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Le solaire et l’éolien ont représenté 10% de la production d’électricité mondiale en 2021.
Le solaire et l’éolien ont représenté 10% de la production d’électricité mondiale en 2021.
©STR / AFP

Atlantico Green

Transition énergétique : pour la 1ere fois, le solaire et l’éolien ont représenté 10% de la production d’électricité mondiale en 2021

Pour autant, les limites de ces énergies renouvelables ne sont pas prêtes de disparaître.

Philippe Charlez

Philippe Charlez

Philippe Charlez est ingénieur des Mines de l'École Polytechnique de Mons (Belgique) et Docteur en Physique de l'Institut de Physique du Globe de Paris.

Expert internationalement reconnu en énergie, Charlez est l'auteur de plusieurs ouvrages sur la transition énergétique dont « Croissance, énergie, climat. Dépasser la quadrature du cercle » paru en Octobre 2017 aux Editions De Boek supérieur et « L’utopie de la croissance verte. Les lois de la thermodynamique sociale » paru en octobre 2021 aux Editions JM Laffont.

Philippe Charlez enseigne à Science Po, Dauphine, l’INSEAD, Mines Paris Tech, l’ISSEP et le Centre International de Formation Européenne. Il est éditorialiste régulier pour Valeurs Actuelles, Contrepoints, Atlantico, Causeur et Opinion Internationale.

Il est l’expert en Questions Energétiques de l’Institut Sapiens.

Pour plus d'informations sur l’auteur consultez www.philippecharlez.com et https://www.youtube.com/energychallenge  

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Atlantico : Selon le groupe de réflexion Ember, l’énergie éolienne et solaire a généré en 2021 10 % de l'électricité mondiale. 50 pays tirent plus d'un dixième de leur électricité de cette manière. Comment expliquer cette croissance ? Devrait-elle continuer au niveau mondial ?

Philippe Charlez : La production d’éolien et de solaire s’est effectivement accrue de façon spectaculaire au cours des dix dernières années pour atteindre en 2020 10% de la production électrique mondiale. Cette croissance fait suite à des investissements considérables. Depuis le début du siècle, ils ont atteint en cumulé 5000 milliards de dollars. Pour la première fois en 2021, les investissements[1] dans les énergies renouvelables (360 milliards de dollars) ont dépassé ceux dédiés au pétrole et au gaz (326 milliards de dollars). Cette croissance est toutefois concentrée sur trois régions du monde : l’Europe (19,5%), les Etats-Unis (11%) et la Chine (9%) représentent en effet 70% de l’électricité verte produite[2]. Il faut toutefois relativiser ces chiffres car l’électricité ne représente au niveau mondial que 30% de l’énergie finale. Autrement dit, le soleil et le vent n’ont finalement contribué que pour 3% de la production d’énergie finale. En France et sur une base annuelle, l’éolien terrestre produit en moyenne de l’électricité seulement 22% du temps, l’éolien marin 35% et le solaire 12%. On appelle ce pourcentage « facteur de charge ». Pour accroître la production d’électricité renouvelable, il faut donc multiplier la mise en œuvre d’éoliennes et de panneaux solaires. Il faut aussi bien intégrer que le facteur de charge dépend surtout de la nature et très peu de la technologie. Aussi, l’effet d’échelle devient-il rapidement rédhibitoire. Ainsi (toujours en base annuelle) pour produire l’équivalent des 56 réacteurs nucléaires français, il faudrait construire 120 000 éoliennes terrestres de 2MW.

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De surcroît, il est toujours dangereux de parler d'énergies renouvelables sur base de chiffres annuels car leur production est fortement hétérogène au cours de l’année : un phénomène communément appelé « intermittences ». Ces dernières ne permettent presque jamais d’accommoder offre et demande. Ainsi, le solaire produit toujours en opposition de phase par rapport à la demande : beaucoup de soleil le midi quand la demande est faible et pas de soleil en début de matinée et en soirée quand la demande est forte, beaucoup de soleil en été quand la demande est plutôt faible et peu en hiver quand la demande est forte. De même, il y a peu, voire pas, de vent en hiver lors d’épisodes anticycloniques polaires alors que les demandes de chauffage et d’électricité sont très élevées.

Tous ces chiffres démontrent sans ambiguïté la chimère d’une société 100% renouvelable que de nombreux hommes politiques comme Yannick Jadot, Jean-Luc Mélenchon ou Anne Hidalgo appellent pourtant de leurs vœux. On sait que derrière un 100% renouvelable se profilerait une société de précarité énergétique synonyme de décroissance économique.

Toutefois, la part des renouvelables devrait s’accroître au cours des prochaines années. Une cible raisonnable serait de 30% d’électricité renouvelable intermittente (au-delà et en dehors des intermittences, leur utilisation pose des problèmes d’instabilité dans le réseau). La croissance viendra surtout du solaire et de l’éolien en mer notamment en Europe où l’éolien terrestre pose de nombreux problèmes d’acceptabilité sociétale. Dans son discours de Belfort, Emmanuel Macron prévoit de mettre en œuvre à l’horizon 2050 près de 150 GW de renouvelables intermittents soit 5 fois la capacité actuelle. 

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Malgré tout, ces sources d’énergies ne sont pas parfaites. Quelles sont leurs limites ? Cette progression est-elle le signe que certaines limites peuvent être dépassées ?

Créer de la richesse requiert de disposer d’énergie (1) quand on veut (2) où on veut et (3) combien on veut. Les énergies renouvelables ne cochant aucune de ces trois conditions, seules, elles ne peuvent conduire qu’à la pauvreté absolue, celle que nous promet le climato-gauchisme de Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon. Pour contribuer à la croissance économique, les renouvelables ont donc besoin d’une source d’électricité pilotable pour compenser à la fois les intermittences, la dilution de l’énergie dans l’atmosphère et les faibles facteurs de charge. Sauf à accepter des périodes de black-out électrique notamment en hiver, ce back-up doit être de 100%. Cet « ami pilotable » peut-être le charbon, le gaz ou le nucléaire.

Il n’est donc pas surprenant que la stratégie européenne (et notamment allemande) consistant à accroître les renouvelables tout en sortant du nucléaire ait mécaniquement provoqué un accroissement significatif de la consommation de gaz naturel. L’analyse rétrospective des données depuis une dizaine d’années démontre de façon très claire la forte corrélation entre croissance des énergies renouvelables et augmentation de la consommation gazière en Europe. La situation actuelle de dépendance de l’Europe vis-à-vis du gaz russe porte donc principalement ses germes dans les choix énergétiques effectués par les Européens. Inverser cette situation à court terme ne pourra se faire qu’en réduisant de façon draconienne la consommation de gaz ou en substituant le gaz par du charbon. Voilà donc l’invraisemblable absurdité vers laquelle nous a conduit l’écologie politique. En promouvant les renouvelables tout en condamnant pour des raisons politiques et morales[3] le nucléaire, nous allons accroître notre consommation de charbon, le pire des combustibles vis-à-vis du réchauffement climatique. En 2021, l'électricité produite à partir du charbon a augmenté de 9 % soit le taux le plus élevé depuis 1985.

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Si ces taux restent stables, la volonté de maintenir l'augmentation de la température mondiale en dessous de 1,5 °C au cours du siècle est-elle toujours possible ?

L’énergie est par essence le domaine du « temps long ». Les tendances actuelles sont le résultat de décisions idéologiques prises au cours des 20 dernières années souvent au nom de magouilles politiques peu glorieuses. L’arrêt de Superphénix, de Fessenheim et d’ASTRIDE, l’Energiewende allemand ou encore la sortie du nucléaire belge en 2025 résultent tous de la même démarche électoraliste. Mais, il est maintenant trop tard. Si les 5000 milliards de dollars investis depuis vingt ans dans l’éolien et le solaire l’avaient été dans le nucléaire, la moitié de l’électricité mondiale serait aujourd’hui décarbonée. Inverser la tendance (i.e. de remplacer le couple gaz/renouvelables voire charbon/renouvelables par le couple nucléaire/renouvelables) prendra au minimum 15 ans. L’année « horribilis » 2021 (+1,5 milliard de tonnes d’émissions supplémentaires soit près de 5%) en atteste : au cours des 15 prochaines années, les émissions de gaz à effet de serre continueront de s’accroître à un rythme soutenu. L’Europe est aujourd’hui devant un dilemme climato moral : refuser le gaz russe au nom de la bonne morale et oublier le climat ou au contraire oublier la bonne morale et accepter le gaz russe au nom du climat. Quoi qu’il en soit, l’objectif des 1,5°C déjà presque impossible lors de la COP21 de 2015 est aujourd’hui inatteignable. Comme les promesses électorales de Jacques Chirac, les 1,5°C n’engagent plus aujourd’hui que ceux qui y croient. Vis-à-vis des générations à venir, l’écologie politique portera une responsabilité climatique écrasante.


[1] Source des données – Agence Internationale de l’Energie

[2] Source des données – BP Statistical Review 2022

[3] Yannick Jadot. Discours de Lyon 29/01/2022

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