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Après les attaques du 13 novembre, la question de la sécurité et de la lutte contre le terrorisme apparaissait comme première réponse, passée de 18% quelques jours avant les attentats à 39% après coup.
Après les attaques du 13 novembre, la question de la sécurité et de la lutte contre le terrorisme apparaissait comme première réponse, passée de 18% quelques jours avant les attentats à 39% après coup.
©GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

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Sondage exclusif sur les priorités des Français : la lutte contre le chômage reprend le pas sur la sécurité et l'anti-terrorisme (et bien d'autres leçons pour les candidats 2017…)

Quatre mois après l'attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray, les Français accordent moins d'importance à la lutte contre le terrorisme. Pour autant, la question sécuritaire reste très prégnante dans leurs esprits et concurrence la question socio-économique.

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’Ifop.

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Atlantico : Quels sont les principaux enseignements de ce sondage ?

Jérôme Fourquet : On constate que si la question de la lutte contre le terrorisme demeure une préoccupation très forte de nos concitoyens, elle a significativement reflué, en termes d'intensité et de hiérarchie des priorités. Elle fait de nouveau jeu égal avec la question de la lutte contre le chômage. L'historique des données, dont la dernière mesure date de quelques jours après les attentats de Nice et de Saint-Etienne du Rouvray, est clair. On constatait alors une montée crescendo de la polarisation de l'opinion publique et de sa focalisation sur la question de la lutte contre le terrorisme. Après les attaques du 13 novembre, la question de la sécurité et de la lutte contre le terrorisme apparaissait comme première réponse, passée de 18% quelques jours avant les attentats à 39% après coup. En moins d'un mois, cette préoccupation a doublé. Les attentats de Bruxelles survenant ensuite, la pole-position de la lutte contre le terrorisme dans les attentes des Français n'a pas été démentie. Elle s'est même amplifiée. Après Nice, six Français sur dix faisaient de la lutte contre le terrorisme la priorité des priorités. Dans le même temps, la lutte contre le chômage, l'amélioration du pouvoir d'achat et la préservation du modèle social français étaient autant de préoccupations en reflux.


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L'analyse de ces chiffres s'est évidemment faite à chaud. Cependant, les précédentes mesures traduisaient une dynamique et un mouvement de fond réel. Tout se passe comme si l'accalmie dont la société française a pu bénéficier depuis lors - du fait de l'absence d'attentat en quatre mois - permettait un regain des autres attentes. On remarque néanmoins que l'impact du contexte terroriste dans l'opinion est fort : un attentat déjoué ou une cellule démantelée fait remonter l'inquiétude et la sensibilité des Français. Pour autant, en termes de hiérarchie dans les priorités, on constate une certaine décélération de la concentration de l'attention sur la question sécuritaire. Cela se fait au profit des enjeux économiques et sociaux. À mon sens, cela s'explique par le rythme des attentats, la distance qui nous sépare de la dernière date d'attaque datant de fin juillet, mais également par le début de la campagne présidentielle – nécessairement amorcé par la campagne des primaires de la droite. Cette campagne a été l'occasion de discuter abondamment des propositions économiques et sociales. Elle a mis en avant celles du vainqueur, François Fillon, tout particulièrement sur la protection sociale ou sur la surpression de 500.000 postes dans la fonction publique. Ces deux dimensions (lancement de la campagne présidentielle, d'une part, et relative accalmie sur le front du terrorisme) semblent contribuer au retour à une situation plus classique, qui replacerait les questions économiques et sociales au cœur des préoccupations des Français.

Pour autant, nous sommes dans une période de transition. On voit bien que la lutte contre le terrorisme continue de faire jeu égal avec celle contre le chômage. Le fait qu'un item sécuritaire puisse concurrencer la lutte contre le chômage sur la durée constitue d'ores et déjà un précédent historique. Rappelons-le, il y a quatre mois encore, le chômage était très loin derrière le terrorisme. Difficile de ne pas voir les plaques bouger en fonction de l'actualité politique, certes, mais également sécuritaire.

À quel point cet équilibre entre lutte contre le chômage et lutte contre le terrorisme est-il fragile ? Peut-on penser qu'il est encore susceptible de bouger ?

Cet équilibre est, effectivement, profondément instable. Les différentes mesures et baromètres en témoignent clairement : quand on regarde ce qui s'est passé entre les 6-7 novembre 2015 et les 1-3 décembre de la même année (soit moins d'un mois d'écart entre les deux mesures), la lutte contre le terrorisme et la sécurité gagnent 20 points. La lutte contre le chômage en perd 10.

Bien évidemment, l'attaque du 13 novembre était d'une grosse ampleur et il n'est pas dit qu'un plus petit attentat aurait produit les mêmes effets. En outre, il y a un effet cumulatif sur le baromètre de la menace terroriste. Il suffit qu'un groupe soit démantelé en province ou que l'on retrouve une voiture piégée avec des bonbonnes de gaz dans le périmètre de Notre-Dame de Paris pour que, immédiatement, l'inquiétude reparte en flèche. Nous sommes peut-être en train de revenir à une balance plus traditionnelle, certes, mais pour l'heure tout cela reste très précaire et intimement indexé à l'actualité. Encore une fois, une nouvelle attaque – sans avoir besoin d'être de l'ampleur de celles du 13 novembre, pour peu qu'elle soit revendiquée par Daech – suffirait à faire repartir à la hausse la préoccupation des Français pour la lutte contre le terrorisme. Instantanément. C'est là l'une des caractéristiques de la période actuelle : même si la question de la lutte contre le terrorisme n'est plus si prégnante qu'il y a quelques mois, elle est dans toutes les têtes. Elle ne demande qu'à être ravivée à l'occasion d'un événement qui surviendrait.


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Cette question sécuritaire n'est absolument pas dépassée. Elle fait jeu égal avec la lutte contre le chômage en guise de première préoccupation des Français. Elle n'est simplement plus aussi brûlante – et par conséquent ne concentre plus autant l'attention – que cela pouvait être le cas jusqu'à cet été. Pour autant, elle est là et, in fine, tout dépendra de ce qui pourrait se passer dans les mois qui viennent. Nous allons bientôt entrer dans la primaire du Parti socialiste, qui sera logiquement marquée par un bilan critique de l'activité du gouvernement (et de manière générale du quinquennat), notamment sur les questions économiques et sociales. Manuel Valls devra défendre son bilan face à des adversaires qui invoqueront la nécessité d'une ligne plus à gauche. Du côté de la droite, il va de soi qu'on ne se contentera pas de compter les points, mais qu'il y aura également des prises de position. Une telle dynamique s'ancrerait dans le prolongement de la tendance actuelle : une attention plus forte en faveur des questions économiques et sociales. Cependant, ce scénario peut-être remis en cause et voler en éclat en cas de nouvel attentat.

Peut-on dire des classes populaires qu'elles sont plus attachées à la préservation du modèle social qu'à la lutte contre le terrorisme ?

Les catégories populaires sont davantage préoccupées par le terrorisme, qui est leur première priorité, suivie de près du pouvoir d'achat et du chômage. D'une manière générale, ces attentes sont assez équilibrés dans ce public. Par ailleurs, c'est un sujet assez peu clivé socialement.
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Un des principaux clivages que l'on constate en matière d'attentes se fait en fonction de l'appartenance et de la sensibilité politique. Indéniablement on voit que dans l'électorat de gauche et de François Bayrou à la dernière présidentielle, la question de la lutte contre le chômage arrive en tête. A l'inverse, dans l'électorat de Nicolas Sarkozy, la question prioritaire est clairement celle de la sécurité et de la lutte contre le terrorisme. C'est d'autant plus vrai au sein de l'électorat de Marine Le Pen. Autre élément important : la question de l'amélioration du pouvoir d'achat arrive en deuxième position dans l'électorat FN, derrière le terrorisme. Celle de la préservation du modèle social français arrive en deuxième position – derrière le chômage – au sein des électorats de François Hollande et de Jean-Luc Mélenchon. C'est révélateur de ce dont il faudra parler à la primaire de la gauche. Le terrorisme ne vient qu'en troisième position dans l'électorat de gauche. Il est en tête dans les électorats de droite.


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