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1/5e du fond des océans est désormais cartographié. Et voilà pourquoi ça nous est utile
©MARCEL MOCHET / AFP

Seabed 2030

1/5e du fond des océans est désormais cartographié. Et voilà pourquoi ça nous est utile

D'après les équipes de Seabed 2030, un projet qui vise à cartographier les fonds marins, un cinquième du plancher océanique est déjà cartographié. Ces étapes sont décisives pour la connaissance des fonds marins.

Walter R. Roest

Walter R. Roest

Walter R. Roest est chercheur à l'IFREMER. Ancien membre de la Commission des Limites du Plateau Continental, ONU. Unité de Recherche Géosciences Marines. Département Ressources physiques et Ecosystèmes de fond de Mer - REM. Ifremer.

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Atlantico.fr : Selon les équipes de Seabed 2030, un projet qui vise à cartographier les fonds marins, un cinquième du plancher océanique est aujourd’hui cartographié. Pourquoi est-ce si important ? 

Walter R. Roest :  Le plancher océanique, qui représente 70% de la surface de notre planète, est relativement peu connu. On estime qu’il y a 20 ans environ, seulement 5% de cette surface l'était. Mais cela ne veut pas toujours dire que la résolution convenait pour étudier correctement ce relief et l'ensemble des processus associés. Et c'est là où se trouve toute la subtilité de ce que l'on connaît des fonds marins. Il y a quelques années, il y a eu cette très bonne initiative ; Seabed 2030. Le but principal est d'améliorer la connaissance de la topographie des fonds marins, ce qu'on appelle la bathymétrie, ou le relief sous-marin. Et l'idée était de tout d’abord recenser toutes les données qui existent parce une partie est restée dans les placards des scientifiques qui ne les ont pas diffusés à l'époque ou dans les archives de l’industrie. 

Il y a donc plusieurs objectifs au travers de Seabed 2030. À commencer par le fait de réunir toutes données qui existent, qui sont de bonnes qualités et qui ont été acquises avec des moyens modernes acoustiques à partir de navires, afin d'améliorer notre connaissance des fonds marins. 

Deuxièmement, l’initiative essaie de promouvoir un effort afin d'acquérir de plus en plus de données chaque fois que cela est possible. Par exemple, certains navires scientifiques traversent un océan simplement pour aller vers une autre zone d'étude, et pendant ce transit, les données ne sont pas toujours acquises. On pourrait dévier ces transits pour couvrir des zones où on n'a pas de données et on pourrait acquérir des données manquantes de cette façon.

Et enfin, je dirais qu'avec l'évolution de la technologie, il faudrait imaginer des types de drones ou des engins autonomes, afin multiplier les moyens d’acquisition de données. 

À partir de l'espace, on ne peut pas faire une carte de topographie des fonds marins, c'est impossible. Donc, il faut y aller avec des mesures acoustiques. Et ça se fait forcement par un engin qui se trouve dans l'eau, sur un bateau ou en autonomie.  

Ainsi, l'objectif est, avec le programme de Seabed 2030, d’essayer d'obtenir une cartographie « acceptable » avec une résolution adaptée, qui pourra varier en fonction de la profondeur et les secteurs. 

Pourquoi est-il indispensable aujourd'hui d'avoir de très bonnes cartes des fonds marins ? 

Il est très important que ces données et ces cartes soient disponibles pour tout le monde et pour tous les usagers. Les scientifiques comme moi en ont besoin pour étudier la façon dont les fonds marins se forment, comment la tectonique des plaques fonctionne et pour étudier aussi des risques naturels associés à des failles actives, associées aux tremblements de terre, et des tsunamis qui peuvent en résulter.

Aujourd'hui, on s'en rend compte du rôle important de l'océan. On dit toujours qu'il y en a trois, en réalité, il n'y en qu'un seul océan. C'est une seule masse d'eau avec des courants à différents niveaux, des grands courants très profonds et des courants plutôt au milieu de la masse d'eau ainsi que des courants de surface. Ces courants sont influencés par la forme des fonds marins, donc par la bathymétrie, et ces courants jouent un rôle extrêmement important dans l'évolution du climat.

Si on veut étudier le climat, l'interaction entre l'atmosphère et l'océan, il faut donc également bien connaître les fonds marins.

La deuxième question, qui est plutôt dans mon domaine d'expertise, la géodynamique...Concernant la tectonique des plaques, comment cela fonctionne, comment les différentes plaques tectoniques bougent et sont liées à des failles actives... D'autant plus que tous les modèles de tsunami ont besoin de connaissances du relief sous-marin relativement précises. 

Enfin, il y a la question de ressources. Si on parle de ressources, on parle beaucoup de pétrole, de gaz et aussi des ressources minérales. Mais il faut aussi penser aux énergies marines renouvelables, implémentations éolien en mer ou d'autres engins qui récupèrent par exemple l'énergie des vagues ou les énergies des courants pour en faire de l'électricité. Tous ces systèmes là aussi ont besoin d’une cartographie précise et là, on est proche des côtes et on a besoin d’une précision qui est beaucoup plus élevée, presque métrique des reliefs des fonds marins. 

À combien de temps estimez-vous la cartographie de l'ensemble du plancher marin ? 

Seabed 2030 l'estime à 10 ans le temps nécessaire pour finaliser la carte! Mais dans ces 10 ans, il y a une variabilité de résolution qui est admis. À l'Ifremer, où je travaille, nous avions estimé avec un de mes collègues il y a quelques années qu'il nous faudrait deux cents ans de navire en continu avec des équipements modernes pour cartographier l'ensemble des océans. 

Je pense en tout cas que Seabed 2030 est une excellente initiative.  Mais pour moi, ce ne sera pas la carte définitive parce qu'on va toujours trouver, pour une raison ou une autre, qu'à tel ou tel endroit, ce que l'on avait accepté comme suffisant en 2020, n'est pas aussi bon que ce qu'on le souhaitait.  Par exemple, vous l'avez peut-être lu dans la presse : une équipe de l'Ifremer, de BRGM, d'IPG Paris ont trouvé un volcan qui est en train de naître au large de Mayotte. Ce volcan-là, il est à environs 3000 m de profondeurs et a plusieurs centaines de mètres d’hauteur, c'est quand même un événement assez important, associé aux tremblements de terre qui sont ressentis beaucoup sur l'île et qui inquiètent la population. La bonne résolution et la précision de la mesure ont été très importantes pour cette découverte. 

Bref, cartographier les fonds des océans prendra du temps, mais Seabed 2030 permettra aussi, peut-être, de développer des drones qui coûtent probablement chers, mais qui pourront tourner 24 heures sur 24 pendant six mois par an ! Il faut donc être optimiste. Petit à petit, nous allons trouver d’autres solutions pour acquérir les données. En impliquant aussi de navires d’opportunité, de plaisance par exemple, ou de croisière.

copyright Ifremer/EXTRAPLAC

Vue en 3D du relief des fonds marins dans la région des lles Kerguelen dans l'océan indien. Les couleurs vives montrent les parties ou nous avons une cartographie moderne. Dans les zones en bleu foncé, nous n'avons pas encore ce détail par manque de données.

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