les explications retenues - chômage, immigration, Union européenne - pour expliquer le niveau élevé du Front National en France .

Nicolas Bouzou

Nicolas Bouzou

Nicolas Bouzou est économiste et essayiste, fondateur du cabinet de conseil Asterès. Il a publié en septembre 2015 Le Grand Refoulement : stop à la démission démocratique, chez Plon. Il enseigne à l'Université de Paris II Assas et est le fondateur du Cercle de Bélem qui regroupe des intellectuels progressistes et libéraux européens

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La montée des partis extrémistes a constitué l’événement politique majeur de 2015 dans de nombreux pays développés. Selon les structures institutionnelles et les cultures, cette ascension a pris des formes différentes. Ainsi, c’est le succès de Donald Trump dans les sondages aux Etats-Unis, la progression, lors des élections législatives, de l’UDC, le parti de la droite populiste anti-immigration et anti-européen suisse (avec près de 30% des suffrages),  l’influence, au Danemark, du Parti Populaire Danois. Il est d’ailleurs difficile de ne pas voir, derrière le projet de loi récent qui veut obliger les réfugiés à vendre certains de leurs bijoux pour acquitter leurs frais de résidence, l’ombre inquiétante des nationalistes danois. Quelle rupture de tradition dans ce pays, le seul à être devenu « Juste parmi les Nations » en raison de son comportement collectivement courageux vis-à-vis des juifs pendant la seconde guerre mondiale! En France, ce sont évidemment les scores électoraux du Front National qui constituent l’évènement politique tristement majeur de 2015. 

J’ai choisi ces exemples à dessein. Ils prouvent que la plupart des explications retenues pour expliquer le niveau élevé du Front National en France ne tiennent pas. Ainsi, les électeurs du Front National rejetteraient l’Union Européenne. Mais alors comment expliquer le niveau de l’extrême-droite en Suisse ou aux Etats-Unis ? Ils s’opposeraient aux migrations de réfugiés. Même réponse : les Etats-Unis ou la Suisse ne subissent pas d’afflux, contrairement au Royaume-Uni ou aux pays d’Europe méditerranéenne. Les électeurs frontistes sanctionneraient l’absence de résultats des différents gouvernements français en matière de chômage. Pourtant, dans les trois autres pays cités, le chômage est bien plus faible qu’en France. L’extrême-droite s’accommode aussi du plein-emploi.

En réalité, ces idées ne font qu’effleurer la surface des choses. Pour comprendre ce qu’il advient, il est déjà nécessaire de nommer correctement l’idéologie de ces partis d’extrême-droite. Ils ne sont pas nécessairement racistes mais ils sont tous nationalistes : ils rejettent la mondialisation (l’Union Européenne en constituant éventuellement une incarnation), l’immigration et l’innovation (ainsi les biotechnologies ou l’intelligence artificielle sont présentés comme des risques absolus). Or, et c’est là le point central de l’argumentation, ce nationalisme trouve un large écho dans les opinions publiques des pays développés. En effet, les populations sentent plus ou moins confusément que cette immense vague de destruction-créatrice due à la conjonction de l’innovation, de l’immigration et de la mondialisation va bouleverser de fond en comble nos économies mais plus largement le fonctionnement de nos sociétés. Au passage, cette explication montre à quel point l’analogie avec les années 1930 est à côté de la plaque. De ce point de vue les extrêmes-droites ont un discours plus cohérent et leur aspect réactionnaire est mieux assumé que celui des extrêmes-gauches et c’est ce qui explique qu’elles reçoivent une audience beaucoup plus forte alors que leurs programmes économiques sont pratiquement, à quelques menues différences, quasiment les mêmes. Les seuls pays où l’extrême-droite est marginalisée sont ceux, notamment au sud de l’Europe, où le souvenir de la dictature est trop récent pour que les peuples jouent avec le feu.

Au fond, la balle est dans notre camp à nous, les modérés de centre-droit et de centre-gauche. Il serait temps que la sphère intellectuelle s’empare de ces changements pour en faire la pédagogie et expliquer à quelles conditions ils peuvent être un progrès pour l’ensemble de la société et non pas seulement pour les plus riches ou les mieux formés. C’est alors qu’un discours politique alternatif à celui de l’extrême-droite pourra émerger et éloigner le spectre du nationalisme au pouvoir, en France et ailleurs. 

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