"Le fils de l'homme" de Jean-Baptiste Del Amo : et la rage des pères revivra chez les fils à chaque génération. Un roman dur, impitoyable, atypique, rare, hors de l’ordinaire. Prix 2021 du roman FNAC | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Culture
"Le fils de l'homme" de Jean-Baptiste Del Amo a été publié aux éditions Gallimard, Ecoutez-lire.
"Le fils de l'homme" de Jean-Baptiste Del Amo a été publié aux éditions Gallimard, Ecoutez-lire.
©

Atlanti Culture

"Le fils de l'homme" de Jean-Baptiste Del Amo : et la rage des pères revivra chez les fils à chaque génération. Un roman dur, impitoyable, atypique, rare, hors de l’ordinaire. Prix 2021 du roman FNAC

"Le fils de l'homme" de Jean-Baptiste Del Amo a été publié aux éditions Gallimard, Ecoutez-lire.

Robert Haehnel pour Culture-Tops

Robert Haehnel pour Culture-Tops

Robert Haenhel est chroniqueur pour Culture-Tops. Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).

Voir la bio »

 "Le fils de l'homme" de Jean-Baptiste Del Amo

Version audio réalisée par : Ecoutez lire
Texte lu par : Mathurin Voltz
Parution : 19 août 2021 conjointement en toutes éditions (GALLIMARD)
Broché : 240 pages, 19 euros ; e-book : 13, 90 euros ; lu : 21, 90 euros, 7 heures 30, 1CD MP3

Notre recommandation : EXCELLENT

THÈME

Archétypal. Mythologique. C’est ainsi que l’on peut essayer de définir le nouveau roman de Jean-Baptiste Del Amo qui constitue une œuvre tellement différente dans l’offre littéraire du moment. Les personnages ne sont pas identifiés, ils n’ont pas de nom, ni même de prénom, ils sont simplement le Père, le Fils et la Mère. La violence, comme l’annonce la citation de Sénèque qui ouvre l’ouvrage « Et la rage des pères revivra chez les fils à chaque génération », nous annonce ce qui sera le moteur de la dramaturgie impitoyable du livre. Le prologue « préhistorique » qui met en scène un groupe d’humains parti vers l’Ouest, et obéissant à un rite initiatique, le père qui oint le front du fils du sang du chevreuil qu’il a abattu, confère dès l’abord une dimension symbolique à l’histoire.

Trois personnes dans un break, le Père, la Mère et le Fils. Ils quittent la ville dans laquelle il ne se passait jamais rien, ainsi que la petite maison du quartier ouvrier, si calme, où vivaient la Mère et le Fils. Un jour, après six ans d’absence et de silence, le Père est revenu. Il les convainc de le suivre dans la montagne afin de commencer une vie nouvelle. Dans la nuit, ils ne savent pas que ce voyage les éloigne définitivement des villes et des hommes. C’est à pied qu’ils finiront le voyage. « Les Roches »  leur destination est une ancienne bergerie sommairement aménagée, située dans une nature majestueuse et inquiétante au cœur d’une montagne abandonnée des hommes. Mais cette nature qui prend de plus en plus de place dans le récit, ne sera pas le cadre de la rédemption promise. Ce huis clos va insidieusement devenir un cauchemar insupportable et sans fin.

La Mère est enceinte, ce que le Père aura de plus en plus de mal à accepter. Simultanément, obsessionnellement, il revit les années de violence et de désespoir que lui fit supporter, dans cette maison, son propre père qui y connut une mort absolument pathétique. Peu à peu la folie le gagne, il empêche la Mère malade et prête à accoucher, de quitter « Les Roches ». Une fois encore se réitérera la transmission de cette violence qui lie le Père et le Fils depuis des temps immémoriaux. La montée de la folie ressemble dans sa construction imparable à un thriller, mais il n’en n’est rien, car par la puissance de l’inspiration, la force impitoyable du style, nous sommes transportés au sein d’une tragédie antique que rien ne peut arrêter.

Le Fils de l’homme est un roman qui légitimement mérite d’être qualifié d’extraordinaire …

POINTS FORTS

Un livre atypique, porté par un style à la fois minutieux et puissant formidablement évocateur.

Ce qui aurait pu être relaté comme un fait divers particulièrement sordide, devient une épopée des temps mythologiques.

QUELQUES RÉSERVES

Un livre « dur », un récit impitoyable où tout est décrit de manière plus que réaliste, un monde sans espoir, dans lequel personne ne pourra échapper à son destin : ce qui rend ce livre si particulier et surprenant peut rebuter quelques lecteurs.

ENCORE UN MOT...

Un livre rare, qui revisite avec un talent extrême la violence mimétique : « Ces Choses cachées depuis la fondation du monde » (R. Girard).

L'AUTEUR

En 2006, Jean Baptiste Del Amoreçoit le Prix du jeune écrivain de langue française pour sa nouvelle Ne rien faire.

En 2008, son premier roman, Une éducation libertine, paraît chez Gallimard. Il est favorablement accueilli par la critique et reçoit le Prix Laurent-Bonelli Virgin-Lire. Finaliste du Goncourt des Lycéens, il fait également partie de la dernière sélection du prix Goncourt 2008. En mars 2009, il se voit finalement attribuer le Prix Goncourt du premier roman. Le 25 juin 2009, c'est au tour de l'Académie française de lui décerner la médaille d'argent du prix François Mauriac. Il est également récompensé par le prix Fénéon des Universités de Paris.

En 2016 paraît son quatrième roman, Règne animal qui retrace du début à la fin du XX° siècle, l’histoire d’une exploitation familiale vouée à devenir un élevage industriel et qui reçoit, en juin 2017, le prix du Livre Inter.

Les thèmes récurrents de l’œuvre de Jean-Baptiste Del Amo incluent la quête identitaire, le corps, la mort et la sexualité. Ses romans ont été traduits dans de nombreux pays dont l'Italie, l'Espagne, le Royaume-Uni, les États-Unis, l'Australie, mais aussi la Roumanie, la Russie, la Slovénie, la République Tchèque. Il est très engagé dans la cause animale (L214).

À l’heure, où je termine cette chronique, j’apprends que Le Fils de l’Homme vient de se voir attribuer le Prix 2021 du roman FNAC.

LE LECTEUR :

Après le cours Florent et le Conservatoire National d’Art Dramatique de Paris, Mathurin Voltz entame une carrière au théâtre, au cinéma et à la télévision, il tourne dans plusieurs séries et courts-métrages. On a pu le voir sous la direction de Daniel Mesguich et Christophe Honoré au théâtre et Tony Gatlif, Philippe Garrel pour le cinéma.

Mathurin Voltz prête régulièrement sa voix pour les livres-audio Gallimard, ainsi qu'à la radio.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !