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Long de 155 mètres et large de 24 mètres, ce navire est destiné à transporter les éléments majeurs de l'Airbus A380 depuis la ville de Bordeaux
Long de 155 mètres et large de 24 mètres, ce navire est destiné à transporter les éléments majeurs de l'Airbus A380 depuis la ville de Bordeaux
©JEAN-PIERRE MULLER / AFP

Innovation révolutionnaire ?

L’industrie du transport maritime teste des voiles de cerf-volant géantes pour tracter les cargos

Un nouveau dispositif développé par la startup industrielle français Airseas, baptisé SeaWing, promet de révolutionner l'industrie du transport maritime en tractant des cargos grâce à des voiles de cerfs-volants de 500 mètres carrés en phase de test (la version finale sera de 1000 m²).

Paul Tourret

Paul Tourret

Paul Tourret est docteur en géographie et directeur de l'Institut Supérieur d'Economie Maritime (ISEMAR).

Cet observatoire des industries maritimes, localisé à Nantes Saint-Nazaire, offre au travers de son site internet de très nombreuses analyses sur l'économie maritime. Chaque année, l'ISEMAR participe à un ouvrage de référence publié par le Marin, l'Atlas des Enjeux Maritimes.

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Atlantico : Afin de réduire son impact sur l’environnement et de diminuer l’empreinte carbone, une technique originale va être expérimentée, selon des informations de Bloomberg. Au début de l'année prochaine, va permettre à un navire de 154 mètres de long (baptisé "Ville de Bordeaux") qui transporte des composants d'avions pour Airbus, de déployer des voiles de cerfs-volants de 500 mètres carrés en phase de test (la version finale sera de 1000 m²), baptisé Seawing et développé par Airseas, pour tracter des navires lors de traversées de l'océan Atlantique. Il subira six mois d'essais et de tests avant son déploiement complet. Le départ du navire se fera au port de Saint-Nazaire. En quoi consiste ce dispositif ? Quels pourraient être les avantages techniques dans le cadre du transport maritime via ce dispositif ?

Paul Tourret : La France est le pays qui a pris le plus d’avance en matière de vélique, c’est-à-dire l’utilisation de voile ou de cerf-volant pour déplacer totalement ou partiellement un navire. Louis Dreyfus Armateurs a décidé d’utiliser sur l’un de ses navires, le roulier Ville de Bordeaux, un kite (cerf-volant) développé par la société Seawind. Ce n’est pas la première fois que l’on va essayer un tel dispositif de traction, on se souvient du projet Beluga en 2010.

Le kit est forcément qu’un appoint de puissance utilisable avec des vents favorables. La solution vélique n’est pas aussi large qu’avec une voile car c’est plutôt une sorte boost à déployer dès que possible et réaliser des économies de carburant. Le défi innovateur n’est pas tant dans le kite lui-même que dans l’innovation d’une solution simple, automatique et pilotée depuis la passerelle dans son ouverture, son fonctionnement et sa fermeture. 

Rappelons enfin que l’usage du vent est pour l’instant surtout concentrée sur des dispositifs de type voile ou rotor. En France, deux navires-cargos de grandes tailles sont en projet respectivement par les start-up Neoline et Zéphir & Borée alors que les Chantiers de l’Atlantique développent leur « solid sail » pour les petits navires de croisière.

Le transport maritime transporte plus de 80 % de toutes les marchandises échangées dans le monde, mais représente près de 3 % des émissions de dioxyde de carbone d'origine humaine. Cette méthode originale, via les voiles de cerfs-volants, peut-elle réellement impacter le secteur industriel et limiter l’empreinte carbone de l’industrie du transport maritime et la consommation de carburant notamment s’il était généralisé et adopté sur les transports maritimes et pour les exportations de marchandises sur de longues distances, via la Chine ?

Il faut prendre le vélique comme l’une solution pour développer de l’hybridité. La décarbonation voulue par tous suppose la fin des moteurs thermiques à base d’hydrocarbure. Or pour déplacer des navires de très grandes tailles, il n’est pas évident de trouver des solutions alternatives. On peut utiliser des biofuels issus du vivant (production, co-produits, déchet), mais il en faudra beaucoup. Les autres solutions ne sont pas adaptées à déplacer seul un gros navire, les voiles ont leurs limites. 

L’important n’est pas de trouver des solutions pour demain, mais déjà aujourd’hui de développer des solutions hybrides avec le vent, l’hydrogène, l’amoniac, le méthanol. L’innovation lèvera des obstacles technologiques dans la décennie. Et si on n’arrive pas alors il sera temps de changer les paradigmes de l’économie qui utilise trop le transport maritime et notamment la production manufacturée à l’autre bout du monde. Donc soit on innove pour le transport maritime écologique et abordable soit on fera autrement. Cela remettra en cause les lieux de productions, mais peut-être aussi la société de consommation avec des objets à prix écrasés, mais c’est un autre débat.

Les objectifs fixés dans le cadre de l’Accord de Paris sur le climat et les pressions de certaines entreprises dans le cadre de la lutte contre la pollution pourront-ils être résolus et traités via cette méthode, à travers cet outil original qui sera bientôt déployé ?  

Le transport maritime doit changer dans cette double injonction de moins polluer et de ne pas être détruite par des prix des carburants astronomiques. Les règlementations de l’Organisation Maritime Internationale (OMI ) et de l’Europe poussent aux changements. Armateurs, motoristes, énergéticiens et start-up sont lancés dans cette course à l’innovation même si on en est surtout à des briques d’innovation. Le kite est une solution parmi d’autres, mais avouons que vent arrière ce n’est quand même pas bête de se faire tracter ou pousser par un quelques centaines de mètres carrés de toile et surtout si l’automatisation permet cela facilement.

Ce type d’innovation peut-il être l’avenir de la quête et des efforts menés pour diminuer l’empreinte carbone et limiter la pollution de l’industrie du transport maritime ? D’autres solutions similaires sont-elles à l’étude ?

Il ne faut pas oublier l’empreinte carbone et la pollution est un élément, l’autre est la maîtrise des coûts énergétiques. Le vélique fait partie de l’hybridité dont auront besoin les navires. Les carburants alternatifs sont peut-être plus des solutions de fonds, mais encore une fois aucun pas décisif. Les calendriers ont été posés et même si le temps est encore long avant 2050, la décarbonation du transport maritime n’est qu’à ses balbutiements et il faut des innovateurs. Airseas et LDA en sont.

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