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En 1908, Francis de Miomandre reçoit le prix Goncourt pour son roman, "Ecrit sur l'eau".
En 1908, Francis de Miomandre reçoit le prix Goncourt pour son roman, "Ecrit sur l'eau".
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Francis de Miomandre, machine à écrire vivante : du prix Goncourt à l'oubli

Toutes les semaines, le journal Service Littéraire vous éclaire sur l'actualité romanesque. Aujourd'hui, résurrection de Francis de Miomandre, un Marseillais aussi noceur que bosseur qui a écrit plus de 80 romans.

Jean   Chalon

Jean Chalon

Jean Chalon est écrivain et journaliste. Son dernier ouvrage paru : “Chers contemporains” (Alphée).

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Ce Cupidon marseillais, ce Rastignac besogneux, cette vivante machine à écrire, ce prix Goncourt 1908 tombé dans un oubli complet, c’est Francis de Miomandre, que ressuscite magnifiquement Rémi Rousselot dans la biographie qu’il lui consacre. Miomandre a toujours écrit et ne s’est jamais arrêté d’écrire. Il s’est essayé à tous les genres, les poèmes, les romans, les essais, les articles. A cinq ans, il avait déjà composé un roman. Il en écrira 80 !

Francis de Miomandre naît le 22 mai 1880 à Tours. Il est le fils d’un négociant chimérique, Gilbert Durand et d’une jeune aristocrate, Marie-Thérèse de Miomandre. En 1888, la famille Durand quitte Tours pour Marseille. Pour cet enfant de huit ans, la découverte de Marseille et de la Provence constitue un éblouissement qui durera toujours. Elève des Jésuites, il collectionne les prix d’excellence. Sa mère meurt, son père disparaît. Il acquiert ainsi une liberté dont il profite pour flâner, lire, écrire, vivre au jour le jour le roman d’un jeune homme pauvre, mais riche de multiples espérances.

Il a 20 ans en 1900. Comment peut-on avoir vingt ans en l900 sans être à Paris ? Paris est alors le centre du monde, le miroir où les alouettes de tous les pays viennent se prendre. Francis de Miomandre s’y installe, fréquente les bouges et les salons. « Jeune, charmant, traînant tous les cœurs après soi », cet Hippolyte n’a rien de farouche et ne repousserait pas les avances de Phèdre. Il sait mettre sa séduction au service des riches veuves et on pourrait voir en ce Francis de 20 ans l’ancêtre de l’« escort boy ».

En 1908, Francis de Miomandre reçoit le prix Goncourt pour son roman, Ecrit sur l’eau. Le Goncourt n’a pas alors le retentissement qu’il a aujourd’hui. « Mon Goncourt ne fut un événement pour personne, même pas pour moi », avouera plus tard Miomandre. Comme un bonheur ne vient jamais seul, en 1909, il épouse une veuve, une riche Belge de dix ans son aîné, Anne Dewitte, dite Mijette. Ce qui ne l’empêche pas de s’éprendre passionnément, à l’exemple de son maître, Remy de Gourmont, de Natalie Barney.

Francis de Miomandre réussit à se tenir à l’écart de la guerre de 14 et découvre en 1916 un pays qu’il va adorer, l’Espagne, et une littérature qu’il va servir en multipliant les traductions. Il devient « le » traducteur des meilleurs écrivains espagnols, parmi lesquels Miguel de Unamuno. Francis de Miomandre participe au lancement d’un hebdomadaire : Les Nouvelles Littéraires. Il y publiera plus de 2 000 articles. Ce noceur est un bosseur qui vit intensément les années folles dont il mesure pourtant la vanité.

La cinquantaine venue, il décide de changer de vie et se réfugie dans l’île de Majorque en 1935. Il en est chassé l’année suivante par la guerre civile espagnole et revient à Paris qui a l’oubli facile et qui l’a oublié. Il s’aperçoit qu’il est démodé et lui que l’on sollicitait de toutes parts devient solliciteur. En 1940, pendant la débâcle, Mijette meurt brusquement. Miomandre est veuf. Un veuf vite consolé par sa secrète compagne, Marcelle Castellier, une Bovary qu’il rencontrait discrètement quand elle venait à Paris. Après la débâcle, Francis de Miomandre se réfugie en Corrèze, avec Marcelle et ses trois filles. Atmosphère familiale, Francis dessine, brode, écrit, s’ennuie. Il passe sa seconde guerre comme il avait passé la première, dans une indifférence absolue aux choses politiques, ignorant la collaboration comme il ignore la Résistance.

La guerre finie, il regagne Paris. Nous sommes en 1945. Le monde et la littérature ont changé de face. Miomandre ne reconnaît pas ce nouveau visage et dénonce « les mœurs de sauvage cupidité qui sont devenues celles de la foire littéraire ». Hélas, dans cette foire, il se rend compte qu’il n’a plus de rôle à jouer. Ou plutôt, qu’il n’a plus que de seconds rôles, après avoir tenu le devant de la scène. Son unique consolation est le café au lait du matin qu’il savoure quotidiennement pour oublier le passé, le présent, l’avenir. Fini les beuveries de la Belle Epoque et des Années Folles.

Hospitalisé pour une crise d’urémie, il meurt le 2 août 1959. Peu de monde à son enterrement. Francis de Miomandre était inexorablement tombé dans l’oubli qui frappe ceux qui ne savent pas, ou ne veulent plus se maintenir sur l’estrade. Sa mort est signalée par quelques rares articles nécrologiques. Aucun ne signale que nous avons perdu notre dernier petit maître. Tout le monde ne peut pas être Marcel Proust !

A lire : Francis de Miomandre, un Goncourt oublié, de Rémi Rousselot (éditions de La Différence), 256 p. 20 €. Ecrit sur l’eau, de Francis de Miomandre.

Source : Service Littéraire, le journal des écrivains fait par des écrivains. Le mensuel fondé par François Cérésa décortique sans langue de bois l'actualité romanesque avec de prestigieux collaborateurs comme Jean Tulard, Christian Millau, Philippe Bilger, Eric Neuhoff, Frédéric Vitoux, Serge Lentz, François Bott, Bernard Morlino, Annick Geille, Emmanuelle de Boysson, Alain Malraux, Philippe Lacoche, Arnaud Le Guern, Stéphanie des Horts, etc. Pour vous abonner, cliquez sur ce lien.

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