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Quelle part de la “prime attentats” récoltée en 2015 François Hollande saura-t-il garder ?
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Quelle part de la “prime attentats” récoltée en 2015 François Hollande saura-t-il garder ?

François Hollande a bénéficié d'une large vague de sympathie et de popularité après les attentats de Paris, que ce soit en janvier ou en novembre. Aujourd'hui, ce regain dans les sondages commence à s'effriter.

François Kraus

François Kraus

François Kraus est Directeur des études politiques au département Opinion de l'Ifop.

 

 

 

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Atlantico : Les attentats qui ont touché la France au mois de Janvier ont fait bondir de 12 points la côte de popularité du président au mois de janvier. En novembre, sa réactivité lors des attentats lui vaut également un bond de 12 points. Néanmoins, après quelques semaines, le président chute à nouveau dans les sondages. Aujourd’hui, le baromètre Odoxa-L’Express/Presse note une baisse de 5 points de François Hollande. Quelle analyse pouvons-nous faire de ces chiffres ?

François Kraus : A chaque climat de tension lié à une guerre, à une intervention extérieure ou à un attentat, nous avons un reflex légitimiste. C’est à dire, en faveur des personnes qui exercent des fonctions régaliennes. Bien souvent, ces situations se combinent avec une hausse de popularité du chef de l’Etat. Nous avons pu l’observer par exemple lors de la guerre du Golf avec François Mitterrand, celle en Irak avec Jacques Chirac, ou encore lors de la première intervention de François Hollande au Mali. Lors des attentats du mois de Janvier, il avait fortement progressé, alors qu’en décembre 2014 il traversait la plus grosse crise de popularité du mandat. 

Nous constatons un regain de popularité qui, souvent, tient plus à la fonction qu’à la personne et à son action personnelle. Dans une telle situation, n’importe quelle personne qui occuperait cette fonction et serait à la hauteur en termes de déclaration, bénéficierait d’un regain de popularité.

Comment expliquer que de telles actes poussent les Français à avoir une meilleure opinion de leur chef de l’Etat ?

Les critiques récurrentes et qui préoccupent en temps normal les électeurs, telles que l’économie, le chômage, l’immigration ou l’insécurité, passent au second plan par rapport aux enjeux que représentent une guerre ou le terrorisme. Les priorités changent. Dans la mesure où le président incarne en France la fonction régalienne du rassemblement, de représentation de la France à l’étranger ou de chef de guerre, il profite d’un regain de popularité.

Pour autant, ce regain semble s’essouffler rapidement… Aujourd’hui, le baromètre Odoxa-L’Express/Presse note une chute de 5 points du président. En février, l’éloignement des attentats de janvier s’était également concrétisé par la rechute de 5 points du président, selon l’indice IFOP de popularité de février.

Nous avons pu en effet observer dans le passé que ce regain ne tenait pas très longtemps. Les bons chiffres de popularité du président au mois de janvier ne lui ont, par exemple, pas empêché une sévère défaite aux élections départementales.

A l’occasion des attentats de janvier et de ceux de novembre, François Hollande a clairement remporté son image d’homme d’état, avec une stature présidentielle. Il a prouvé qu’il possédait une capacité d’homme d’action qui savait prendre des décisions. Néanmoins, les Français distinguent bien ce qui relève du régalien (les mesures de sécurité intérieures, la diplomatie et les affaires étrangères) et de sa capacité à relever le pays sur les questions sociales et économiques. 

Sur ce terrain, il semble peiner toujours énormément. Même si les Français peuvent exprimer temporairement d’autres priorités, ces questions demeurent leurs attentes principales. Lors des élections, les facteurs qui entrent en jeux sont ceux du chômage, de la réduction de la dette, de l’amélioration du service publique. Là dessus, le bilan ne plaide pas en sa faveur.

Justement dans les sondages, la défaite de la gauche aux élections régionales semblent avoir beaucoup moins porté préjudice à François Hollande que celles des departementales  ?

Après les élections départementales, nous commencions à nous éloigner vraiment du 7 janvier et de l’effet « Charlie ». Aujourd’hui nous sommes dans une période où les Français sont encore marqués par le 13 novembre. François Hollande bénéficie encore de ce regain de popularité dans une moindre mesure, même après les élections régionales. En Avril 2015, les élections municipales s'étaient tenues à 3 mois des attaques. La situation politique était alors très centrée sur les problèmes internes. Compte tenu du choc dans l’opinion et de l’émotion suscitée, je ne pense pas que le bénéfice qu’il en tire s’estompe aussi rapidement pour ces attentats de novembre que pour ceux de Janvier.

Qui sont les Français qui ont participé ces derniers mois au regain ou à la chute de popularité du président ? Ceux qui ont été susceptibles de changer d’opinion ?

Dans le camp de François Hollande, beaucoup d’électeurs déçus ont décidé, au vue de la situation post-attentats, de re-exprimer leur soutien dans les sondages.

Lorsque nous regardons les chiffres dans le détail nous voyons que l’essentiel du bond de popularité de François Hollande trouve d’abord racine dans son électorat de gauche. Il a accru son soutien dans un électorat socialiste qui s’était jusque-là démobilisé. Ensuite, viennent les écologistes, les communistes…

Suite aux mesures fermes que le président a pris après les attentats de Paris, un électorat centriste et républicain lui a exprimer son soutien. Cela explique pourquoi le président a pu bénéficier d’un plus large soutien en novembre qu’en janvier. Cependant, lorsque nous regardons la différence entre la côte de popularité de novembre et celle décembre l’indice du président a diminué en l’espace d’un mois de 8 à 4% de bonne opinion chez les sympathisants républicains. Ces Français de base plutôt à droite avaient pu exprimer un soutien sur les mesures sévères qui avaient été prises. Néanmoins, nous constatons qu’ils reviennent sur leur position. 

Si pendant un temps des événements tels que les attentats, peuvent brouiller les clivages, finalement, l’alignement se refait rapidement sur des positionnements politiques et idéologiques classiques.

Peut-on lier la baisse de la côte de popularité du président, aux critiques de plus en plus récurrentes relayées par les médias sur l’éventuel abus qu’il y aurait eu autour des l’Etat d’urgence et sur des mesures dîtes « liberticides » ?

Sur les questions comme celle de la déchéance de nationalité, François Hollande bénéficie d’un soutien massif de la population. Il y a une frilosité dans l’intelligencia de gauche : les associations qui défendent les droits de l’homme, le monde judiciaire et les militants associatifs habituels. Néanmoins, de manière générale la population soutient la plus part des mesures mises en place par les attentats. Il y a un vrai décalage entre le microcosme parisien et la réalité des Français qui ne s’embarrassent pas des subtilités intellectuelles et philosophiques de ce qu’implique un certain nombre de réformes et de mesures.

Reste, que pour des raisons politiques ou constitutionnelles, François Hollande va certainement rectifier le tir sur la question de la déchéance de la nationalité.

Comment le président se sert-il du regain de popularité qu’il a pu bénéficier dans l’année pour assurer son avenir ?

Nous venons de sortir une enquête sur les intentions de vote aux présidentielles où pour la première fois depuis le retour de Sarkozy, François Hollande a un potentiel électoral légèrement supérieur au patron des Républicains au premier tour. Les résultats de ce sondage sont intéressants. 

Il est vrai que François Hollande profite actuellement d’une érosion de l’image de Nicolas Sarkozy, en particulier après les élections régionales qui ont marqué un certain désaveu pour lui et les listes des Républicains. Il s’agirait pour  François Hollande du meilleur adversaire possible, de part son bilan, ses affaires judiciaires et sa personnalité très clivante... A l'heure actuelle, la quasi seule chance que François Hollande ait de l’emporter est que Nicolas Sarkozy soit le candidat de la droite face à lui.

En quelques mots, quel serait pour vous le bilan de l’année 2015 pour François Hollande ? 

En terme de popularité, le bilan est positif. Si l’indice de confiance du président était au bas fond fin décembre 2014, il se situe désormais à un niveau largement au dessus après les deux traumatismes qu’ont été pour l’opinion les attentats de janvier et de novembre. Parallèlement, il a un affaiblissement constant et durable des personnalités ou forces politiques qui se situent à sa gauche: qu’ils s’agissent des écologistes, des communistes ou même des mélenchonistes. L’extrême gauche est inexistante. La ligne actuelle Valls-Macron qui oriente François Hollande plutôt vers le centre est une piste exploitable puisque de toute manière il sait que nous n’allons nous retrouver en 2017 dans un schéma traditionnel gauche/droite.

Actuellement, il sait que même s’il reste sur un positionnement  social- libéral, il bénéficiera du soutien des électeurs situés à sa gauche puisqu’au second tour, ils le préféreront toujours au FN. Il n’est donc plus dans une idée de gauche plurielle, de rassemblement des gauches au sens large, dans une logique mitterrandienne  ou jospinienne. A moyen/long terme, il s’agit de la seule solution pour lui : ratisser sur le centre et éviter au maximum les candidatures de gauche qui pourraient l'empêcher de se qualifier au second tour. Si Nicolas Sarkozy est le candidat des Républicains, il sera alors peut être en mesure d’arriver second et donc de remporter l’élection présidentielle. Sa stratégie peut paraitre risquée mais en jouant sur l’affaiblissement des forces politiques avoisinantes (ex : EELV, PCF, Modem), les divisions à droite et l'effacement (provisoire) de ses principaux concurrents socialistes, il peut apparaître à un moment ou à un autre comme un moindre mal dans la configuration politique actuelle. C’est ce qu’il lui a permis d'être à la tête du PS pendant 10 ans et c’est peut-être ce qui peut lui permettre de rester à la tête de la France, pendant 10 ans.

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