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Pascal Bruckner.
Pascal Bruckner.
©Reuters

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Pascal Bruckner : Allo Papa bobo

Portrait étonnant d’un père qui fut nazillon, mitterrandiste, coco et enfin écolo. Une critique du journal "Service littéraire".

Ariane  Bois

Ariane Bois

Écrivain et journaliste pour Service Littéraire, dernier ouvrage paru : “Sans oublier” chez Belfond.

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Quelle prière peut-on bien envoyer à Dieu quand on a 12 ans, des bronches fragiles, et qu’on soigne sa santé précaire dans un village d’Autriche après la guerre ? Demander, entre deux yodel, et comme une faveur, que son paternel décède d’une mort violente et... rapide !

C’est de cette façon étonnante que débute le dernier livre de Pascal Bruckner. Un récit d’enfance qui détaille un père violent, pervers, nazillon d’opérette, avec toute la panoplie : il aime le pas de l’oie, va travailler en Allemagne en 41 pour Siemens sans qu’on le lui demande, déteste que l’on se moque du Führer, vomit Juifs et Arabes dans une même détestation… Bref, cette brute blonde est invivable et passe ses nerfs sur les siens – et surtout sur sa femme. Pour une raison inexplicable, les parents de Bruckner ne divorcent pas. Le fils unique et racho, archigâté, va donc passer sa jeunesse à les empêcher d’en venir aux mains. Il se réfugie dans les livres. Il rate l’agreg et Normale Sup, mais survit de petits boulots entrecoupés de grands voyages et de quelques rencontres fondatrices avec Barthes, Jankélévitch ou Sartre : "Je me mis à écrire pour ne pas être écrit par les miens. J’ai écrit pour être aimé, pour me racheter du péché d’exister."

 

L’intellectuel choisit donc le contre modèle, l’amour du prochain comme le rappelle un de ses livres, et s’échappe en se la jouant bohème, trotskard, féministe et même juif ! Sur internet, au grand dam du père, on le classe désormais comme un des intellectuels juifs les plus reconnus. À ce sujet, Bruckner fait un coming-out goye désopilant : c’est sa petite vengeance personnelle. L’anecdote de Michel Rocard racontant la guérilla urbaine sur une plage de Corse vaut aussi le déplacement, tout comme la première impression d’Alain Finkielkraut, le jumeau, le frère d’encre. Au lieu de parler littérature, celui-ci lui enseigne l’art de se faire réformer. On imagine l’enthousiasme du paternel à la table familiale !

 

Pourtant, Finkielkraut est devenu un intime et M. Bruckner, à la fin de sa vie, l’aimait beaucoup. Car ce mari pervers, ce père brutal est aussi une vraie girouette. L’auteur décrit la manière dont celui-ci vire tour à tour mitterrandiste, coco, écolo, sans jamais renoncer à sa haine et sa peur de l’autre ("chez moi nous étions bilingues dès le berceau : nous apprenions le français et l’antisémitisme"… ) Mais, et c’est l’originalité du récit, jamais le fils aimant ne se rebellera tout à fait. Et au moment où son père s’affaiblit, il reste le bon fils jusque dans les services de gériatrie où son père n’en finit pas de mourir. Un livre comme un aveu, où l’amour se teint de rage, où Bruckner se donne souvent le beau rôle, mais qui a le mérite de poser la sempiternelle question : comment sortir de son enfance ?   

 

Un bon fils, de Pascal Bruckner, Grasset 240 p., 18 €.

Source : Service Littéraire, le journal des écrivains fait par des écrivains. Le mensuel fondé par François Cérésa décortique sans langue de bois l'actualité romanesque avec de prestigieux collaborateurs comme Jean Tulard, Christian Millau, Philippe Bilger, Éric Neuhoff, Frédéric Vitoux, Serge Lentz, François Bott, Bernard Morlino, Annick Geille, Emmanuelle de Boysson, Alain Malraux, Philippe Lacoche, Arnaud Le Guern, Stéphanie des Horts, etc . Pour vous y abonner, cliquez sur ce lien.

Service Littéraire. Le mensuel de l'activité romanesque

 

 

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