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"Pissaro à Erigny – La nature retrouvée" : un peintre bucolique, nourri d'anarchisme
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"Pissaro à Erigny – La nature retrouvée" : un peintre bucolique, nourri d'anarchisme

Catherine Stucki pour Culture-Tops

Catherine Stucki pour Culture-Tops

Catherine Stucki est chroniqueuse pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).
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EXPOSITION

Pissaro à Erigny – La nature retrouvée

INFORMATIONS
Musée du Luxembourg
Tous les jours 10h30-18h; jusqu’à 19h les vendredi, samedi et dimanche.
Tarifs : entrée 12€, tarif réduit 8,50€, gratuit -16 ans.
Jusqu'au 9 juillet
Adresse : 19 rue de Vaugirard
75006 Paris 6e  - Métro : Saint-Sulpice (4)
RECOMMANDATION
EXCELLENT
THEME
Aux côtés d’archives familiales, une centaine de tableaux, dessins et gravures, aussi spectaculaires que peu connus, créés à Éragny-sur-Epte entre 1884 et 1903 et provenant des plus grandes collections muséales et particulières du monde entier, illustrent la période la moins étudiée de la carrière de Camille Pissaro. 
Pissaro s’installe dans le village d’Eragny en 1884, dans une belle maison dont il devient propriétaire grâce à un prêt octroyé par Claude Monet,  et où il reste toute sa vie. 
Au cœur d’un véritable bouillonnement artistique et intellectuel, Pissarro met en œuvre ses convictions politiques dans sa peinture comme dans son mode de vie.

POINTS FORTS
- A la découverte d’une période méconnue de la carrière du peintre: on y voit une peinture presque utopique, idéalisant la douce vie champêtre, en opposition presque violente avec la vie à la ville qu’il rejette violemment. 
A Eragny, ce qui prime chez lui c’est la vie des gens, le paradis quotidien où il fait bon vivre, travailler. Il peint des paysannes absorbées par leur labeur, aux couleurs chaudes, éblouissantes, ainsi que son jardin et son environnement quotidien.
- L’esthétique des œuvres d’Éragny prend tout son sens si elle est analysée sous l’angle politique. Camille Pissarro était un fervent anarchiste. L’exposition rassemble des témoignages de cet engagement, montrant en particulier son étonnant recueil intitulé Turpitudes sociales où il se fait l’héritier de Daumier, mais aussi les journaux anarchistes auxquels il a fourni des illustrations.
Ces idées se traduisent dans sa peinture. Tandis que Monet transforme Giverny en un véritable Eden florissant, Pissarro, avec l’aide de son épouse Julie, entretient son terrain comme une exploitation agricole, produisant des fruits et légumes et même des céréales.
La famille Pissarro a pu se nourrir des fruits de ses travaux agraires, mettant en pratique un modèle collectif. Pour eux, le paysage symbolisait à la fois la vie et la beauté, quelques parterres de fleurs poussant dans les sections du jardin les plus proches de la grande demeure. 
Cette collaboration artistique et familiale se traduit notamment par la création, avec son fils Lucien, de la Eragny Press, une petite maison d’édition familiale initiée à Éragny, puis déplacée à Londres, qui rehausse d’illustrations et de reliures d’art les grands textes favoris de la famille.
Nous découvrons un Pissarro passionné par l’idée du travail collectif; on le ressent dans ses œuvres magnifiques et délicates où, le plus souvent, ce sont des femmes qui sont mises en scène. Des femmes qui ont l’air heureuses de travailler dans les champs…
La plupart de ces toiles sont dans des collections privées, inaccessibles: nous les découvrons ici avec émotion.

POINTS FAIBLES
On peut déplorer l'étroitesse des lieux (peu de recul, surtout en cas d'affluence attendue) et aussi regretter le nombre limité d'oeuvres exposées; mais elles sont de très grande qualité.

EN DEUX MOTS
Une exposition qui donne envie de vivre à la campagne et de cultiver son jardin !
LE PEINTRE
Camille Pissaro (1830-1903), né dans une ile des Antilles alors danoise,  est un peintre dont la cote artistique a connu des hauts et des bas. 
Pissaro s'installe définitivement en France à l'âge de 25 ans après avoir voyagé, histoire de rompre avec "la vie familiale bourgeoise", et rencontre nombre d'artistes avec qui il étudie: Corot, Delacroix, Ingres, etc...mais rejette l'académisme ambiant, préférant les oeuvres de Millet , Daubigny ou Courbet.
Admiré comme chef de file par les impressionnistes dont il a été l'inspirateur, le grand frère plutôt que le premier d'entre eux, notamment par Monet qui fut son plus proche ami, il a été quelque peu délaissé par la suite, considéré comme un simple peintre rural, puis à nouveau reconnu comme l'initiateur de ce mouvement, influençant également Gauguin ou Cézanne.
Il connaît un succès de curiosité, car il est le premier à supprimer le noir et l'ocre de sa palette et surtout évolue vers une peinture claire, lumineuse, colorée, si propre aux impressionnistes, d'autant qu'il aime travailler dehors, avec des sujets champêtres et des personnages anonymes tout en jouant sur les lumières, le soleil, les ombres, le brouillard.
Bref, c'est un peintre complet.  
L'artiste a laissé une oeuvre particulièrement abondante, plus de 1.500 tableaux, des milliers de gouaches, pastels, dessins et gravures. 
Il a également laissé une correspondance éditée en cinq gros volumes. Ou l'on apprend qu'il est anarchiste,  qu'il doit s'exiler en Belgique et que de retour en France, il soutient le capitaine Dreyfus. 
Ses cinq fils, sous son autorité, seront également peintres professionnels.

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