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Pour vivre pendant une semaine, les Grecs ont droit techniquement à 60 euros, le montant du retrait maximum aux distributeurs de billets.
Pour vivre pendant une semaine, les Grecs ont droit techniquement à 60 euros, le montant du retrait maximum aux distributeurs de billets.
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Revue de blogs

Grèce : comment vit monsieur tout-le-monde depuis 4 ans d'extrême austérité ?

Éducation, santé, consommation... Les Grecs racontent leur quotidien sur le Web et une chose est claire : ils n'en peuvent plus.

Claire Ulrich

Claire Ulrich

Claire Ulrich est journaliste et fan du Web depuis très longtemps, toujours émerveillée par ce jardin aux découvertes, et reste convaincue que le Web peut permettre quelque chose de pas si mal : que les humains communiquent directement entre eux et partagent la chose humaine pour s'apercevoir qu'ils ne sont pas si différents et qu'il y a donc un moyen de s'entendre.

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Photo Graphism.fr

Même l'ex-ministre des Finances grec et nouveau sex-symbol européen à son blog. La Grèce blogue beaucoup, parle beaucoup sur les réseaux sociaux. Sinon, entre médias partisans et volées de milliards entre Berlin et Athènes, on ne saurait rien de leur quotidien depuis quatre ans.  

Pour l'instant, pour les Grecs ordinaires, rien ne change, une vie très difficile continue, à ceci près qu'ils respirent à tort ou à raison mieux, qu'ils ont l'impression d'avoir recupéré un peu de dignité et de fierté par leur "non".

Chaque jour, ils ont droit techniquement de 60 euros, le montant du retrait maximum aux distributeurs de billets. Après quatre ans d'extrême austérité et de chômage, ils en sont capables. En Grèce, on a appris à se marier dans une station-service par économie. Les payements en ligne via Paypal ou pour les produits Apple (iTunes, Appstore) ne sont plus possibles. 

Santé, la grande victime

Depuis 2011, les Grecs, qui bénéficiaient d'un système de santé publique, ont vu la santé publique s'effondrer. De nombreux personnels médicaux ont émigré, souvent en Allemagne. La polio a fait sa réapparition. Le premier choc a été le refus par les hopitaux publics, en 2011, des femmes sur le point d'accoucher si elles ne pouvaient payer le coût de l'acte, 900 euros. Depuis, la situation s'est dégradée. Horizon et débats a reproduit l'interview d'un cardiologue grec, le Dr Giorgios Vichas, qui a ouvert avec des collègues, en plus de son travail, un réseau de cliniques animées par des bénévoles pour les nouveaux indigents de la santé :

"Les conditions des bailleurs de fonds et de leur Troïka (...) ont mené à une réduction de 40% des moyens financiers pour le service étatique de santé publique. La moitié des médecins travaillant dans les hôpitaux publics et dans les cliniques ambulatoires a été licenciée. En même temps, un quart de la population ne dispose plus de son assurance maladie suite à la perte de leur emploi. Et même ceux obtenant encore leur salaire ou leur retraite ont souvent si peu d’argent qu’il leur est impossible de payer les suppléments élevés pour les médicaments ou les traitements. (...)

Y a-t-il des maladies typiques de cette crise?

Le Sida, la tuberculose et l’hépatite. Les personnes infectées sont souvent les pauvres ne pouvant pas s’offrir de traitement. Ils continuent donc à infecter d’autres personnes et les infections se répandent. Les diabétiques sont aussi durement touchés. Ils ne peuvent souvent plus suivre leur régime ou n’obtiennent pas assez d’insuline".

Y a-t-il des maladies typiques de cette crise?

Le Sida, la tuberculose et l’hépatite. Les personnes infectées sont souvent les pauvres ne pouvant pas s’offrir de traitement. Ils continuent donc à infecter d’autres personnes et les infections se répandent. Les diabétiques sont aussi durement touchés. Ils ne peuvent souvent plus suivre leur régime ou n’obtiennent pas assez d’insuline.(...)

Cela n’a pas amené les responsables à réfléchir?

"Ecoutez, jusqu’au mois d’août de l’année dernière, nous avions ici un ministre de la Santé publique qui avait exigé des hôpitaux de ne pas remettre les nouveaux nés à leurs mères aussi longtemps qu’elles n’avaient payé leur facture. Les aspects humains ne l’intéressaient pas!"

Photo Graphism.fr

A Athènes, les fraises sont à 3,80 euros le kilo au marché. On le sait grâce au blog de Panagiotis Grigoriou, un universitaire francophone, marathonien de cette crise, car il tient le blog Greek Crisis au jour le jour depuis... 2011, aidé financièrement par ses lecteurs. Le 12 juin, il parle de ses voisins.

"Aspasia, épouse de Yannis, tous deux gens du quartier, vient de retrouver un travail après deux ans de chômage. Elle gagne à peine 600 euros par mois en net, au lieu de 1.100 euros avant le mémorandum, pour un travail et temps consacrés alors égaux. Tous les soirs ces dernier temps, elle rentre de son travail en larmes: “Je ne serai pas encore payée ce mois-ci. Le patron attend l'accord entre la Troïka et le gouvernement pour ‘pouvoir faire quelque chose’ comme il dit. Le secteur privé est asphyxié, il agonise, nous mourons. Les entreprises n’ont plus de liquidités, les banques sont moribondes, l’État ne paye plus aucun fournisseur depuis six mois."

Photo Graphism.fr

Un blog sur des témoignages de jeunes chomeurs a été ouvert en 2012. Au printemps dernier, il les a publiés en un livre, "155 et plus histoires vraies de chômage". Un chômage des jeunes à 50% signifie concrètement que plusieurs générations cohabitent, et dépendent souvent d'une seule retraite. 

"Aucun rêve, et plus rien à perdre"

Un lecteur d'un blog économique fait le bilan de son vote "Non" :

"J'en ai rien à foutre des politiciens. J'aime juste mon pays. J'ai 30ans, je suis chomeur, je nai plus que 10 000 dollars sur mon compte epargne. Qu'est ce que j'ai à perdre. Je n'ai plus de rêves pour ma vie. Et je n'ai même pas commené à vivre. Pendant 5 ans, nous avons souffert, et nous ne nous en portons pas mieux. Avant le FMI, la dette grecque était  118% du PIB. Après deux plans de sauvetage, la dette est maintenant près de 175% du PIB. C'est ça, le progrès? Le taux officiel de chomage est proche de 30 pour cent. Imaginez ce que peux etre les chiffres non officiels. Plus de 10 000 personnes se sont suicidées. C'est à peu près 1/1000ème de la population. Ils ne nous laissent pas respirer.' 

Photo blog Greek Crisis

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