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De nouveaux modèles de vélos intelligents arrivent sur le marché.
©DR

Minute Tech

Le vélo intelligent débarque et il va assurer le bien-être du cycliste

Compteur de vitesse, GPS, caméra voire même radar intégré... Les constructeurs de vélo cherchent à incorporer les technologies les plus récentes à leurs machines pour améliorer le confort des cyclistes et démultiplier les possibilités.

Jean-Gabriel Ganascia

Jean-Gabriel Ganascia

Jean-Gabriel Ganascia est professeur à l'université Pierre et Marie Curie (Paris VI) où il enseigne principalement l'informatique, l'intelligence artificielle et les sciences cognitives. Il poursuit des recherches au sein du LIP6, dans le thème APA du pôle IA où il anime l'équipe ACASA .
 

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Atlantico : De nouveaux modèles de vélos intelligents arrivent sur le marché. Quelles sont les dernières innovations de ces vélos nouvelle génération ?

Jean-Gabriel Ganascia : Dernièrement, des sociétés chinoises et américaines proposent d’intégrer au vélo quelques innovations technologiques tirant parti de l’essor du numérique : un compteur de vitesse, un compteur kilométrique, un positionnement GPS, un capteur de lumière, une caméra et enfin un radar ou un sonar. On conçoit aisément l’utilité des mesures de toutes sortes qui permettent aux cyclistes d’évaluer leurs performances. Le GPS aide à s’orienter plus facilement, sans avoir à sortir une carte, ce qui est assez mal pratique lorsqu’on a les mains sur le guidon. Le capteur de lumière allume automatiquement les feux dès que le ciel commence à s’assombrir. Le radar et le sonar sont censés repérer les obstacles ou les véhicules qui se rapprocheraient trop près du cycliste. Dans ce dernier cas, c’est l’équivalent d’un rétroviseur numérique. Enfin la caméra enregistre sur une vidéo les véhicules trop intrusifs qui se rapprocheraient au-delà de l’admissible. Il faut dire que dans 26 états des Etats-Unis, les automobilistes sont tenus, sous peine de sanctions, de respecter des distances de sécurité avec les vélos. Pour rassembler ces informations, on rajoute un tableau de bord qui en affiche l’essentiel avec des diodes électroluminescentes. Ce dernier se trouve soit posé sur le guidon, soit intégré dans la potence, au-dessus de la fourche. Et, pour alerter en cas de danger imminent, on adjoint un dispositif d’alerte qui envoie des vibrations électriques dans les poignées et dans la selle. Le tout est alimenté par une batterie rechargeable.

Qu'est ce que cela change sur notre façon de faire du vélo et la manière dont les autres usagers de la route voient les cyclistes ?

Tout cela dessine un prototype de vélo intelligent équipé de capteurs électroniques connectés. L’objectif poursuivi apparaît évident : accroître la sécurité et faciliter la conduite. Ce vélo est plus sûr, car il se signale, en allumant ses lumières automatiquement, et, surtout, il alerte le cycliste des dangers qui surgissent, automobile, route encombrée, tournant brusque etc. Ce vélo facilite la conduite, car il avertit des obstacles de toutes sortes et, surtout, il aide à se repérer, grâce au GPS qui indique la route à suivre. J’ai moi-même essayé d’utiliser le GPS de mon téléphone portable, mais je ne savais pas comment le fixer sur le guidon. Quant à ma montre connectée, l’écran et la position se révélaient mal commodes. Enfin, si, grâce à un enregistrement vidéo, la bicyclette rapporte directement les incivilités des automobilistes, ceux-ci en deviendront peut-être plus courtois, plus respectueux et plus prudent vis à vis des cyclistes... Dans le contexte urbain, on pourrait espérer que ça encourage de nombreuses personnes à se convertir au vélo.

Ces nouveaux vélos ont-ils vocation à se généraliser dans le futur ou vont-ils rester au stade de gadget ? 

Beaucoup des dispositifs conçus par les ingénieurs tombent aux oubliettes des inventions... Et, dans le même temps, les modes d’appropriation de la technologie ne correspondent pas toujours avec ce que les concepteurs avaient imaginé. En matière de vélo, il en ira certainement identiquement : parmi les innovations proposées, de nombreuses seront oubliées. Or, il est difficile de prédire à l’avance celles qui subsisteront. On peut toutefois se livrer au jeu des anticipations. Faut-il que les éclairages s’allument automatiquement lorsqu’il fait sombre ? En général, le cycliste n’a pas besoin qu’on le lui suggère : il sait quand il fait nuit... Il se peut même que, toujours pour des raisons de sécurité, il les conserve allumés en permanence, comme avec les Vélib’. Est-ce que les radars ou les sonars seront vraiment utiles et utilisés ? Il est difficile de le dire aujourd’hui. Quant aux caméras qui viendront moucharder, comment s’assurer qu’elles ne se retournent pas contre les cyclistes eux-mêmes en faisant irruption dans leur vie privée ? Dès lors, le sentiment de liberté conquis avec le vélo disparaîtrait... En revanche, un affichage de la vitesse, de la distance parcouru et surtout des trajets à effectuer, avec un petit plan schématique, m’apparaîtrait bien commode.

Comment expliquer l'évolution technologique de cet objet aussi simple et courant qu'est le vélo ? 

Le vélo naît au XIXe siècle et se développe grandement au XXe siècle avec un nombre conséquent d’innovations technologiques qui portent d’abord sur la mécanique, avec les pneumatiques, les freins et les dérailleurs, puis sur l’électricité, avec l’éclairage et, plus récemment la propulsion électrique. Le numérique fait son apparition depuis peu dans l’univers du vélo. De prime abord, cela apparaît un peu paradoxal, car le vélo semble appartenir à une époque ancienne où l’information prenait peu de place, et l’ordinateur encore moins. Pourtant, il apparaît aujourd’hui que l’intelligence ajoutée au vélo transforme totalement l’usage que nous en faisons. Cela ne vaut pas uniquement pour les innovations que nous venons de décrire et qui portent sur la machine elle-même, mais aussi, et surtout, pour l’usage que l’on en fait dans les villes. Aujourd’hui, les services de location en libre service qui se développent partout dans le monde bénéficient grandement du numérique : c’est ce qui permet de les suivre en temps réel, d’éviter les vols, de réguler leur flux, d’aider à en trouver un à partir de son téléphone portable, ou au contraire de trouver une place pour se garer...

A y réfléchir, ce mouvement apparaît emblématique de beaucoup d’innovations contemporaines : les objets demeurent identiques, du moins leur forme extérieure ne se modifie plus beaucoup, car elles obéissent à des contraintes physiologiques, mais leurs fonctions et la façon de les utiliser se transforme. La ville intelligente reste une ville, avec des fonctions nouvelles, qui aident les habitants et les visiteurs à s’y déplacer. On pourrait dire la même chose avec l’automobile intelligente, l’école intelligente, le stylo intelligent ou la maison intelligente...

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