"Le progrès, c'est la société civile" : la révolution culturelle dont a besoin la France | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
France
"N'importe quel citoyen peut avoir un rôle à jouer, même mineur."
"N'importe quel citoyen peut avoir un rôle à jouer, même mineur."
©Reuters

Action citoyenne

"Le progrès, c'est la société civile" : la révolution culturelle dont a besoin la France

Et si l'action citoyenne sous toutes ses formes était la véritable réponse à la crise plutôt que l'action politique ? C'est ce qu'entend démontrer Dominique Reynié, directeur de la Fondapol, qui organise ce samedi pendant 24 heures l'événement "Le Progrès, c'est nous !" destiné à mettre en avant des actions de la société civile.

Dominique Reynié

Dominique Reynié

Dominique Reynié est professeur des Universités en science politique à l’Institut d’études politiques de Paris et directeur général de la Fondation pour l'innovation politique (Fondapol).

Il est l'auteur de nombreux ouvrages dont Populismes : la pente fatale (Plon, 2011).

Voir la bio »

Atlantico : Samedi a lieu pendant 24 heures, à la Maison de la Mutualité à Paris, le rassemblement "Le Progrès c'est nous !" (voir ici le direct). Ce rassemblement, organisé par la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol) que vous dirigez depuis 2008, a pour objectif de promouvoir l'action de la société civile. Pourquoi pensez-vous que la régénération de la France passe obligatoirement par l'action des citoyens ?

Dominique Reynié : Nous n'avons eu de cesse, au fil des années, de concevoir l'émancipation, le progrès ou le déploiement de notre nation uniquement à partir de l'État. On aurait donc un État centralisé d'où partirait l'action pour aller vers l'ensemble du corps social, dans un mouvement descendant qui relève d'une époque révolue.

La crise actuelle manifeste avec éclat les limites de l'appareil d'État qui est débordé.  

Par opposition, face à ces difficultés de la puissance publique, difficultés de comprendre ce qui se passe, nous avons une société civile plus puissante que jamais, davantage porteuse de solution, créatrice, notamment en raison de transformations liées en partie à la révolution numérique.

A quels citoyens faites-vous référence ? Est-ce que tous les citoyens ont le même rôle à jouer, la même importance, le même impact, dans l'évolution du pays, dans sa régénération ?

Ce sont les citoyens qui œuvrent pour le bien public sans pour autant être élu. N'importe quel citoyen peut avoir un rôle à jouer, même mineur. C'est ce qui va ressortir de l'événement "Le Progrès c'est nous !" Il y aura 170 interventions, mais il pourrait y en avoir 170.000 ! Nous avons aujourd'hui une inventivité, une multiplicité de créations, des entreprises, des associations, des initiatives, toutes sortes d'actions individuelles ou collectives qui donnent des résultats impressionnants pour une société comme la nôtre.

Cela passe par différents canaux. Par exemple, en ouverture de l'événement, nous avons un groupe de hip-hop, 1er Avertissement. Cela fait partie des formes de création de richesses matérielles et immatérielles. Ensuite, on aura une présentation par deux personnes de l'association Loisirs Pluriel spécialisée dans l'organisation de vacances pour les enfants handicapés.

Ces deux créations sont l'expression d'une puissance, comme peut l'être le cofondateur du site de crownfunding Kisskissbankbank ou l'écrivain Alexandre Jardin…  Ils ont tous en commun de démontrer que la société civile est pleine d'initiatives et qu'elle contraste, par son dynamisme, aux difficultés de l'Etat.

Paradoxalement, la société actuelle paraît de plus en plus individualiste. Qu'est-ce qui peut aujourd'hui motiver les citoyens à s'engager ?

L'individualisme en France est cultivé par l'État. C'est l'État qui, depuis la Révolution française, a expliqué aux Français qu'ils ne devaient avoir besoin que d'eux, qu'il n'y avait pas besoin de corporation ou de corps intermédiaires. Cet individualisme n'est que le reflet de l'ambition et de la prétention de la puissance publique à vouloir diriger la vie des gens.

Il n'y a pas d'individualisme au sein des citoyens. Certaines personnes ont un problème avec l'idée de profit ou de richesse. Mais la recherche du profit, c'est la recherche des conditions de poursuite de son activité. C'est ça qui motive l'entrepreneur : l'idée de contribuer à l'existence collective, parce qu'on rend un service qui n'était pas rendu ou parce qu'on le rend plus vite ou moins cher.

Pourquoi les politiques ne seraient pas capables de procéder à cette régénération ?

J'espère qu'ils vont opérer cette révolution culturelle. Plutôt que de dire : "Voilà ce que je peux faire", ils devraient s'interroger sur ce qu'ils ne peuvent pas faire. Ils raisonnent en affirmant aux gens : "Vous avez besoin de mon action". Mais on a également besoin de leur inaction, notamment au niveau réglementaire ou fiscal. Je ne veux pas parler des mouvements actuels mais c'est assez significatif. Les gens disent : "Laissez-moi faire, faites-moi confiance, rendez-moi du profit, encouragez-moi et n'imaginez pas réparer les problèmes dont vous êtes responsables".

On vous sait proche de l'UMP. Ce constat d'échec du politique est-il inhérent à la gauche au pouvoir ou l'attribuez-vous à la manière dont est appliquée la politique depuis des décennies ?

C'est la politique qui est menée depuis 30 ans qui est responsable, ce "social-étatisme", la façon de ne pas savoir penser la politique autrement que par une intervention financière et fiscale. C'est comme si les gouvernés étaient moins compétents que les gouvernants, comme si le peuple attendait l'élection présidentielle pour connaître son destin. C'est l'une des raisons profondes de l'incompréhension entre l'État et la société civile.

Cette approche du changement par l'action citoyenne plutôt que l'action politique n'est-elle pas populiste ?

Non, au contraire. Regardez les programmes des partis populistes.  Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon développent chacun une vision autoritaire de l'État, avec une restauration de la dépense publique, une reprise en main de la société, etc. C'est tout à fait le contraire que je défends.

Propos recueillis par Sylvain Chazot

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !